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Julie GAVRAS, France, 2006, 1h39mn, avec Nina Kervel-Bey, Julie Depardieu, Stephano Accorsi, Benjamin Feuillet, Martine Chevallier, Olivier Perrier... Scénario de Julie Gavras et Arnaud Cathrine, d’après le livre de Domitilla Calamai.

C’est la faute à Fidel ! Ça c’est sûr, ça c’est sûr ! Car comment expliquer sinon, tous ces bouleversements intempestifs qui dégringolent sur Anna depuis que ses parents se sont mis à fréquenter des barbudos ?
Elle était bien tranquille Anna, bien dorlotée par sa nounou dans la grande maison confortable, à recevoir la meilleure éducation dans une école religieuse grand teint. Une maman journaliste à Marie-Claire, un papa avocat aux origines espagnoles, un confort visiblement renforcé par le soutien des grands parents qui exploitent un somptueux domaine viticole près de Bordeaux.
Oui, mais voilà : son père, sa mère, sont des sensibles qui se culpabilisent à barboter dans leur petit confort égoïste que l’agitation du monde finit par éclabousser : l’arrestation et la mort de l’oncle d’Espagne qui combattait Franco (nous frôlons les années 70) file un grand coup d’électrochoc à la petite famille tranquille. Ça commence à chauffer ferme dans les têtes, et Anna sent bien que sa petite tranquillité risque de ne pas durer. Ajoutons là-dessus un voyage au Chili encore sous la présidence du regretté Allende, ce rouge qui collectionnait les films pornos dans ses caves au lieu de gouverner (c’est le bruit que ses opposants faisaient courir alors)… Et voilà que la révolution déborde jusqu’à Anna, qui parvient à s’accrocher à son école religieuse mais tombe un grand degré plus bas, côté « qualité de vie » : fini les grands espaces ! Les parents, refusant désormais le soutien du grand capital, déménagent leur smala dans un appartement riquiqui où elle doit partager sa chambre avec un petit frère ronfleur. Mais le pire, c’est toute cette bouffe exotique que lui fourrent dans son assiette les « nounous » venues des quatre coins de la planète et qui n’arrêtent pas de changer en fonction de l’évolution de la situation politique de leur pays. Sans compter que l’appartement déjà pas gros est devenu un forum fréquenté par des barbus chevelus et fumeurs qui complotent à longueur de nuit.
Vu au ras du nez d’Anna, tout ça a l’air un peu caricatural et simpliste. Mais la minette, les mois passant, s’adapte à sa nouvelle culture et le film s’étoffe à mesure qu’elle prend conscience des enjeux. De son point de vue de petite fille furieuse de n’être plus le centre des préoccupations, elle ne voit, de prime abord, que des côtés négatifs à cet « esprit de groupe » rabâché par son père et auquel rien ne l’avait préparée. Puis la générosité brouillonne de ses parents s’impose avec plus d’évidence, dès lors qu’elle commence à entrevoir les intentions, entre contradictions et naïvetés fracassantes, surtout lorsque sa mère s’engage dans la défense de la cause des femmes, qui lui parle fatalement beaucoup plus. L’émotion atteindra son point culminant quand le palais de la Moneda tombera aux mains des militaires Chiliens...
Tutta Colpa di Fidel, c’est le roman de Domitilla Calamai dont est tiré le film : les années 70 vues par une petite fille qui les subit sans comprendre et voit sa vie bourgeoise et confortable chamboulée par l’engagement de ses parents. Ce n’est pas un hasard si Julie Gavras, fille de Costa, s’est entichée du livre : elle avait onze ans quand son père réalisait Missing, sur le coup d’État de 73 au Chili. « Un souvenir très fort pour moi, je crois que c’est le premier film de mon père dont j’ai compris le sens ». Ceci expliquant cela, on plonge alors dans les plus beaux passages du film.
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