Montée des marches, soirées glamour pour people en robes siglées, certes. Le monde entier lorgne sur la Croisette. Mais Cannes c'est aussi tellement de films que jurés et journalistes
terminent la quinzaine éreintés par ce flot d'images incessant, la pupille alerte, mais le visage hagard et la rétine esquintée.
60 ans et toutes ses dents
Cannes, une histoire de regard. Seul celui du jury a le pouvoir de porter aux nues. C'est à des gens de cinéma, au prestige confirmé, qu'incombera la lourde tâche de départager la
sélection. Et nul doute que l'expérience de la compétition de certains de ces membres sera un plus au moment d'appréhender l'envers du décor, à commencer par celle de son président venu présenter
'Prick up your Ears' en 1987 et
'The Van' en 1996. Idem pour
Maggie Cheung, récompensée pour sa performance dans
'Clean', d'
Olivier Assayas.
Maria de Medeiros, qui vient de sortir un film évoquant les relations ambiguës entre critiques et
cinéastes, passera donc de l'autre côté de la barrière. Outre les comédiennes
Toni Collette et
Sarah Polley, le réalisateur
Abderrahmane Sissako - découverte de l'année dernière -,
le toujours fringant
Michel Piccoli et l'Italien
Marco Bellocchio assureront le taux de testostérone d'un jury hétéroclite et définitivement ancré dans l'actualité. Sans
oublier, parmi ces huiles du cinéma, l'écrivain turc, récent prix Nobel de littérature,
Orhan
Pamuk.
Festivités à vocation nostalgique - compte rond oblige -
Gilles Jacob et Thierry Frémaux n'ont,
au final, pas réuni un casting des plus surprenants. Parmi les réalisateurs sélectionnés, des palmés, des anciens présidents de jury, voire les deux. On en viendrait presque même à se demander si
la Croisette ne perdrait pas un peu de sa superbe sans la présence régulière des
frères
Coen, de
Gus Van Sant, d'
Emir Kusturica ou encore de
Quentin Tarantino. Comme si tous ces cinéastes de renom s'étaient donné le mot pour sortir de nouveaux films l'année des
noces de diamant entre Cannes et le cinéma. Histoire de passer en revue les grands moments du Festival, sans se donner des airs de célébration.
Comme à la maison
Au rang toutefois des originalités, c'est à un Chinois que reviendra le privilège d'ouvrir la quinzaine. Honneur accordé à
Wong Kar-Wai - qui a promis cette fois-ci de terminer à temps - et à ses
’Blueberry Nights' qui donneront un coup d'envoi représentatif à lui seul de l'esprit du Festival. Glamour avec la présence de
Jude Law et
Natalie Portman ; innovation avec une première réalisation américaine et les premiers pas d'actrice de
Norah Jones ; et enfin, exigence artistique pour l'ancien président du jury dont les films ont été plusieurs fois
récompensés. Moins glamour mais tout aussi habitué de la Croisette, Emir Kusturica soumettra une nouvelle fois l'un de ses longs à un jury cannois. Il peut espérer avec
'Promise me This' être le premier réalisateur trois fois palmé, surpassant ainsi
Francis Ford Coppola et les
frères Dardenne.
S'il ne fait aucun doute que ces poids lourds du Festival seront dans tous les esprits au moment des récompenses, le contingent des vétérans américains n'en devrait pas moins avoir la cote. Les
frères Coen en premier lieu, palmés pour
'Barton Fink' en 1991, et qui, avec
'No Country for Old Men', reviennent à leurs premières amours du film noir. L'incontournable Gus Van Sant encore
et son
'Paranoïd Park' qui marchera - peut-être - dans les pas de son
'Elephant'.
Quentin Tarantino enfin, qui essaiera de se consoler de l'échec commercial outre-Atlantique de son horrifique
'Death Proof' en ramenant, à l'instar de
'Pulp
Fiction' en 1994, quelque chose de Cannes. Moins aguerri au faste cannois mais pas le plus maladroit des faiseurs de polar bien noir, James Gray - révélé par
'The Yards' - ne devrait pas manquer de confirmer ses belles dispositions avec
'We own the Night'. Du côté du cinéma mexicain, plutôt en forme ces derniers temps,
Carlos Reygadas reviendra - seul - défendre les couleurs de l'Amérique latine deux ans après
'Batalla en el cielo'. Quant à
Alexander Sokourov, par ailleurs célébré à la Cinémathèque française en mai, il tentera pour la cinquième fois de remporter
enfin le titre suprême.
Du sang neuf
Malgré tout, le Festival ne sombre pas dans l'autocongratulation pure et simple. En guise de caution artistique, treize “nouveaux” réalisateurs jamais sélectionnés feront leur apparition
sur le plus prestigieux tapis rouge du cinéma mondial. Parmi eux, le talentueux David Fincher et son très attendu
'Zodiac' feront sûrement frissonner la Croisette. Films ou réalisateurs, les Français ne sont pas en reste dans la catégorie des “p'tits
nouveaux”, outsiders crédibles au moment de figurer sur la photo des récompensés. Deux adaptations d'abord.
Julian Schnabel évoquant dans
‘Le Scaphandre et le Papillon' le calvaire de Jean-Dominique Bauby. Les pérégrinations autobiographiques de
Marjane Satrapi dans
'Persépolis', porté à l'écran avec Vincent Paronnaud. Raphaël Nadjari ensuite. Le réalisateur remarqué à Berlin pour
'Avanim' fera sa première montée des marches pour défendre son
'Tehilim'.
Catherine Breillat
enfin, avec
'Une vieille maîtresse', déjà venue à la Quinzaine des réalisateurs, mais encore
jamais sélectionnée en compétition officielle.
Découvertes et paillettes
En marge de la course pour la Palme d'or, la sélection Un Certain Regard sera celle de la découverte avec huit premiers films. On souhaite à ces nouveaux venus de suivre l'exemple de
Kim Ki-Duk ou encore
Christophe Honoré, autrefois présents à Un Certain Regard et cette année en compétition officielle. Cette sélection sera
aussi l'occasion de retrouver
Valeria Bruni-Tedeschi derrière la caméra avec
'Le Rêve de la nuit d'avant'.
Barbet Schroeder, l'auteur de 'Kiss of Death', change quant à lui de registre avec un documentaire sur la justice,
'L'Avocat de la terreur'.
Enfin, le Festival de Cannes ne serait pas tout à fait ce qu'il est sans un casting fourmillant de stars en promo et un doux parfum de scandale. Le quota people sera assuré par l'équipe
d'
'Ocean's 13', hors compétition. Reste à savoir si la provocation viendra de la sulfureuse Catherine
Breillat ou plutôt du documentariste palmé
Michael Moore - hors compétition à sa demande, pour
“être sûr de ne pas gagner” - et sa dénonciation du système de santé américain. On peut enfin faire confiance à Olivier Assayas et
Abel Ferrara, tous les deux hors compétition en séances de minuit, pour secouer les cocotiers de la Croisette.
Alors, à l'heure où résonnera pour la dernière fois de la quinzaine 'Le Carnaval des animaux', immuable hymne des marches, qui recevra des mains de Stephen Frears la soixantième Palme d'or de
l'histoire du cinéma mondial ? Réponse le 27 mai aux alentours de 20h.
Marion Haudebourg et Julien Lathière pour Evene.fr - Mai 2007
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