

(HAPPY-GO-LUCKY) Écrit et réalisé par Mike LEIGH - GB -2008 -1h58 - avec Sally Hawkins, Eddie Marsan, Alexis Zegerman, Kate O'Flynn, Carolin Martin, Samuel Roukin... Festival de Berlin 2008 : Ours d'argent - Prix d'interprétation pour Sally Hawkins.
Mike Leigh, grand réalisateur de drames sociaux souvent sombres, a fait une vraie comédie et le résultat, c'est du Kir royal cinématographique ! Une bouffée d'optimisme, de joie de vivre et
d'énergie qui fait chaud au cœur et envoie la morosité par dessus les moulins !
Poppy, née Pauline, est une belle perruche exotique qui volette à travers Londres, souriant d'une oreille à l'autre. Toujours à blaguer, dire un mot gentil, faire un clin d'œil, rien ni
personne ne peut gâcher sa bonne humeur. Elle croque la vie comme une pomme et son verre est toujours à moitié plein. Même quand elle se fait voler son vélo, son seul regret est de ne pouvoir
lui dire au revoir. Poppy adore son boulot d'institutrice et les gamins l'adulent tout autant car avec elle, apprendre devient un jeu d'enfant. Mais elle n'est pas si cucul la praline non plus
de croire qu'en souriant beaucoup elle résoudrait les problèmes du monde. S'il le faut, elle arrête de rigoler, écoute les autres et s'occupe de leurs soucis - pour mieux éclater de rire trois
secondes après afin de chasser les nuages sombres. Bref Poppy est une femme incroyablement joyeuse, très loin des trentenaires en crise qui peuplent souvent les films français. Elle est une
sorte de Fifi Brindacier adulte, dont l'optimiste frôle l'anarchie.
Chez Mike Leigh, on pourrait s'attendre qu'autant de légèreté ne puisse durer longtemps, qu'il y aura forcement un événement qui fera tout basculer vers le drame. Soyez rassurés, le bonheur
dure ! On accompagne Poppy pendant quelques semaines de sa vie, on l'observe de très près dans des situations quotidiennes qui peuvent apparaître insignifiantes au premier regard. Mais enfin,
c'est ça la vie, une multitude de petits moments ordinaires mais uniques ! Poppy sort en boîte avec ses copines et des escalopes de dinde dans le soutif, fait un tour chez sa sœur qui trouve
irresponsable de jouer à la Playstation après 22h, et boit des bières avec une collègue qui l'amène au plus drôle cours de flamenco de l'histoire du cinéma.
Rappelez-vous, je viens de vous le dire : Poppy n'a plus de vélo. Elle décide alors de prendre des cours de conduite, comme pour passer une sorte de baptême d'adulte du citoyen urbain. Sauf
qu'avec Scott, son professeur de conduite, ça devient un peu plus difficile de garder le sourire, car il est aussi aigri et rempli de frustrations qu'elle déborde de joie. Mais plus il
s'énerve, plus elle trouve du plaisir à vouloir l'aider. Et plus elle s'amuse, moins il croit que le monde est rigolo. Attention! Cette réaction en chaîne peut également se révéler un vrai défi
pour le spectateur : combien de bonheur (des autres) supportons-nous avant d'en être agacés ? Mais pourquoi diable cela devrait nous énerver ? De la jalousie, d'humeur grincheuse ou de simple
tristesse ? Mike Leigh nous tend ainsi un miroir : la façon dont nous réagissons à son film révèlera beaucoup de notre personnalité.
Écrit et réalisé par Ronit ELKABETZ et Schlomi ELKABETZ - Israël -2008 -1h55 - avec Ronit Elkabetz, Sulika Kadosh, Albert Ilouz, Moshe Ivgy... Festival de Cannes 2008 : film d'ouverture de la Semaine Internationale de la Critique.

CHET BAKER
Bruce WEBER - documentaire USA 1988 2h - Réédition en copie neuve.
Pas besoin de céder à la fiction pour raconter Chet Baker, sa vie est un scénario spontané, idéal et poignant. Splendeur et décadence, confidences et mensonges, documents d'archives et scènes
de tournage intimement mêlés composent ces deux heures de cinéma vérité sacrément remuantes. Bruce Weber nous balade entre les débuts fracassants d'un jeune blanc bec, trompettiste prodige et
chanteur inimitable qui accompagna Charlie Parker à 24 ans, et la fin de course d'un marginal usé par les drogues diverses, une vie privée tumultueuse, les scandales et les séjours en prison.
Entretetemps, Chet Baker a enregistré une centaine d'albums, son talent a très vite été reconnu, célébré. Ce n'était pas un artiste maudit mais il a choisi de vivre à sa manière...
Film documentaire plus passionnant que bien des fictions, portrait ultra-sensible d'un homme déchiré, fascinant et dérisoire... Et des images! En noir et blanc, magnifiques! Composées et
éclairées au millimètre: Bruce Weber, le réalisateur est d'abord un photographe, un des réputés des États Unis. Et grâce à ces images splendides, miracle, on entend mieux la musique de Chet
Baker...

Julien TEMPLE - documentaire Angleterre -2006 -2h15 - avec The Velvet Underground, Tinawiren, Nick Cave, Morrissey, Faithless, Prodigy, Toots and the Maytals, Cypress Hill, The Skatalites, The Scissor Sisters, Radiohead, Bjork, Coldplay, The Chemical Brothers, Blur, Joe Strummer, Pulp, David Bowie, Massive Attack...
Quelle bonne idée du distributeur Tamasa de sortir ce documentaire, sur un rendez-vous culturel mythique, en cette période estivale. Une période propice aux festivals en tous genres qui
fleurissent aux quatre coins de l'Europe. Et pour le coup ici, c'est dans les coulisses du festival de Glastonbury que nous sommes invités, le plus grand festival en plein air de musique et
d'arts du spectacle du monde. Si vous ne connaissez pas cet événement incontournable, c'est donc le moment de se rattraper. Et pour les autres, vous retrouverez cette ambiance unique et
particulière qui habite ces grandes manifestations musicales. Alors venez embarquer pour plus de 2 heures de boue, de folie et de musique, comme le dit l'affiche, vous ne serez pas déçu du
voyage.
Pour donner quelques chiffres, cette année, il y avait quelque 700 artistes répartis sur 80 scènes!. Et plus de 170 000 personnes se sont retrouvées sur les 450 hectares de terrain réservés
pour cette occasion. Cette énorme fête n'est pas sans rappeler Woodstock ou les festivals de la grande époque. Mais Glastonbury est le dernier à être encore debout.
En 1970, Michael Eavis, un jeune fermier, ouvre sa ferme de 150 hectares à 1 500 personnes. C'est ainsi que naît le festival de Glastonbury (au sud-ouest de l'Angleterre). Depuis plus de trente
ans, des milliers de personnes s'y retrouvent chaque année durant le week-end du solstice d'été, fin juin. Une fête délirante : des dizaines de scènes proposent avant tout du rock, mais aussi
de la world et du jazz, avec une affiche sans pareille où les valeurs reconnues côtoient les nouveaux talents. Les autres arts vivants, théâtre, cirque, y ont également leur place.
Bien entendu, le festival lui-même et ses organisateurs ont dû s'adapter pour répondre aux changements commerciaux, politiques et culturels qui se sont produits autour d'eux, mais la vision
fondatrice du festival n'a jamais été trahie. Cette conception du festival comme un organisme en constante évolution, s'adaptant en fonction des pressions des gens qui y assistent autant que
des évolutions du monde extérieur, est aussi au coeur de cette histoire. Nourri de la grande richesse musicale qu'a offert Glastonbury année après année, le film parcourt les différents
secteurs, invitant le spectateur à s'immerger dans l'esprit du festival et dans l'irrésistible expérience sensorielle qu'il propose. En écho au flot de musique et d'images, le film incorpore
les voix d'une incroyable diversité de festivaliers. Le public présente un éventail infini d'âges, de cultures, de nationalités, de modes de vie, de croyances, de styles vestimentaires et de
goûts musicaux. C'est cet esprit qui rend Glastonbury unique et attire le public et les artistes des quatre coins du monde. Vivre l'instant présent, partager des expériences et s'évader, au
moins pour quelques jours, des routines et des hiérarchies stressantes de la vie moderne. Et qu'importe les conditions météo (pluie, boue, vent...), comme cette année d'ailleurs, la fête doit
continuer. Les frontières et contraintes habituelles sont abolies. Les gens se côtoient et s'apprécient simplement, stimulés par un esprit libre-penseur, tolérant et généreux qu'ils ont
eux-mêmes créé. Julien Temple, déjà réalisateur de l'excellent docu Joe Strummer, the future is unwriten, nous plonge avec passion dans ce grand spectacle musical. Et tout ce que l'on
souhaite en sortant de la projection, c'est une longue vie encore au festival de Glastonbury !
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