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Vendredi 28 mars 2008
Par Franck SENAUD, peintre, docteur en esthétique.
UNE NOTION / UN FILM
UN PENSEUR / UN REALISATEUR

Dimanche 30 mars à 18h
LE PRINCIPE
Une découverte de 20 minutes de termes, extraits, auteurs (Deleuze, Barthes, Foucault, Hegel...)
autour d'une notion pour en comprendre, simplement, les enjeux.
Une brève introduction au film en justifiant ce choix.
Un film.
Une discussion et des questions après la projection.
Un verre, des livres. Et voilà.
MEMOIRE ET RECUPERATION
ROLAND BARTHES / CHRIS MARKER

Projection de « LA JETEE » et « SANS SOLEIL »
UNE NOTION
La mémoire est sélective, personnelle et... trouée !
Et pourtant, notre histoire, notre intelligence, notre culture s'appuient sur elle.
Notre manière de l'organiser, d'oublier aussi, bref de la composer
est centrale pour notre conscience du monde.
Et c'est la possibilité de la récupérer qui en fait un enjeu politique.
UN PENSEUR
Dans son livre "La Chambre claire, Note sur la photographie", Paris, Seuil, 1980,
Barthes s'essaie à éclaircir ce que la photo nous dit, car elle ne fait pas que présenter un objet,
un moment unique qui ne reviendra plus jamais; elle va chercher, dans celui qui la regarde,
de violentes réactions (plaisir ou émotion). Car "elle emplit de force la vue".
Ce que l'on voit sur le papier est-il aussi sûr que ce que l'on touche ?
UN FILM
"La Jetée" (1962) est un film expérimental (28 mns) de science-fiction de Chris Marker,
qui parle d'expériences scientifiques mentales pour effectuer des voyages temporels
dans un monde post-apocalyptique. Il a inspiré Terry Gilliam pour son Armée des douze singes.
En 1982, "Sans soleil" étend les limites du genre « documentaire ».
C'est un essai (1h 40), un montage : les pensées d'un cameraman sur ce qu'il montre et fait voir :
le monde, le Japon et l'Afrique, le documentaire et la fiction.
UN REALISATEUR
Marker écrit en 1998 : "Mon hypothèse de travail était que toute mémoire un peu longue
est plus structurée qu'il ne semble. Que des photos prises apparemment par hasard,
des cartes postales choisies selon l'humeur du moment, à partir d'une certaine quantité,
commencent à dessiner un itinéraire, à cartographier le pays imaginaire qui s'étend au dedans de nous.
En le parcourant systématiquement j'étais sûr de découvrir que l'apparent désordre
de mon imagerie cachait un plan, comme dans les histoires de pirates".

01 64 94 32 98 / 01 69 92 69 14

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Mercredi 19 mars 2008
Le 19 mars, le Darjeeling Limited entre en gare ! Cinquième film de Wes Anderson, le réalisateur a réussi, depuis 1996 et ‘Bottle Rocket’, à imposer son style. Univers décalé, acteurs fétiches, sens du rythme… Analyse en détail de la “touche” Anderson.


Wes Anderson
fait partie de ces réalisateurs à part. ‘A bord du Darjeeling Limited’ le confirme dans son rôle de trublion du cinéma américain contemporain. La quarantaine sereine, poursuivant son petit bonhomme de chemin, il multiplie les succès, donnant une image rêvée du septième art. Travail en famille sans patrie, tel est le choix de cet autodidacte affirmé.

Losers attachants

Rarement réalisateur n’aura développé un style à ce point personnel, une véritable marque de fabrique, sur chacun de ses films, sur tous les plans. De ‘Bottle Rocket’ au ‘Darjeeling Limited’, le chemin parcouru est logique, systématique, efficace. Les cinq films d’Anderson font s’entrechoquer des personnages jamais identiques mais toujours proches. A tel point que chacun d’entre eux pourrait se croiser dans le film de l’autre. On imagine très bien Steve Zissou sortir de ‘La Vie aquatique’ pour accomplir le voyage en Inde aux côtés des Whitman, ou Royal Tenenbaum professeur à l’université Rushmore.

Zissou-Tenenbaum-Whitman, même combat ? Oui, au regard de leur psychologie, de leur quête. Tous portent en eux une cassure dans le lien qui les unis à leur père, leur frère, leur mère. Le deuil les habite souvent, source de regrets par essence éternels. Leur tristesse recouvre l’oeuvre d’Anderson de ce voile de mélancolie qui leur donne un charme printanier, maculé des ténèbres de l’hiver et porteurs des espoirs de l’été. Là réside la force des scénarios de ses films, qui ne laissent jamais leurs personnages s’apitoyer sur leur sort. Si terrible que soit la difficulté qu’ils traversent, l’angle choisi n’est jamais larmoyant, mais suffisamment décalé pour prêter à sourire. “Identification totale” pourrait être le credo d’Anderson, dans un univers de losers qui s’en tirent toujours à la fin.

La naissance d’un phénomène

Les débuts de Wes Anderson derrière la caméra se font avec ‘Bottle Rocket’ en 1994. Ce qui au départ n’était qu’un court métrage de treize minutes en noir et blanc devient deux ans plus tard un long, et par la même occasion, la pierre angulaire de toute l’oeuvre du réalisateur. On retrouve déjà les frères Wilson : Luke et Owen à l’écran, Andrew à la production. La version longue de ‘Bottle Rocket’ est saluée par la critique américaine. Martin Scorsese signe un éditorial dans Esquire, magazine culturel américain, dans lequel il se souvient avoir été "pris par surprise" en voyant le film, devant "l’affection portée aux personnages, et aux gens
en général"
. Ce qui n’était alors qu’un "film de potes" se transforme en tremplin pour Anderson.

‘Rushmore’, le premier essai “sérieux” du réalisateur, sort en 1998. Une nouvelle fois la reconnaissance est au rendez-vous, tant artistique que financière (le film fait sept millions de dollars de bénéfices). Surtout, le film marque le début de la collaboration entre Anderson et Bill Murray. L’acteur semble au sommet de son art, en "Droopy" patron d’industrie, divorcé, peinant à trouver une quelconque source de réconfort. Un rôle pour lequel il sera récompensé par un golden globe du meilleur second rôle. Dans ce film, qui met en scène un étudiant en échec qui n’écrit que des pièces adaptées de films existants, Wes Anderson trouve l’occasion de clamer son admiration pour un certain cinéma américain. Les allusions à ‘Apocalypse Now’, ‘Scarface’ ou ‘Heat’ (sorti trois ans plus tôt) sont autant de révérences. Et déjà, un livre de Jacques-Yves Cousteau, héros de son enfance, en toile de fond, annonce ce qui sera ‘La Vie aquatique’ six ans plus tard.

La touche Anderson

Le cinéma de Wes Anderson est un cinéma de références, plus que d’influences. Sûrement l’un des secrets de son succès. Ne jamais se conformer à la vision d’un auteur, d’un réalisateur, mais lui faire un clin d'oeil, lui signifier que le message est bien passé. Dans ‘Rushmore’, on s’attend à voir surgir Holden Caulfield. Dans ‘La Vie aquatique’, Zissou, le nom du personnage de Bill Murray, est également le surnom du frère de Jacques Lartigues, célèbre photographe français, auteur entre autres de la photo officielle du septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Salinger encore dans ‘La Famille Tenenbaum’, dont les membres rappellent ceux de la ‘Glass Family’, l’une des filles étant mariée à un certain… monsieur Tannenbaum. Quant au ‘Darjeeling Limited’, c’est bien sûr à Satyajit Ray et à Michael Powell et Emeric Pressburger (pour leur ‘Narcisse noir’) qu’il faut penser.

 
Dans chacune de ses oeuvres, la musique est primordiale. Sur ce terrain également, le réalisateur réussit à ne pas se conformer à une utilisation classique. Si Mark Mothersbaugh est son compositeur attitré, la majeure partie des bandes sonores est une compilation de chansons pop-rock, des Stones aux Kinks, en passant par Elliott Smith ou David Bowie. Les mélodies pourraient être celles que les personnages fredonnent ou écoutent sur leur téléphone, tandis qu’ils courent après un train ou marchent dans New York. Elles ne sont pas le moyen de susciter telle ou telle émotion. Une neutralité qui rapproche le spectateur de ces antihéros. Bien souvent, ces tubes s’accompagnent de travellings au ralenti, qui donnent à ces losers une allure solennelle, un instant de gloire d’une puissance inouïe, en complet décalage avec ce qu’ils vivent. Le plan-séquence de la fin de ‘La Vie aquatique’ est, dans ce domaine, un modèle du genre : le légendaire Steve Zissou quitte la lumière dans une marche presque gaullienne, au son de 'Queen Bitch' de Bowie.

Récemment, le réalisateur a tourné des condensés de son génie : une série de publicités pour AT&T aux Etats-Unis, et un clip pour American Express, où il se met en scène sur un tournage, dans un plan-séquence de deux minutes, qui n’a rien à envier à ceux de ‘La Famille Tenenbaum’. On retrouve à ses côtés Waris Ahluwalia, le Vikram Ray de ‘La Vie aquatique’, qui deviendra steward à bord du Darjeeling Limited.

La famille Anderson

La "famille" telle que l'on pourrait la définir est celle des Tenenbaum : Anjelica Huston ayant rejoint les frères Wilson et Bill Murray au générique. Si un panel de stars confirmées viennent compléter la distribution (Ben Stiller, Gwyneth Paltrow, Danny Glover, Gene Hackman), le film marque la naissance d'un conglomérat d'acteurs dont on jurerait qu'une parenté les unit. En France, le film révèle Anderson au grand public, et recueille tous les suffrages de la presse nationale. Pour Les Cahiers du cinéma, il s’agit de "l’extrême inverse d’un ‘Amélie Poulain’ à l’américaine. Un film faussement fermé plutôt que faussement ouvert, qui choisit de salir l'image trop claire plutôt que d'opter pour le nettoyage esthétique." L'occasion pour le réalisateur d'être nominé pour la première fois aux Oscars pour le scénario, coécrit avec Owen Wilson.

Dissocier Wes Anderson de ses acteurs serait commettre une grave erreur. Si le réalisateur apporte le matériau nécessaire à chacun de ses films, cinq comédiens sont les parfaits outils de son génie créatif. Owen et Luke Wilson sont les plus "anciens" de la bande. Depuis ‘Bottle Rocket’ ils jouent dans chacun des films d’Anderson. Une rencontre qui date de l’université de philosophie d’Austin, au Texas. Deux étudiants (Owen et Wes) passent leur temps dans le fond des amphithéâtres à écrire. Un jour, l’idée leur vient d’aller l’un vers l’autre, ce qui donne naissance à l’un des duos de scénaristes les plus soudés de leur époque. Dès lors, c’est comme si le second ne pouvait tourner sans l’aide ou sans l’influence du premier. L’émulation créée entre les deux hommes semble si forte que l’on peine à imaginer un film de Wes Anderson sans Owen Wilson. Jason Schwartzman, Bill Murray et Anjelica Huston complètent ce quintette. Aux côtés de ces acteurs récurrents apparaissent quelques “guests” insolites, tels le scénariste Noah Baumbach et le chanteur brésilien Seu Jorge. Des acteurs établis se laissent volontiers séduire par les scénarios d'Anderson, comme Gene Hackman, qui trouve dans le rôle de Royal Tenenbaum un "alter ego surprenant". Adrien Brody, lui, trouve un rôle à contre-emploi de ses dernières performances, réussissant son incursion dans la comédie.

En reprenant toujours ces ingrédients pour à chaque fois en faire un film neuf, le réalisateur ne s'est pas permis de lasser son public. 'A bord du Darjeeling Limited' est sans doute le plus abouti, le plus méticuleusement esthétique. Wes Anderson ne perd pas de vue ses thèmes de prédilection, l'amitié, la fantaisie... Il est déjà en route pour la prochaine étape, un film d’animation adapté d’une nouvelle de Roald Dahl. Pour doubler les personnages, Bill Murray, Anjelica Huston, Jason Schwartzman et le petit dernier de la famille... George Clooney.

Simon Duflos pour Evene.fr - Mars 2008
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 14 mars 2008
(DARJEELING LIMITED) Wes ANDERSON - USA 2007 1h47  avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Barbet Schroeder, Bill Murray, Anjelica Huston, Natalie Portman... Scénario de Wes Anderson, Roman Coppola et Jason Schwartzman.
 


Attention au départ ! Le Darjeeling Limited est sur les rails et ce tortillard, façon Orient Express en Inde, n’est pas prêt de vous laisser à quai. Il vous emmènera sur le chemin, aussi délirant qu’attachant, de trois frères ayant décidé de faire un petit voyage au pays de la vache sacrée.
À vrai dire, c’est surtout l’idée de Francis, l’aîné, qui a convoqué, certes un peu à leur insu, ses deux frangins pour ce qu’il présente comme une « quête spirituelle ». L’idée : renouer le dialogue entre eux et rafistoler des liens familiaux partis en lambeaux depuis la mort du père et le départ de la mère pour une destination jusqu’ici inconnue. C’est ainsi que Peter et Jack se retrouvent avec Francis à bord du Darjeeling Limited pour une aventure familiale hors norme. Et rien qu’à voir nos trois lascars, on comprend vite que leur parcours n’aura pas grand-chose de spirituel !

À peine réunis dans le train, c’est le foutoir. L’éclopé dépressif Francis a bien du mal à assumer son rôle de rassembleur face à Peter, l’éternel égaré mal réveillé qui s’est auto-approprié les effets personnels du papa, et à Jack, qui voit surtout dans ce voyage un bon moyen de panser ses plaies amoureuses en draguant la belle serveuse indienne du compartiment. Et ce n’est rien par rapport aux escales du Darjeeling qui donnent l’occasion à ces triplés mal appariés de découvrir le pays avec des méthodes des plus cocasses. Autant de loufoqueries qui auront raison de la patience du majordome de bord. Éjectés, les trois compères se retrouvent seuls perdus au milieu du désert avec onze valises, une imprimante, une machine à plastifier et beaucoup de comptes à régler avec la vie… Comme leurs trajectoires respectives, l’aventure a déraillé mais vous pouvez leur faire confiance pour raccrocher les wagons à coups de colle à fraternité.

Après La Famille Tenenbaum et La Vie aquatique, Wes Anderson retrouve ici ses thèmes de prédilection : l’univers familial (de préférence décomposé), un goût affirmé de l’impromptu parfois pimenté d’envolées carrément démentes, et cette joyeuse nostalgie qui ne tardera pas à vibrer dans vos têtes autant que les chansons des sixties qui trottent dans celles des personnages. C’est un travail d’alchimiste qui aboutit à cette œuvre complète, car Darjeeling Limited est bien loin d’être une simple comédie : c’est une subtile évocation du sens de la vie et des chemins qui, tour à tour, nous séparent et nous unissent. Une belle philosophie que le réalisateur filme avec humour dans la première séquence, façon série B indienne, où Bill Murray court après ce train trop rapide pour lui, alors que les grandes jambes d’Adrien Brody, elles, y parviennent et nous embarquent du même coup à bord avec lui. Mais si Bill avait eu un peu plus de souffle, on nous aurait probablement raconté une toute autre histoire. Et qui sait si on ne le retrouvera pas plus tard sur la route ?
Wes Anderson a ce sens inouï du détail et le don de faire passer mille idées avec peu de choses, juste en glissant sa finesse à l’intérieur d’événements mineurs. Un cœur énorme dans un espace confiné, comme ce tout petit train qu’il prend la liberté de filmer en grand grâce à l’utilisation d’un scope aussi inattendu que maîtrisé, ou comme le sublime court métrage (Hôtel Chevalier) placé en prologue qui résonnera un peu plus tard dans l’histoire de nos trois protagonistes. Un sans faute pour Wes Anderson qui nous laisse divaguer en toute désinvolture entre l’hilarité et la mélancolie, mais ne nous abandonne qu’avec une seule envie : celle d’y retourner…
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 14 mars 2008
Écrit et réalisé par Paul Thomas ANDERSON - USA - 2007 - 2h38, avec Daniel Day Lewis, Paul Dano, Kevin J. O’Connor, Ciaran Hinds, Dillon Freasier... D’après le roman d’Upton Sinclair, Oil (1927).
OSCAR 2008 du meilleur acteur.
 


Une histoire de famille, de religion et de pétrole dans l’Amérique du début du xxe siècle. Le prospecteur Daniel Plainview fait une affaire en or en rachetant les droits d’exploitation des puits de pétrole d’une famille rurale de Californie du Sud. Et très vite Daniel Plainview va se conduire comme un exploiteur sans pitié, piétinant dans sa soif de réussite toutes les valeurs du rêve américain…

Après avoir rendu un hommage explicite à Scorsese (Boogie Nights), bouleversé les codes de la chronique polyphonique (Magnolia) et réalisé une fantaisie mélancolique touchée par la grâce (Punch Drunk Love), Paul Thomas Anderson peut ajouter une nouvelle pierre à son édifice filmique : There will be blood, son œuvre la plus fiévreuse et la plus inclassable. En surface, une adaptation du roman Oil, de Upton Sinclar qui raconte comment un ouvrier pauvre devient magnat du pétrole en partant de rien (Daniel Day Lewis, immense en loup prédateur dans un monde d’agneaux). En substance, à travers cet itinéraire à la Rockefeller, se construisent des lignes de fuite : une réflexion sur la fascination américaine de l’Ouest et un combat tendu entre le bien et le mal où s’adossent foi altruiste et capitalisme cynique, général et particulier, horizon individuel et perspective collective. Passée une introduction magistrale où le cinéaste use d’un art consommé de l’ellipse, convoque des violons déglingués et laisse parler la puissance de ses images, le film révèle sa densité à travers une intrigue complexe, qui greffe sur le thème principal des variations passionnantes : la relation père / fils, l’emprise de la religion… Programme lourd sur le papier. Programme hallucinant de fluidité et admirable de cohérence à l’écran où quasiment chaque plan est porteur d’une idée de cinéma.

Comme dans tous les grands films américains, la richesse thématique est indissociable de la maîtrise formelle. Ainsi, la narration obéit à un rythme sidérant et bénéficie d’une mise en scène incroyablement brillante qui refuse les coquetteries esthétisantes pour toucher au plus profond. Qu’il s’agisse de filmer la charpente menaçante d’un derrick en bois, le pétrole qui jaillit du cœur de la terre, le retour d’un frère fantomatique ou l’abandon d’un enfant, Paul Thomas Anderson fait montre de la même virtuosité éclatante en faisant appel à la sensibilité et à l’intelligence du spectateur. Cinéphile maniaque, le metteur en scène rend hommage, en passant, à quelques glorieux anciens. Mais les références (Scorsese et Kubrick en ligne de mire) ne perturbent jamais le récit : elles servent la dynamique folle de cette œuvre intransigeante que l’on montrera probablement un jour dans les rétrospectives consacrées à l’histoire de l’Amérique vue par ses enfants colériques, quelque part entre Le Parrain de Francis Ford Coppola, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et La Porte du paradis de Michael Cimino. C’est dire la puissance de There will be blood, chef-d’œuvre indiscutable dont on n’a pas fini d’épuiser les beautés.

(Romain Le Vern, avoir-alire.com)
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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