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Lundi 16 juin 2008

N'écoutez que votre curiosité et venez à la découverte d'un univers drôle, féroce et tendre à la fois...

Écrit et réalisé par Bouli LANNERS - Belgique -2008 -1h25mn - avec Bouli Lanners, Fabrice Adde, Philippe Nahon, Didier Toupy, Françoise Chichéry, Stefan Liberski, Baptiste Isaïa, Jean-Jacques Rausin, Renaud Rutten, Jean Luc Meekers... Prix Europa Cinémas et Prix Regards Jeunes à la Quinzaine des Réalisateurs,
Festival de Cannes 2008.



Laurel et Hardy sont ressuscités !!! Et ça s'est passé quelque part entre Bastogne et Liège. Oliver Hardy s'appelle désormais Yvan et il est revendeur de vieilles voitures américaines dans la périphérie improbable d'une ville de Belgique. Activité certes ludique mais qui, en ces temps de flambée pétrolière, est déjà synonyme de suicide économique. En même temps, on sent tout de suite qu'Yvan, avec son physique de grand panda wallon, ses bermudas mettant en valeur ses gambettes de sumotori et ses blousons de garagiste, n'est pas trop de la race des vainqueurs. Un Hardy grognon et belge qui, révélant la nature foncièrement généreuse de son âme bourrue, va porter sur ses épaules toutes les dérives d'un Stan Laurel tout aussi atypique. Notre Stan Laurel dit s'appeler Elie, est toxicomane, menteur patenté, pleurnicheur et cambrioleur tellement raté qu'il a eu la mauvaise idée de venir visiter le taudis d'Yvan. Et quand Yvan surprend Elie, il s'en suit une nuit ubuesque où le cambriolé tente en vain de convaincre le cambrioleur de sortir de sous le lit où il s'est réfugié. Tout ça pourrait finir au poste de police mais finalement, deux solitudes se rencontrant et la revente de belles américaines n'étant décidément plus ce qu'elle était, Yvan embarque Elie pour une virée en Chevrolet sur la route 66, euh pardon sur la route de Liège, à travers la riante campagne wallonne...

À l'image de cette entame parfaitement frappée, Bouli Lanners, a réussi dans son film plusieurs prodiges. D'abord dans le mélange des genres : on est dans le huit clos, car c'est dans la vieille américaine, véritable cocon d'une amitié naissante, que tout se passe entre Yvan et Elie ; dans le road-movie flirtant avec le western, tant l'image du film fait passer les plaines d'Outre-Quiévrain pour des paysages du Montana, et tant ses décors de campings abandonnés, de routes désertes et de zones industrielles fantomatiques pourraient évoquer le Middle West américain, (sans parler de la bande son qui évoque les films références du genre) ; mais aussi dans la comédie sociale tant les situations évoquent parfois, avec un humour acide mais jamais méprisant, les situations tragi-comiques de la célèbre série Strip Tease.
Et surtout Bouli Lanners a su parfaitement doser la charge comique et une vraie tendresse parfois bouleversante pour ses personnages à la dérive. Comique cinglant et inquiétant quand il croise le personnage incarné par le très très impressionnant Philippe Nahon, un allumé dont la passion est la collection de voitures mêlées à des accidents mortels ! Comique plus absurde quand il croise la route d'un camping-cariste nudiste... Et grands moments de tendresse, notamment dans les scènes assez bouleversantes, même si tout aussi décalées, de retrouvailles avec la mère d'Elie. Vous verrez, le coup du bêchage du jardin, c'est superbe !

Tout en poésie et en comique burlesque, Bouli Lanners réalisateur/acteur a su composer ce film hors normes aussi réussi plastiquement que sur le fond. Deux jurys du festival de Cannes (dont un jury jeune et ça c'est plutôt bon signe) ne s'y sont pas trompés et on ne peut que s'en réjouir. On sera impatient de retrouver Bouli Lanners en tueur à gages raté de patrons dans le Louise, Michel de Benoît Delépine et Gustave de Kervern, un de nos coups de coeur annoncé pour la rentrée prochaine.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 12 juin 2008
Écrit et réalisé par Bent HAMER - Norvège -2007-1h30 - avec Baard Owe, Espen Skjønberg, Ghita Norby, Bjorn Floberg... Sélection Un Certain Regard Festival de Cannes 2008.



La vie de monsieur Horten, conducteur de train sur la ligne Oslo/Bergen, est calme comme un après midi polaire. Depuis plus de 40 ans son quotidien est réglé comme un horaire ferroviaire : il quitte rituellement au petit matin son deux pièces à la déco figée par d'obscurs ancêtres d'Ikea ayant probablement sévi dans les années 70, couvre la cage de ses canaris, seuls compagnons de sa morne solitude, et se retrouve aux manettes d'un train aussi futuriste que son conducteur est hors d'âge, train qui traverse en silence les paysages enneigés du pays d'Erik Le Rouge... Au bout de la route, il passe la nuit rituellement dans une pension de famille dont la propriétaire entretient avec lui, en vain, une relation particulièrement affectueuse. Et voilà qu'à 67 ans !!! ( à cet instant de la lecture, les courageux militants de Sud Rail sont en train de s'étrangler, en souhaitant que Xavier Bertrand ne voie pas ce film qui pourrait lui donner de sales idées), on l'envoie vers une retraite bien méritée. Auparavant il doit passer par le rituel d'une cérémonie d'adieu qui vaut au film une de ses scènes d'anthologie : ses collègues quelques peu imbibés d'aquavit se livrent à un concours ubuesque dont le but est de reconnaître, sur des enregistrements sonores, les bruits de locomotives ou les annonces de gare et l'on découvre ce monde étrange des conducteurs de trains digne d'une des confréries d'Harry Potter.

Mais voilà, au petit matin, monsieur Horten est retraité et il semble comme égaré dans sa propre vie soudainement sans repères. Il erre dans les rues d'Oslo, toujours en uniforme, et peu à peu son parcours, d'incidents improbables en rencontres incongrues ou absurdes, va devenir un long chemin vers la liberté.
Le réalisateur Bent Hamer, déjà remarqué avec l'hilarant Kitchen Stories (dans lequel un improbable institut observait les moeurs des hommes célibataires dans leur cuisine dans la Norvège des années 50), a un incroyable talent de fabuliste et nous conduit irrémédiablement à cette conclusion salutaire et libertaire : le travail et la routine, aussi confortables et rassurants soient-ils, sont des prisons dorées et pour réellement vivre il faut en réchapper, ne pas hésiter à transgresser ses propres tabous... et il n'est jamais trop tard pour franchir le pas ! Pour ce faire, Monsieur Horten vivra quelques aventures étranges : coincé accidentellement dans une chambre d'enfant, il subira le chantage d'un mini tyran qui l'obligera à lui raconter des histoires une partie de la nuit pour ne pas le dénoncer à ses parents ; il partagera les facéties d'un diplomate aventurier retraité qui prétend pouvoir conduire les yeux fermés ; et, enfermé avec un couple de lesbiennes dans un sauna après la fermeture, il devra en ressortir chaussé d'escarpins rouges. Et ce avant de réaliser son rêve ultime : partager les sensations de sa mère, ancienne championne de saut à ski...

Ce ne sont que quelques éléments pour mieux comprendre toute la poésie du cinéma de Bent Hamer, combinant une mise en scène au cordeau, très policée, parfaite pour montrer la vie extrèmement rangée de Monsieur Horten avant sa retraite, et mettant en valeur les paysages glacés de l'hiver norvégien, et une douce folie scandinave autant dans le scénario que dans la galerie de personnages tout en humour délicieusement pince sans-rire. Mais le film n'aurait pas une telle force s'il n'y avait la prestation de Baard Owe, formidable acteur lunaire, qui, avec sa stature quelque peu hiératique, digne des grands burlesques, sorte de Buster Keaton nordique et septuagénaire, incarne à la perfection le retour vers la vie de Monsieur Horten.
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 12 juin 2008

Jaime ROSALES - Espagne 2007 2h10 - avec Sonia Almarcha, Petra Martinez, Miriam Correa, Nuria Mencia, Maria Bazan, Jesus Cracio, José Luis Torrijo... GOYA 2008

Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure révélation masculine.



Nous sommes habitués à ce que les films racontent une histoire, celui-là en raconte deux. De fait il en raconte plein d'autres, même si chacune tourne autour d'Antonia et d'Adela tant ce qu'elles font retentit sur leur entourage, peuplé de solitudes agglutinées. Ce qui domine en effet ici, c'est l'incapacité des uns et des autres à communiquer, à prendre l'autre en compte, indifférents à la terre entière comme si le monde s'arrêtait à leur porte. Un monde qui fera néanmoins irruption dans la vie d'Adela, prise dans un attentat terroriste qui la laissera comme en état de sidération, bouleversant une vie déjà peu sereine et par contre coup toutes celles qui lui sont liées.
Le film, pour grande part, reproduit dans la construction des images la schizophrénie des personnages, coupant l'écran en deux parties égales, donnant deux points de vue de la même scène, ce qui entraîne un effet de distanciation encore accentué par le fait que le sujet filmé, évoluant d'une pièce à l'autre, surgit dans l'écran après en être sorti par le côté opposé de celui où l'on pouvait l'attendre... Cela provoque une sorte d'état d'inconfort, sans pour autant que cette rupture vis-à-vis de la lecture habituelle empêche l'émotion. Le tiers du film est ainsi tourné en polyvision et ne cesse d'interroger les relations humaines et les effets domino du comportement des uns sur les émotions et la vie des autres, tout en interrogeant le rapport au cinéma et à la chose filmée.

« Faire du cinéma implique de chercher de nouvelles manières de percevoir les choses. De trouver de nouvelles façons de montrer et de connecter les images entre elles », dit le réalisateur. Pour inhabituelle qu'elle soit, pour peu qu'on en accepte le principe, la méthode n'est pourtant pas vaine. Elle attise la réflexion et donne à s'intéresser à des personnages en proie à des affects troublés, à des difficultés profondes qui n'excluent ni les sentiments, ni les possibilités d'évolution, mais les murent en eux-mêmes, condamnés à s'exclure de la vie des autres faute de trouver les moyens de s'y connecter.

Adela a décidé de commencer une nouvelle vie. Elle quitte sa petite ville de province pour s'installer à Madrid avec son bébé. Elle est solitaire, peu bavarde. Elle ne se résigne pas et avance, coûte que coûte, passant outre les déchirements que ses choix entraînent. Antonia est une mère par définition, qui fait tout pour ses trois filles, se sacrifiant pour elles, inquiète à chaque instant, comme liée à elles par un fil d'alimentation invisible, impossible à rompre, qui en ferait la source d'énergie pour chacune prise dans des destins différents.
Chacun est lié à l'autre, en souffre mais en vit (ou en meurt) sans qu'aucun d'eux n'imagine pouvoir se mettre en état de rupture avec ce qui peut s'appeler une « famille » castratrice, étouffante, mais nécessaire, incapables de recul, de la distance justement que le film prend avec eux. Les images sont impeccables et les acteurs jouent leur partition dans une cohérence absolue : « l'originalité du film tient à la vision unique qu'a Jaime de la vie » dit une de ses actrices.
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 9 juin 2008
Le réalisateur américain d'«On achève bien les chevaux», «Out of Africa» et «Tootsie», également acteur sur le tard, disparait à 73 ans.

Venu de la télévision, comme ses homologues Sidney Lumet ou Barry Levinson, Sydney Pollack était de son propre aveu un cinéaste "du milieu", qui a toujours travaillé à l'intérieur du système des studios tout en essayant de faire prévaloir une vision personnelle. Acteur de formation, il avait ces dernières années fait des apparitions remarquées dans Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick, ou, en 2007, dans Michael Clayton, de Tony Gilroy, qu'il avait coproduit.

En 1965, il réalise son premier long métrage, Trente minutes de sursis, avec Anne Bancroft et Sidney Poitier. Les critiques sont féroces, mais le film présente déjà deux caractéristiques récurrentes dans le cinéma de Pollack : des stars et du mélodrame. Ses films suivants lui permettent de diriger Natalie Wood et Robert Redford (Propriété interdite, 1967) ou Burt Lancaster (Les Chasseurs de scalps et Un château en enfer, tous deux en 1969).

Il faut attendre le succès d'On achève bien les chevaux, en 1970, pour que Sydney Pollack soit reconnu par la critique et par ses pairs. Ce récit d'un marathon de danse, pendant la Grande Dépression, dont la vedette est Jane Fonda, semble l'apparenter au Nouvel Hollywood naissant. Le malentendu perdure avec Jeremiah Johnson, un an plus tard. On peut voir ce western rousseauiste et violent comme un réquisitoire contre l'impérialisme américain. C'est aussi un formidable "star vehicle", selon la terminologie hollywoodienne, un film construit autour de son interprète principal, Robert Redford.

En 1973, Redford et Pollack se retrouvent pour Nos plus belles années, un long film mélodramatique très mal reçu par la critique et grand succès au box-office. Les Trois Jours du Condor (1975), thriller paranoïaque qui sort dans la foulée du scandale du Watergate, font plus forte impression. Pollack semble prendre à son compte la critique du pouvoir américain telle qu'elle s'est développée après les révélations de Bob Woodward et Carl Bernstein, les journalistes du Washington Post. Le réalisateur sera pourtant le premier à s'engager dans une critique des méthodes de la presse avec Absence de malice (1982)


Entre-temps, en 1977, Pollack a réalisé l'un de ses films les plus personnels, un pur mélodrame amoureux, Bobby Deerfield, histoire d'une passion entre un pilote de course américain (Al Pacino) et une Européenne atteinte d'un mal mystérieux (Marthe Keller). Le film est un relatif échec ; il lui faudra attendre 1982 et l'immense succès de Tootsie pour qu'il soit effacé.

Tootsie, dans lequel Dustin Hoffman incarne un comédien au chômage qui se travestit pour obtenir un rôle, est l'unique comédie qu'a réalisée Pollack. Le film correspond à un changement de régime à Hollywood, où ce ne sont plus les réalisateurs mais les agents qui mènent la danse. Sydney Pollack confie sa carrière au plus puissant d'entre eux, Michael Ovitz.

En 1993, venu au Festival de Deauville présenter La Firme, le réalisateur se souvenait ainsi de cette période : "Le bon vieux temps a existé, pas parce qu'il était plus simple de faire des films, mais parce qu'ils coûtaient moins cher. Tootsie a coûté 21 millions de dollars et je me rappelle m'être dit : "C'est de la folie ! Plus jamais ça !" Ensuite Out of Africa a coûté 31 millions, Havana 40 millions. Et ce fut un four."

De fait, le succès et les sept Oscars d'Out of Africa, adapté du récit de Karen Blixen, représentent le sommet de la carrière de Sidney Pollack. La sentimentalité grandiose des images et de la musique, la force d'attraction des interprètes (Robert Redford et Meryl Streep) ont à la fois impressionné, déplacé les foules et suscité les sarcasmes. Plus jamais le cinéaste ne parviendra à retrouver cette alchimie : l'échec d'Havana (1990) marque la fin de sa collaboration avec Robert Redford. Par la suite, seul La Firme, qui bénéficie de la gloire montante de Tom Cruise, se hissera au sommet du box-office. Malgré la présence aux génériques d'Harrison Ford( Sabrina, L'Ombre d'un soupçon) ou de Nicole Kidman (L'Interprète), le succès le fuit. Le dernier film qu'il a réalisé est le seul à ne pas compter de star. Il s'agissait d'un documentaire sur l'architecte Frank Gehry, présenté au Festival de Cannes en 2006.

Ces deux dernières années, le cinéaste s'était surtout fait acteur et producteur. La société Mirage Enterprises, qu'il avait créée avec le cinéaste britannique Anthony Minghella, disparu le 18 mars, avait produit aussi bien Retour à Cold Mountain et Par effraction, de Minghella, que le remake d'Un Américain bien tranquille, réalisé par Philip Noyce en 2002.

Thomas Sotinel
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 9 juin 2008
Dino Risi, décédé samedi à Rome à 91 ans, était l'un des maîtres de cette comédie italienne qui fit florès des années 50 à la fin des années 70. Un genre qui n'avait pas peur du mauvais genre quand il fouillait le trivial pour brocarder la triste politique et nos pauvres existences. Les derniers films de Risi (dont les ratés le Bon Roi Dagobert et le Fou de guerre, avec Coluche) ont peut-être fait oublier son talent, mais revoir Une vie difficile (1961) ou le Fanfaron (1962) suffit à remettre les idées en place. La critique française disait de Risi qu'il était un parfait cynique. Valerio Caprara (1), historien du cinéma, est plus subtil : «Son fameux cynisme, loin d'être un sentiment décadent, représente au contraire la clé poétique pour se rapprocher du mystère du vécu.»

LA COMEDIE ITALIENNE

Dans tous ses états...

Du milieu des années 1950 au début des années 1980, le cinéma italien et son genre de prédilection, la comédie, aura connu son âge d'or. En ce début d'été, la Cinémathèque française projette 80 de ces films qu'on regroupe sous le terme commun de "comédies à l'italienne". Gros plan sur ces trois décennies cinématographiques qui continuent d'inspirer certains cinéastes transalpins.

Il n'est pas évident de définir la période dite de la comédie italienne. Pas vraiment un courant cinématographique (comme l'a fait remarquer le réalisateur Dino Risi, "pourquoi s'obstiner à dire comédie à l'italienne ? Celles qui sont faites en Amérique ne sont pas appelées à l'américaine"), elle est un genre de comédie, axé sur la satire sociale et très politiquement incorrecte, qui s'étend sur une période de trois décennies, de l'après-guerre, plus précisément du milieu des années 1950 au début des années 1980, date de son déclin. Nous verrons quels sont les acteurs de cet âge d'or du cinéma italien, à savoir les réalisateurs et comédiens protagonistes de ce renouveau du genre comique, ainsi que le type de discours véhiculé dans ces oeuvres cinématographiques, qui ont construit l'histoire du cinéma italien.

Naissance d'un mouvement


Rappelons avant toute chose que c'est en partie la critique italienne qui a érigé en véritable genre la comédie à l'italienne et nullement le souhait des cinéastes de l'imposer comme tel. Après ce petit rappel, venons-en maintenant aux origines du mouvement. Mélange de critique sociale, de bouffonnerie grotesque et d'ironie, la comédie italienne trouve sa source dans la tradition théâtrale populaire de la Commedia dell'arte. En réaction au néoréalisme, dont Roberto Rossellini, Vittorio De Sica et Luchino Visconti en sont les ambassadeurs les plus significatifs, le genre traite, avec plus de légèreté, les mutations de la société italienne, des années du boom économique, au cours des années 1960, au désenchantement de la fin des années 1970. Gaieté apparente cachant une certaine amertume, tels sont donc les ingrédients de la comédie italienne, dont l'énergie repose en grande partie sur les acteurs. Les Alberto Sordi, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et autres génies comiques italiens, trouveront leurs meilleurs rôles chez Mario Monicelli, Dino Risi, Luigi Comencini, Lina Wertmüller, Antonio Pietrangeli ou Ettore Scola. Au cours des années 1950, alors que le pays entre progressivement dans une ère d'abondance, le genre comique tente d'en analyser les conséquences, positives comme négatives. Si la comédie italienne dépeint surtout la petite et moyenne bourgeoisie, elle met en lumière les côtés obscurs d'un nouveau mode de vie, bousculé par cette émergente prospérité économique. Il en découle une certaine forme de solitude de l'individu moderne et la perte de certaines valeurs. L'oeuvre qui annonce véritablement la naissance du mouvement est ‘Le Pigeon' de Mario Monicelli, réalisé en 1958. Le film, qui relate l'histoire pathétique d'une bande de voleurs qui organisent un improbable hold-up, rend compte avec humour et dérision des thèmes de la solitude, des marginaux, pour qui le boom économique n'a pas été favorable.

Années 1960 : le boom


La réussite du ‘Pigeon' doit beaucoup à l'arrivée de nouvelles figures du cinéma comique italien, dont le cinéaste Dino Risi. Avec déjà une longue série de documentaires et de fictions à son actif dans les années 1950, son talent éclate véritablement au début des années 1960 lorsqu'il signe deux chefs-d'oeuvre du rire, ‘Le Fanfaron' (1962) et ‘Les Monstres' (1963) avec Vittorio Gassman. Ses films sont un assemblage de parodie, de satire sociale poussée à l'extrême, dans lesquels ses personnages renferment une authentique folie. Autre grand coup de maître, ‘L'Armée Brancaleone' (1966), réalisé par un virtuose du genre, Mario Monicelli. Le cinéaste signe une comédie décalée où la caricature est à son paroxysme. Les acteurs s'en donnent à coeur joie face à tant de propositions de personnages aussi excessifs. Vittorio Gassman devient spécialiste dans l'art de jouer les cavaleurs et les escrocs à grande gueule. Le Romain Alberto Sordi campe le plus souvent des rôles de lâches, de profiteurs et de paresseux. Quant à Nino Manfredi, qui brillera dans les films d'Ettore Scola, il incarne des personnages tantôt clownesques, tantôt monstrueux. Marcello Mastroianni, bien qu'étant moins catalogué "acteur de la comédie à l'italienne", tourne dans diverses comédies de l'époque comme ‘Divorce à l'italienne' de Pietro Germi, ‘Mariage à l'italienne' de Vittorio De Sica. Face à tant d'inspiration, les ambitions des cinéastes et des scénaristes ne font qu'accroître au cours de la décennie suivante.


Les années 1970 : consécration de Scola et Ferreri

                                                   

On ne change pas une équipe qui gagne. L'activité cinématographique italienne se poursuit au cours des années 1970 et l'imagination des réalisateurs et de leurs scénaristes ne faiblit pas. Si les maîtres que sont Risi et Monicelli sont toujours en haut de l'échelle, de nouvelles figures vont apparaître sur la scène comique italienne, qui va subir de profonds changements. Ceux-ci tiennent en compte le nouveau climat social, politique et économique qui vient de s'installer dans le pays, dont les années de boom sont déjà loin derrière et qui vont progressivement se muer en un sentiment de désillusion. Parmi ces nouvelles figures, Ettore Scola, qui dès 1970 et son ‘Drame de la jalousie', avec Monica Vitti et Marcello Mastroianni, va exceller dans un cinéma populaire et de caractère. ‘Nous nous sommes tant aimés' (1974), écrit avec ses complices scénaristes Agenore Incrocci et Furio Scarpelli, est un savoureux mélange d'humour et de mélancolie, de sentiments tendres et nostalgiques. Avec toujours pour toile de fond le poids de l'histoire italienne, le film retrace la vie de trois amis, dont les chemins se séparent pour mieux se retrouver. Plus féroce est le film ‘Affreux, sales et méchants' (1976), qui dépeint les bidonvilles de Rome, avec un Nino Manfredi impeccable en maître de famille monstrueux et terrorisant. Ce film aurait pu être réalisé par Marco Ferreri tant il va loin dans la provocation et le grotesque. Justement, ce dernier s'affirme également dans les années 1970, durant lesquelles il défend un cinéma de type engagé et provocant. On peut citer ‘La Grande Bouffe' (1973) et ‘Rêve de singe' (1977). Ces années sont aussi marquées par la réalisation de perles de la comédie italienne : ‘Amici miei', ‘L'Argent de la vieille', ‘Les Derniers Monstres' qui perpétue la tradition italienne du film à sketches, et dans un registre plus dramatique, ‘Parfum de femme' de Dino Risi.

De la lueur au crépuscule

A la fin des années 1970, le genre de la comédie à l'italienne est en déclin et le cinéma européen traverse également une crise, due en particulier à l'arrivée de la télévision dans les foyers. Rajoutons à cela une autre explication : l'Italie est en train de plonger progressivement dans la période dite des années de plomb et la production cinématographique s'en ressent fortement. Quelques comédies apparaîtront tout de même sur les écrans, comme le dernier volet de la série de films à sketches, ‘Les Derniers Monstres', ou le film de Pasquale Festa Campanile au titre évocateur, ‘Il Petomane' (1983).

Contrairement au courant néoréaliste, la comédie à l'italienne aura su durer dans le temps sans que le public s'en lasse. Trois décennies d'intense production cinématographique, dont les oeuvres, qu'on sait nombreuses, font aujourd'hui parti du patrimoine culturel national et continuent d'inspirer certains cinéastes italiens, comme Nanni Moretti.
Sabrina Piazzi

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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