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Vendredi 25 janvier 2008
Ang LEE - USA / Chine 2007 2h38, avec Tony Leung, Tang Wei, Joan Chen, Wang Leehom, Tou Chung Hua, Jonhson Yuen... Scénario de Wang Hui Ling et James Schamus, d’après la nouvelle Se, Jei d’Eileen Chang. LION D’OR AU FESTIVAL DE VENISE 2007.

 


Aussi à l’aise dans les vastes étendues américaines (Le Secret de Brokeback Mountain) que dans la campagne anglaise (Raison et sentiments), passant d’un film de commande (Hulk) à des œuvres plus intimistes (Ice Storm), via un petit détour par le western (Chevauchée avec le diable), Ang Lee n’a plus à démonter que son talent peut servir tous les genres, toutes les ambiances, tous les styles. Une preuve supplémentaire avec ce Lust, caution primé à Venise, qui nous transporte dans le Shanghaï des années 40, nous enveloppe dans les volutes d’une époque trouble, troublante, violente et fascinante…

Alors que le Japon occupe une partie de la Chine (souvenez-vous le superbe Les Démons à ma portes), Shanghaï est devenue la ville cosmopolite par excellence, haut lieu de la contrebande, de l’espionnage et des mafias. Dans les beaux quartiers, l’effervescence mondaine, dans les rues populaires, la résistance, la rébellion, la répression. Pendant que l’on rit, que l’on danse et que l’on collabore avec l’occupant japonais au premier étage, on torture, on assassine, on fait le vide dans les sous-sols du gouvernement… En ce temps de guerre mondiale où tous les intérêts s’affrontent, ou les alliances se cherchent, Shanghaï n’est pas épargnée par le chaos.

Wong, jeune étudiante venue de sa campagne, discrète et un brin timide, n’avait a priori rien à faire dans cet univers-là. Mais le destin en décide autrement le jour où elle se retrouve, sur la scène du théâtre étudiant, propulsée dans le rôle titre d’une pièce exaltant la fibre nationale pour soutenir l’effort de résistance chinois. La pièce n’est pas très bonne, mais ce que Wong ressent ce jour là, sentiment de puissance, d’exaltation, va s’incruster au plus profond de sa chair… Son nom a tôt fait d’arriver aux oreilles de la Résistance, où l’on pense tout naturellement à elle, si convaincante dans son interprétation, pour approcher et tenter de séduire Monsieur Yee, puissant chef de la collaboration avec le gouvernement japonais, traître à éliminer.
C’est ainsi que Wong devient Madame Mak, épouse délaissée d’un riche homme d’affaire venant justement d’emménager dans la même rue que la famille Yee… Elle se pique au jeu des belles toilettes et de la voiture avec chauffeur, se glisse dans la peau de son personnage comme on se jette à l’eau du haut de la falaise : avec la peur au ventre et cette ivresse née de la conscience aigüe du risque, celui que quelque chose, à tout instant, puisse déraper.
Madame Mak devient l’amie, la confidente et la fidèle partenaire de mahjong de Madame Yee, sous le regard inquiétant de Monsieur, toujours discret mais attentif au moindre battement de cils, au moindre croisement de jambes, au moindre bruissement des robes de soie.
On ne vous révèlera pas comment Wong parviendra à attirer sa proie, ni dans quels filets Monsieur Yee l’emprisonnera… On ne vous dira rien de la danse sulfureuse qui va les entraîner tous les deux, qui va les révéler dans leur intimité la plus nue, la plus cruelle, et les changer à jamais…

Interdit aux Etats-Unis au moins de 17 ans en raison de scènes « explicites », Lust, Caution mêle reconstitution historique, tragédie, romance et passion avec un brio inouï et une beauté plastique saisissante. Homme ou femme, difficile de rester de marbre devant cette histoire violente, sensuelle, excitante, portée par un Tony Leung que l’on n’a jamais vu aussi ambigu, complexe et sexy, et Tang Wei, une jeune inconnue qui fait une entrée fracassante dans la cour des grands.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 25 janvier 2008

Vincent DIETSCHY - France 2007 1h43mn - avec Géraldine Pailhas, Christopher Thompson, Julie Ferrier, Benjamin Biolay, Edith Scob... Scénario d’Anne Le Ny et Vincent Dietschy.
 

 


Elle a le charme des éphémères, ces fleurs qui s’échappent parfois des jardins pour pousser n’importe où, solitaires ou en bande, exhalant un parfum subtil, modestes et émouvantes d’une rayonnante fragilité… Didine (Alexandrine Langlois pour l’état civil) a 35 ans et aucune attirance pour une vie convenue, peu prête à partager son intimité au-delà de la fulgurance d’une nuit d’amour, fidèle dans ses amitiés, satisfaite d’un boulot créatif mais mal rémunéré : elle invente des fleurs et des libellules pour l’industrie textile et vit sa vie en prenant les choses comme elles viennent. Sa vie lui va quoi qu’il arrive. Sa meilleure amie Muriel lui reproche constamment ce qui lui semble un manque d’ambition, elle qui en demande toujours plus, toujours trop, elle qui ne supporte pas le vide affectif et pèse de son tempérament perpétuellement exigeant, impatient, sur ses amants, ses amies, ses proches, décourageant toutes les affections… Toutes, sauf celle de Didine, qui prend sa copine comme elle est, toujours là quand Muriel sombre dans un désespoir absolu.
On ne peut pas dire que Didine choisit vraiment sa vie, c’est plutôt la vie qui choisit Didine et Didine suit la vie là où elle la mène, se laissant porter par le courant, ouverte aux événements, sensible aux gens. C’est un ours en peluche, oublié par une vieille dame dans la chambre de l’hosto où Muriel cuve une tentative de suicide ratée, qui va se révéler l’instrument du destin et la mener vers de nouvelles aventures. Pour rendre cet ours, seule famille qui reste sur terre à la vieille dame, Didine va pousser la porte d’une association d’assistance aux vieilles dames qui ont perdu leur ours…
La suite coule, portée par le charme éclatant de Géraldine Pailhas, qu’on ne quitte pas d’une semelle et qui fait merveille dans la peau de Didine, attirant l’affection de tous ceux qu’elle croise aussi facilement qu’elle capte la nôtre, et chacun prend sa place, se met à exister… avec ses bleus à l’âme, avec sa peur de n’être pas aimé : ceux qui se préoccupent des autres, et ceux qui s’en foutent.
Il y a chez Didine une capacité à faire émerger le meilleur côté des gens et des choses, qui n’a rien de très




spectaculaire mais qui fait bigrement chaud au cœur. C’est une belle histoire subtile et simple qui parle de la vie, du temps qui passe et du rôle capital des ours en peluche dans les histoires d’amour.

 
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 18 janvier 2008

                                 Sweeney todd

Après ses derniers films aux couleurs pétillantes que sont Charlie et la chocolaterie ou encore, dans une moindre mesure, Big Fish, le grand Tim Burton retourne aux sources de son cinéma avec Sweeney Todd.


Tim Burton : Le retour de la vengeance dans l'Angleterre victorienne.
 

Noir, c’est noir…Le dernier cadeau empoisonné de Tim Burton est effectivement bien sombre. Dans un Londres morbide, peuplé de rats et d’hommes affamés (de pouvoir, de vengeance ou de cupidité), un barbier dont la vie fut gâchée par un vil juge n’aura qu’une obsession : répandre sur la ville le sang de l’infâme. Adaptant un célèbre drame musical de Stephen Sondheim, lui-même inspiré d’une légende du XIXe siècle, Burton joue totalement le jeu du conte cruel.

 

Qu’il soit tailleur de haies, coupeur de têtes ou trancheur de gorges, J.Depp est assuré de jouer dans un très bon cru du sombre Burton. Cette tragédie musicale puise sa force dans une cruauté jusque-boutiste et néanmoins romantique, magnifiquement réalisée.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 7 janvier 2008

Ecrit et réalisé par Sean PENN - USA 2007  2h27  avec Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Jena Malone, Catherine Keener, Brian Dierker, Vince Vaughn, Kristen Stewart, Hal Holbrook... D’après le livre de Jon Krakauer.

  

 

« Il est au sein des bois un charme solitaire, Un pur ravissement aux confins du désert, Et de douces présences où nul ne s’aventure Au bord de l’océan qui gronde et qui murmure Sans cesser d’aimer l’homme, j’adore la Nature. »
Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.
Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.
Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.

« Un road-movie pédestre » qui hésite entre Sur la route, de Kerouac, et Jeremiah Johnson, avec Robert Redford, mais qui, à lui seul, est un manifeste sur la liberté…

Le réalisateur nous embarque dans une aventure forte, émouvante et profondément originale. Un road movie fantasque et tragique qui ne parle finalement que d’amour





par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Lundi 7 janvier 2008

Ken LOACH - GB 2007 1h33 avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zureck, Joe Siffleet, Maggie Hussey... Écrit par Paul Laverty. Festival de Venise 2007 : Prix du meilleur scénario.
 

Nul besoin de sortir d’une école de cinéma pour admettre que le 7e art est le reflet de la réalité et Ken Loach, depuis Family Life en 1971, ne fait rien d’autre que de nous tendre un miroir sur lequel, aujourd’hui la méchante sorcière de Blanche Neige se pencherait elle-même avec effroi.
Bien sûr les reflets qu’il renvoyait jadis n’étaient pas toujours aimables, tant ils portaient comme une fatalité le message de l’éternelle oppression, mais il était toujours possible, dans un monde présenté alors comme bi-polaire, d’y trouver des raisons d’espérer.
Le méchant, clairement identifiable, sous la bannière étoilée ne décevait jamais. Il affichait une bonne gueule de trique et excellait dans l’organisation d’assassinats politiques et de coups d’état militaires. Le bon, ce n’était pas toujours très évident, mais il fallait bien qu’il existe, le bougre, comme Dieu et Diable, chien et chat, pour respecter les lois de la physique la plus élémentaire.
Miroir, gentil miroir, mais que me dis-tu ? Nous marchons aujourd’hui sur la tête. Personne à l’époque n’aurait pu imaginer que les choses tourneraient si mal et que l’on se prendrait presque, trente ans plus tard, à regretter ces maîtres de forge dont on pouvait au moins rêver d’épouser la fille ou d’incendier le château. Aujourd’hui, nous ne savons plus très bien à quel saint nous vouer tant la situation politique, sociale et culturelle vire au cauchemar. Et Ken Loach, dont chacun de ses films se laissait illuminer par quelques chauds rayons d’humanité, nous livre, avec ce It’s a free world d’une grimaçante ironie, le terrible instantané d’une société humaine livrée à la contre-révolution Thatcher, où tous les appétits et les coups sont permis pour réussir. Exit les bons, exit les méchants, plus que des chacals se disputant une charogne.

C’est à travers l’odyssée entrepreneuriale de Angie et Rose, deux trentenaires malmenées jusque-là par la vie, que Ken Loach et Paul Laverty vont cerner, avec la finesse d’observation qu’on leur connaît, les dérives d’un désir fou : celui « d’en croquer » enfin, et de se faire une place au soleil, avant que le temps et l’âge n’aient raison du désir d’en découdre.
Et voilà nos deux gonzesses le dos au mur, embarquées pour un voyage sans retour dans le business du travail temporaire. Un pur chef d’œuvre produit par la pensée Maggie Thatcher qui permet chaque matin, dans une Angleterre de cocagne revenue au temps de Charles Dickens, de louer des travailleurs à l’heure ou à la journée sans trop s’embarrasser de l’insupportable fardeau de la protection sociale. Des travailleurs en situation plus ou moins irrégulière embarqués dans le grand bain du « free world », qui se voient souvent même privés de leur salaire de misère par la mafia des sous-traitants.
Bien sûr, cela commence plutôt mal pour nos deux copines, confrontées à la brutalité d’un monde d’hommes. Coincées entre rapacité des donneurs d’ordre, colère des salariés et principes d’équité et de justice hérités d’un paternel, ancien syndicaliste, effaré par les méthodes de sa fifille. Bien sûr, cela finira par aller mieux, au prix de bien des reniements que nos deux copines subiront jusque dans leur chair. Mais toute honte bue, ce terrible film de Ken Loach en vient tout naturellement à poser une question essentielle: l’enjeu, une place sous un bien pâle soleil d’hiver, en vaut-il la chandelle ?
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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