(LES BOÎTES) Écrit et réalisé par Jane BIRKIN, France, 2007, 1h35mn, avec Géraldine Chaplin, Michel Piccoli, Jane Birkin, Natacha Régnier, Lou Doillon, Maurice Bénichou, Tchéky Karyo, John Hurt...

C’est assez rare finalement, un auteur qui se livre comme ça, avec tant de sincérité. Parce qu’il faut dire qu’elle y va tout entière, Jane Birkin, elle les ouvre grand ses « boxes », ses
cartons pleins de ses vies multiples, qu’on devine aussi tumultueuses que passionnées, aussi douloureuses que complexes. C’est vrai. Comment faire pour être mère quand on vit un nouvel amour,
comment faire avec nos chers disparus, comment peut-on continuer à les aimer sans qu’ils occupent tout l’espace, sans qu’ils bousculent les vivants ?. Comment faire avec ses filles quand
soi-même on a encore des choses à régler avec sa propre mère ? Comment fait-on pour être une bonne maman, une bonne fille, une bonne épouse, une bonne amante ?
Un bord de mer en Bretagne : Anna, cinquante ans, anglaise, emménage dans sa nouvelle maison. Les pièces sont envahies de « boxes », les cartons de déménagement qui renferment mille objets,
mille souvenirs… Anna, qui a vécu beaucoup de vies, voit son passé ressurgir de toutes ces boîtes. Lorsqu’elle les ouvre, apparaissent ceux qui ont compté dans sa vie, ses parents bien sûr,
mais aussi ses enfants et leurs pères, les morts et les vivants. Anna a eu trois filles, chacune d’un père différent. Ses trois hommes sont là et reviennent lui parler, l’engueuler, lui
pardonner peut-être, l’aimer un peu ou beaucoup, encore… À cette période vertigineuse de la vie, le temps court toujours plus vite. Anna prend son élan, pour affronter ce passé qui l’envahit,
pour essayer de reprendre un souffle qui la projettera dans l’avenir… et croire encore à l’amour.
Jane Birkin réalise ici son premier long-métrage dont elle a écrit le scénario, fortement inspiré de son histoire familiale, un projet qu’elle porte depuis près de dix ans. Elle convoque tout
le monde dans sa maison du bord de mer, parents, enfants, maris morts ou en fuite, illustres inconnus, amants passionnés, pour croquer à sa façon « la vie de famille ». Elle s’attache surtout à
décrire les rapports mère/fille sur trois générations. Elle s'est entourée de comédiens formidables, Geraldine Chaplin, Piccoli et Benichou en tête: ils nous offrent de magnifiques séquences,
de purs instants de folie douce et de mélancolie. L’impudeur dont fait preuve Birkin pour nous dire ce qu’elle ressent, ce qu’elle est en tant que femme, pourra gêner, peut-être choquer.
Pourtant ce qui prime dans son film, c’est la générosité et la sincérité, même si en voulant en dire autant elle est parfois un peu maladroite voire légèrement bordélique… un peu à la manière
d’un déménagement où les cartons s’entassent dans tous les sens, cartons qu’ils faut vider, trier pour recommencer une nouvelle vie.
Beaucoup de liberté et de grâce dans ce film qui flirte parfois avec le théâtre, cet autoportrait qui n’oublie jamais de dessiner en creux une figure féminine universelle.
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