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Jeudi 1 février 2007
INLAND EMPIRE

 Site officiel
Ecrit et réalisé par David LYNCH, USA, 2006, 2h52mn, VOSTF, avec Laura Dern, Jeremy Irons, Justin Theroux, Harry Dean Stanton, Bellina Logan, Amanda Foreman, Robert Charles Hunter...



Impossible de mettre un cadre autour du fascinant objet qu’est le nouveau film de David Lynch. Impossible de le cerner avec nos mots. Impossible de l’envisager avec notre approche habituelle du cinéma tant INLAND EMPIRE relève d’une expérience multi sensorielle unique. Lynch a jeté aux enfers tous les codes et tous les modes d’emploi, Dieu tout puissant de son œuvre qu’il ne cherche ni à nous faire comprendre, ni à nous faire aimer. Comme souvent chez lui, son film est d’abord un miroir qui reflète son foisonnement créatif à multiples facettes (on le connaît cinéaste, il est également musicien, peintre et grand adepte de la méditation), mais aussi les peurs, les fantasmes, les frayeurs et les désirs humains. En cela INLAND EMPIRE pourrait être un condensé de sa filmographie, enfin débarrassé de toute contingence narrative, poussé aux limites d’une expérience extrême, loin des systèmes et des modes.
Le fil conducteur est ténu et se dissout très vite dans un gouffre où le spectateur se laisse tomber avec effroi (ou pas, car il y aura les fans, et les autres).
Autant dire que ce n’est pas de tout repos (on est tour à tour fasciné, irrité, captivé, écœuré… on décroche, on se raccroche, on est émus, on a peur, on sursaute)… mais pour qui aime le cinéma de Lynch, c’est une aventure indispensable, aussi exceptionnelle que passionnante.

On a retrouvé ce qu’en disait la presse (ultra enthousiaste) lors de sa présentation au dernier festival de Venise :

« Le titre du nouveau film de David Lynch s’écrit en lettres capitales et pas autrement. Ça nous va très bien comme ça : INLAND EMPIRE est en effet immense (trois heures), dominateur, vertigineux, vertical. Mais surtout, il est GRAND.
« Qu’est-ce qu’un grand film ? En l’espèce, une sorte de film somme où David Lynch revisite, rebrasse et cristallise toutes les matières du cinéma qu’il pratique depuis maintenant quarante ans. Dès le début, nous sommes pris à témoin de sa démarche, et les premiers dialogues du film pourraient être un échange entre le cinéaste et le spectateur. L’image est torve, le décor indécidable, les visages floutés. “Où sommes-nous ? Où suis-je ?” demande une voix qui pourrait être la nôtre. “Je cherche une entrée”, répond une autre voix, qui pourrait être celle du cinéaste au seuil d’un film qu’il ne sait par où commencer. Et bientôt un cinéaste, effectivement, apparaît : c’est un Jeremy Irons carnassier qui tient ce rôle. Il vient d’élire une actrice appelée Nikki Grace pour être son héroïne (Laura Dern, absolument géniale de bout en bout). Ils s’apprêtent à tourner le remake d’un film qui n’a jamais pu être fini à cause d’une malédiction. Ce film s’appelait 47, et son tournage s’est interrompu à la suite d’événements mystérieux, dont Hollywood colporte, depuis, la légende. Après quelques séances de travail, il apparaît clairement que le sort jeté sur 47 est toujours bien vivant, et Nikki en est la première victime, qui bascule irrémédiablement dans la fiction malsaine qu’elle était censée interpréter. Elle n’en sortira pas, et nous non plus : INLAND EMPIRE (traduction littérale mais sans pertinence : “Empire du milieu”) est un continent vaste et labyrinthique, où les séquences filmées, rêvées, délirées et “réelles” s’enchâssent si bien qu’elles forment toutes ensemble une quatrième dimension sans issue.
« Cette dimension fonctionne comme un trou noir magnétique qui attire dans sa poisse les lambeaux du réel luxueux où Nikki évoluait et les absorbe, les contamine, les dévore. Avec son mari “dans la vie”, comme avec son mari “dans le film”, la double héroïne va souffrir mille peurs effrayantes, auxquelles se mêlent encore les résurgences, sexuelles et violentes, d’un passé obscur qu’elle livre par bribes à une espèce de psy ressemblant étrangement à un tueur d’épouvante. »

Olivier Séguret dans Libération

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 1 février 2007
PARS VITE ET REVIENS TARD

Site officiel

Régis WARGNIER, France, 2006, 1h55mn, avec José Garcia, Lucas Belvaux, Olivier Gourmet, Marie Gillain, Linh Dan Pham, Michel Serrault, Nicolas Cazalé... Scénario d’Ariane Fert, d’après le roman de Fred Vargas.



Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg n’aime pas le printemps. Il se méfie des montées de sève, des désirs d’évasion, du déferlement des pulsions, tous ces signaux qui sonnent le retour des beaux jours...
Et il a raison Adamsberg... Sa fiancée, Camille, prend du recul, ou le large c’est selon, toujours est-il que son absence coupe les ailes du commissaire, au moment où il en aurait pourtant le plus besoin : quelque chose vient de tomber sur la capitale, une énigme porteuse de malédiction, qui pourrait bien virer au malheur, si on ne la résout pas fissa.
Peint soigneusement sur les treize portes d’un immeuble, dans le xviiie arrondissement de Paris : un grand 4 inversé, à la base élargie, façon gothique. En dessous, trois lettres : CLT. Adamsberg les photographie et hésite : simple graffiti, ou menace retorse ?
À l’autre bout de la ville, Joss, l’ancien marin breton devenu crieur de nouvelles, est perplexe. Depuis trois semaines, une main glisse, à la faveur de la nuit, d’incompréhensibles missives dans sa boîte à messages. Un amuseur ? Un cinglé ? Son ancêtre murmure à son oreille : « Fais gaffe à toi, Joss. Il n’y a pas que du beau dans la tête de l’homme. »
Et puis arrive ce qu’Adamsberg redoutait : un premier mort, le corps noirci, le visage figé dans une grimace de terreur, les symptomes de la peste. Et c’était bien ça qu’annonçait l’énigme: le retour du terrible fléau. Mais avec une sacrée variante, qui change totalement la donne : il semble bien que quelqu’un contrôle la maladie et la porte où il veut...

Nous étions sans doute nombreux à l’espérer ; et sans doute autant à le redouter : le petit monde de Fred Vargas va s’incarner sur grand écran (et bientôt aussi sur le petit : Josée Dayan termine une adaptation télé d’un autre roman, avec Jean-Hugues Anglade dans le rôle d’Adamsberg). En une dizaine de romans, Fred Vargas a marqué de son empreinte le roman policier français et créé un univers qui n’appartient qu’à elle. Noirs et feutrés, poétiques et oniriques, les romans de Vargas sont peuplés de personnages insolites : intuitifs, en proie au doute mais têtus, rêveurs, cultivés ou amoureux, ou tout cela à la fois ; imprévisibles, impossibles à cataloguer en tout cas. Tout comme est imprévisible et inclassable l’intrigue de Pars vite…, qui, outre une Camille indépendante et passionnée et un crieur breton, fait intervenir 3 évangélistes, 5 enfants et leur père, un lieutenant limite dépressif mais débordant d’amour qui parle en alexandrins, une sergente un peu costaude qui sait convertir son énergie, un chat amoureux de la sergente… le tout dans un Paris transcendé par l’imaginaire, et habité de fantômes...

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 29 janvier 2007
DÉSENTUBAGES CATHODIQUES

(grosses ficelles du petit écran) Un film collectif produit par Zalea TV, France, 2005, 1h30mn, avec notamment : Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Patrick Poivre d’Arvor, Jean-Pierre Pernaud, François Hollande... Réalisateurs : Olivier Azam, Alain-Gilles Bastide, Pascal Boucher,Christophe Del Debbio, Michel Fiszbin, Pierre Merejkowsky.




La télé libre Zalea TV est interdite de diffusion par le CSA depuis juin 2003. Sa candidature à la TNT nationale a été rejetée deux fois. Son obstination à dénoncer allègrement la toxicité idéologique de la télévision marchande (service publico-commercial compris) n’y est sans doute pas pour rien...

Désentubages Cathodiques présente une sélection de décryptages en images des arnaques en tous genres du petit écran. Du mensonge à la mystification en passant par la manipulation et la fausse impartialité, c’est toute la logique de la désinformation et de l’abrutissement qui est mise à jour. Quand le roi des médias et ses bouffons politico-journalistiques sont passés au crible d’un contre pouvoir audiovisuel radical, le discrédit des « élites » sanctionné par le référendum du 29 mai se comprend mieux. Avec Désentubages Cathodiques, l’équipe de Zalea a pris le parti d’en rire et d’en faire rire, même si au fond, ses découvertes sont plutôt inquiétantes. Par la mise en scène d’une série de techniques très simples de « télégitime défense, » ce film est aussi une invitation à s’auto-désentuber en permanence.
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 29 janvier 2007
UN JOUR SANS FIN
(GROUNDHOG DAY) Harold RAMIS, USA, 1993, 1h43mn, avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott, Stephen Tobolowski... Scénario (jubilatoire) de Danny Rubin et Harold Ramis.



Imbuvable il est, ce mec! Et quand je dis imbuvable... il la joue désabusé, vu qu’il se prend pas pour une crotte de teckel irlandais. A force d’annoncer le temps sur une grande chaîne câblée de la région de Pittsburgh, sa tête a fini par gonfler comme un ballon sonde... En plus il est  Grognon, jamais content, traitant ses aficionados avec un dédain, mais un dédain... Même pas foutu de s’apercevoir que l’Andie MacDowell est tout-à-fait troussable, tellement il est préoccupé de lui-même et furieux qu’on l’expédie ce 2 février (comme tous les ans d’ailleurs) pour commenter, en direct de Punxsutawney, le réveil de la marmotte qui est censé coïncider avec les premiers balbutiements du printemps... C’est d’ailleurs une fête idiote, comme beaucoup de fêtes de ce genre: il y a fatalement une poignée de notables locaux qui viennent bêtifier leur numéro habituel... C’est pas propre aux USA, vous connaissez aussi... On extirpe une marmotte à moitié sonnée d’une boiboîte, on lui beugle dans les portugaises, et on prétend avec l’air le plus con possible que c’est l’hiver qui en partant lui a pincé le dodu de la fesse pour la réveiller... Que le Bill Murray en ait rien à cirer, on pourrait presque le comprendre... mais c’est tout de même pas une raison pour tirer la tronche à l’Andie qui l’a bien mignonne, elle, sa trombinette.
Dans la soirée, une tempête de neige les coince à Punxsutawney... Et le lendemain, lorsque le réveil de Bill sonne... c’est à nouveau le 2 février qui recommence... Mêmes mots, mêmes rencontres, mêmes images... Persuadé que son mental s’est déglingué dans la nuit, il traverse une journée bourrée d’angoisses bien légitimes et finit cependant (coincé à Punxsutawney par une tempête de neige...) par s’endormir, pour se réveiller... le 2 février... Après une bonne quinzaine de 2 février, il va tout de même finir par comprendre qu’il n’est pas dingo du tout, mais que par un étrange phénomène, il est enfermé (pour l’éternité?) dans une boucle du temps...
Il va alors passer par tous les états d’âme, Bill, tester tous les comportements possibles et finir par savoir par coeur, à la virgule près, le rôle de chacun, prévoir la seconde où le serveur va lâcher son plateau etc... Et inventer toutes les perturbations possibles, de plus en plus fort, de plus en plus gros... mais quoi qu’il fasse d’énorme, de calamiteux, de scandaleux, le lendemain sera toujours la veille... enfin, aujourd’hui 2 février, fête de la marmotte.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 29 janvier 2007
MOLIÈRE
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Laurent TIRARD, France, 2006, 2h, avec Romain Duris, Fabrice Luchini, Laura Morante, Edouard Baer, Ludivine Sagnier, Fanny Valette... Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron.



Quand vous entendez des répliques comme « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », « Le petit chat est mort » ou encore « Cachez ce sein que je ne saurais voir »… vous pensez illico à lui. Vous imaginez des théâtres éclairés à la bougie. Vous voyez des perruques poudrées et des femmes savantes en robes froufrouteuses. Vous enviez ce public populaire, joyeux et connaisseur qui se régale d’une farce truculente. Vous riez des bourgeois, des avaricieux et des charlatans. Vous pensez à Molière. À lui seul, le nom évoque un univers d’une incroyable richesse. Célèbre et emblématique d’un art qu’il a maîtrisé au point de le personnifier, Molière est pourtant souvent réduit à une sorte de génie d’un théâtre du passé. Loin de célébrer un monument ou un cliché, par un biais aussi original que surprenant, le film de Laurent Tirard nous plonge au cœur de la vie et de l’œuvre de celui qui, avant de devenir le plus grand des auteurs, fut d’abord un homme.
Toutes les biographies de Molière mentionnent une absence aussi longue que mystérieuse alors qu’il n’a que vingt deux ans. Alors rêvons ensemble. Et si, pendant ces mois-là, Molière avait rencontré ceux dont il allait faire ses personnages ? Et si, pendant cette aventure, il avait vécu les sentiments extrêmes qui enflamment ses pièces et bouleversent le public quelles que soient les époques ? Et si, dans le secret de cette parenthèse, il avait rencontré celle qui allait lui donner la clé de lui-même et l’inspirer à jamais ? C’est cette biographie imaginée que Laurent Tirard se propose de nous raconter et il le fait avec brio.
Le jeune Molière, donc, est de retour dans la capitale où il rêve de monter une tragédie. Finies les farces et la comédie ! Pour le fougueux Jean-Baptiste Poquelin, le théâtre, le vrai ne peut exister que dans la tragédie. Mais la vie est aussi faite de choses plus bassement matérielles et c’est ainsi que, rattrapé par l’impatience de ses créanciers, il se retrouve en prison. La chance lui sourit pourtant quand un mystérieux homme de loi lui propose de régler ses dettes en échange d’un service particulier. Il est conduit dans la demeure de Monsieur Jourdain afin de prodiguer à ce dernier l’art de la comédie. Jourdain s’est mis en tête en effet de séduire la jeune et belle Célimène en lui interprétant une pièce de son cru mais qu’il ne saurait, pour l’heure, interpréter. Bien sûr, Madame ne doit rien savoir, et Molière est officiellement employé, sous le nom saugrenu de Tartuffe, comme dévôt et précepteur de la fille de la maison. Si toute cette affaire ennuie profondément Jean-Baptiste, surtout après avoir vu Jourdain prendre en quelques minutes un cours de danse, puis de peinture et enfin de musique… il n’a pas d’autre choix que d’accepter l’offre de ce bourgeois gentilhomme…

Romain Duris relève le gant et, tel le cheval Percheron qu’il incarne lors d’une séance avec Jourdain – qui le pauvre ne s’en sort pas : jouer un cheval, vous n’y pensez pas ! – il creuse fièrement son sillon d’acteur d’envergure, un peu plus profondément. Il donne la réplique à Fabrice Luchini qui ne s’imaginait pas, il l’avoue, en Monsieur Jourdain, mais plutôt en Alceste ou Don Juan : il est à la fois pathétique, touchant, antipathique, drôle, un pur régal.
Le film est très écrit, la langue est brillante (on pense à Ridicule de Patrice Leconte), et les auteurs offrent une formidable occasion à la troupe de comédiens qu’ils ont réunis, de s’en donner à cœur joie pour nous livrer un film intense, et très drôle, jubilatoire et touchant, sur les caractères humains et le petit théâtre de la vie. Bienvenue chez Molière !

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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