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LES FRAGMENTS D’ANTONIN
Écrit et réalisé par Gabriel LE BOMIN, France, 2006, 1h30mn, avec Grégori Derangère, Annouk Grinberg, Aurélien Recoin, Nils Arestrup, Laure Duthilleul, Yann Colette...

Engagez vous ! rengagez-vous ! vous verrez du pays ! claironnaient gaiement les sergents recruteurs. À Berlin, à Berlin ! hurlaient les foules parisiennes.
Nach Paris ! Nach Paris ! répondaient en écho les foules berlinoises, unies dans le même élan patriotique. Elle serait brève, fraîche et joyeuse cette guerre, que seul Jaurès, assassiné quelques semaines plus tôt, avait tenté d’empêcher. Elle fut longue, glaciale et meurtrière, même dans ses détails les plus infimes, tels cette baïonnette garantie d’époque, vendue 3 sous sur le marché aux puces de Villeneuve dont on découvre, informés gentiment par un vendeur désinvolte, que la lame quadrangulaire de cet aimable objet était non seulement conçue pour plonger au plus profond des entrailles mais aussi pour rendre improbable, avec cette plaie en forme de croix, tout processus de cicatrisation.
Les Fragments d’Antonin, jamais titre ne fut plus judicieusement choisi, rend parfaitement compte de l’ignominie d’une guerre dont on ne pouvait sortir qu’en morceaux. Réduits parfois en chair à pâté, avec inscription au panthéon des héros sur le monument aux morts de sa commune ou, plus savoureusement encore, en morceaux mais vivant, en proie à de terribles obsessions qui permettaient à l’heureux soldat, comme au football, de jouer de bien excitantes prolongations. Mais là encore rien n’était perdu car l’on pouvait toujours finir, même largement hors délais, sur la pierre sacrée du souvenir. C’est ainsi que l’on peut remarquer sur nombre de stèles des décès ayant largement dépassé l’heure de l’armistice, parfois même de plusieurs années.
C’est à ces héros perdus pour la gloire que donne vie Les Fragments d’Antonin. Ceux que des bombardements trop soutenus, des lâchers criminels de gaz moutarde, des combats trop sanglants à la baïonnette, laissèrent saoulés d’horreurs, exclus de toute conscience de vivre. Antonin est de ceux-là : cet instituteur mobilisé, dont on devine dès la première image qu’il ne ferait pas de mal à une mouche, se voit confier le poste d’agent de liaison colombophile, une spécialité peu guerrière qui consiste à convoyer des pigeons en roulotte d’un bout à l’autre du front pour transmettre des messages. Une activité quasi bucolique dont Antonin s’acquitte d’autant mieux qu’elle le tient éloigné avec ses gentilles bestioles de la sauvagerie des combats. On le devine, hélas, Antonin, sa carriole et ses pigeons finiront par se retrouver au cœur de la plus effroyable des conflagrations…
« Cet instituteur qui, après la guerre, revit ses traumatismes encore et encore, est un rôle rare et excitant qui soulève des problématiques toujours actuelles. Le contexte historique de ce récit est un prétexte : Antonin pourrait aussi bien vivre aujourd’hui ici ou ailleurs, et revenir d’Afghanistan, d’Irak… Nous avons visionné des documents historiques du musée du Val de Grâce : des archives de soldats traumatisés, tremblants, littéralement affolés et délirants rien qu’à la vue d’un casque allemand. Un psychiatre de l’Hôpital d’instruction des armées nous a exposé les symptômes post-traumatiques développés par des hommes ayant combattu dans la première guerre ou des conflits plus récents, ou encore par des sapeurs-pompiers… » raconte Grégori Derangère.





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