L'enfant terrible de la nouvelle vague sur la croisette!
''De toute façon, ici, je suis un peu le mouton noir.'' Ainsi réagissait
Philippe Garrel en conférence de presse, d'une voix douce et un peu lasse, à propos des ricanements et sifflets qui, quelques instants plus tôt, avaient émaillé la projection de
presse de
La Frontière de l'aube, deuxième film français de la
compétition. Un accueil injuste, alors même que la présence du film à Cannes réparait une autre injustice : jusqu'à cette année, aucun long métrage de l'auteur du
Vent de la nuit et des
Amants réguliers n'avait eu les honneurs de la Sélection officielle.
Ce qu'on reproche à Philippe Garrel, au sein du microcosme cannois (où le conformisme n'est pas forcément la valeur la moins partagée), c'est peut-être simplement de tenir jalousement à sa
liberté : liberté de tourner en noir et blanc (magnifique photo de
William Lubtchansky), dans un Paris intemporel (pas de téléphone portable à l'horizon). Liberté aussi de raconter une histoire très simple, tout en ne se donnant pas de limite.
Carole, actrice de cinéma dont le mari est parti à Hollywood, vit une passion amoureuse avec un photographe, François. Un jour, la jeune fille, instable, se suicide (du calme, on ne vous raconte
pas la fin du film !). Après sa mort, elle réapparaîtra dans un miroir à François, alors que celui-ci tente de refaire sa vie -drôle d'expression, en l'occurrence...

Belle idée que d'avoir fait du jeune homme un photographe : si doué pour immortaliser des instants de vie (c'est d'ailleurs comme ça que l'histoire d'amour débute), François sera hanté par
l'image de la défunte, qui lui demandera de la rejoindre pour l'éternité. Comme dans
Les Chansons d'amour,
Louis Garrel est confronté à un
fantôme, mais avec son père, on est moins du côté de l'enchantement que de l'ensorcellement.
La Frontière de l'aube, film dans lequel le cinéaste abolit la frontière entre naturel et surnaturel, est une
œuvre d'une absolue noirceur et d'une grande douceur. Ce que viennent souligner les violons de Jean-Claude Vannier, à qui on devait déjà la partition des Amants réguliers... mais qui fut aussi le
co-créateur de l'Histoire de Melody Nelson, mythique album de
Gainsbourg, dont le romantisme n'est pas si éloigné de celui de ce Garrel-là : "Le soleil est rare / Et le bonheur aussi / L'amour s'égare au long de la vie / Les murs d'enceinte /
Du labyrinthe / S'entrouvrent sur l'infini.
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