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Jeudi 14 février 2008
Jason REITMAN - USA 2007 1h31 - avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner, Jason Bateman, Allison Janney, J.K. Simmons, Olivia Thirlby... Scénario de Diablo Cody.

 


« On pourrait pas se la jouer à l’ancienne ? Je pourrais mettre le bébé dans un panier et vous l’envoyer. Vous savez comme Moïse dans les roseaux. » Juno McGuff
Jason Reitman est désormais connu pour son excellent et hilarant Thank you for smoking. Il délaisse un peu ici la veine politiquement incorrecte de sa première réussite pour s’attaquer, sur un solide scénario de Diablo Cody, à une comédie plus classique, une chronique de l’adolescence turbulente à laquelle il donne une vraie épaisseur, entre constat réaliste et humour vivifiant, sans détour facile ni excès moralisateurs. Juno est sorti aux Etats Unis dans le circuit indépendant, et il est en train de se forger là-bas une carrière à la Little miss Sunshine
Ça promet !
Un vrai bonheur donc que la rencontre avec cette fille pas tout à fait comme les autres. Juno McGuff a 16 ans. Petit bout de femme qui n’a pas vraiment le look d’une pom pom girl mais qui compense par un sens de la répartie digne d’un fusil automatique et fait preuve d’un aplomb que lui envient beaucoup des garçons de sa classe, elle entre plutôt dans la catégorie des originales, voire des emmerdeuses, c’est selon. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, sous ses airs de dure à cuire, la petite Juno se cherche, comme toutes les filles de son âge. Alors que la plupart de ses copines de lycée passe leur temps sur internet ou au centre commercial, Juno ne fait rien comme les autres. C’est ainsi qu’un jour où elle s’ennuie, sans crier gare, elle jette son dévolu sur Bleeker, un garçon aussi charmant que peu loquace. Après avoir consommé sur le pouce ce jeune homme coureur à pied et dévoreur de Tic Tac, la désinvolte Juno récolte ce qu’il ne voulait sans doute pas semer : elle se retrouve enceinte…
Avec son caractère excentrique et sa vision unique des choses, Juno est incapable de se faire avorter… Elle se confie d’abord à son amie Leah, ensuite à ses parents. Plus ou moins éclairée par ces consultations avisées, elle décide, pour le meilleur et pour le pire, de trouver des parents adoptifs pour son futur enfant. En épluchant le journal local, elle déniche ce qui au premier abord correspond à sa définition du couple parfait : Mark et Vanessa Loring. Après avoir fait connaissance avec le couple Loring dans leur magnifique villa d’un quartier cossu, et tandis que le terme de sa grossesse approche, Juno s’aperçoit que tout cela n’est pas si simple…
Le film repose presque entièrement sur les épaules d’Ellen Page, délicieusement parfaite, avec cet heureux mélange d’excentricité, de candeur et de dureté : son rôle dans Juno risque bien de la rendre assez vite incontournable ! Avec elle on retrouve avec bonheur J.K. Simmons, le patron bourru de Thank you for smoking, qui est tout à fait dans son élément en père de famille à qui sa terrible progéniture ne laisse pas d’autre choix que d’être compréhensif et attentionné.
Avec ce deuxième film très réussi, Jason Reitman signe une chronique socialo-familiale drôle et attachante. Déjouant un à un les pièges tendus par son sujet et réussissant à nous emmener là où on ne pensait pas arriver, il livre une peinture réjouissante, tendre et sans chichi de la vie comme elle va.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 14 février 2008
Écrit et réalisé par Stefan RUZOWITZKY - Allemagne / Autriche 2007 1h38 avec Karl Markovics, August Diehl, Devid Striesow, Marie Bäumer... D’après le récit L’Atelier du diable, d’Adolf Burger.
 

Le cinéma Allemand n’en finit décidément pas de s’affirmer dans une forme éblouissante. Alors qu’on l’aurait, il y a une poignée d’années, juré à l’agonie, dominé, étouffé par les produits américains, il ressurgit dans toute sa spécificité culturelle comme on ne l’aurait pas cru possible. Une excellente raison de ne jamais désespérer de la capacité du cinéma à se régénérer. Avec Les Faussaires, il nous plonge dans un passé que l’on aurait pu croire déjà bien exploré, mais parvient, haut la main, à attiser notre curiosité et notre intérêt en posant quelques questions fondamentales, universelles autant qu’intemporelles : jusqu’où irions-nous pour sauver notre peau ? Irions-nous jusqu’à collaborer avec notre pire ennemi ? Pouvons-nous jouir de notre prospérité si nous savons que des milliers crèvent à notre porte ?

C’est un fait bien réel qui a donné le point de départ : un faussaire de génie, champion du billet de banque, est arrêté, parce que Juif, en 1936 et envoyé à Mauthausen en 1939. Salomon Sorowitsch est un formidable dessinateur et devient très vitet le portraitiste attitré des SS du camp. Son talent finit par être connu de tous, et quand les nazis imaginent de déstabiliser l’économie britannique en inondant le pays de faux billets de banque, Salomon apparaît avec évidence comme l’incontournable maître d’œuvre de ce projet. Transféré dans un camp aménagé tout spécialement dans le but de produire de la fausse monnaie, il se retrouve au milieu d’une équipe d’élite recrutée parmi les Juifs du camp : imprimeurs, graveurs, graphistes… Leurs conditions d’hébergement sont sans commune mesure avec celles des autres juifs, dont ils ont pu prendre la mesure à leur arrivée, mais ils savent qu’en cas d’échec, ils seront exécutés…
Parmi les « privilégiés » épargnés pour leur contribution à cette guerre économique, le conflit est latent mais feutré : entre Salomon qui se tait et produit sa fausse monnaie, en tentant de sauver sa peau et celle de son équipe, et le déporté juif communiste qui refuse toute collusion avec l’ennemi et tente de saboter le travail de ceux qui acceptent la collaboration, les relations ne sont pas simples. Pas plus que ne sont simples les relations entre l’élite des SS et les nazis de bas étage… Chez les nazis comme chez les prisonniers, il y a, entre ceux qui tirent leur épingle du jeu et ceux qui adoptent des attitudes radicales, toute une gamme de comportements possibles qu’on entrevoit ici et qui tirent le film au-delà de l’anecdote.
Le film s’appuie sur les mémoires du chef du camp Adolf Burger : pendant toute la guerre lui et 139 autres imprimeurs vont donc fabriquer 131 millions de livres sterling, des faux documents de toutes sortes, passeports anglais, américains, suisses, cartes du NKVD, etc. « Les Anglais ont interdit que l’on parle de toute cette affaire au procès de Nuremberg. L’économie britannique aurait fait faillite si cette affaire avait éclaté au grand jour après la guerre… »
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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