Paranoid Park, de Gus Van Sant
avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu, Taylor Momsen, Lauren McKinney
Alex, jeune skateur, est en proie à la culpabilité et le doute. Récemment, il est allé faire du skate à Paranoid Park, le skatepark le plus malfamé de Portland. Après avoir sympathisé avec
d'autres jeunes, il se retrouve dans une gare et en montant clandestinement dans un train, tue accidentellement un agent de sécurité. Il préfère garder le silence et continuer à vivre sa vie,
entre le skate et sa petite amie, tandis que le souvenir commence à le hanter et refait bientôt surface.
Un condensé thématique des dernières oeuvres de Gus Van Sant
Après Elephant, Gerry et Last Days, Gus Van Sant s'inspire une nouvelle fois d'un
fait divers, pour mieux se l'approprier et le transcender. Oeuvre marquée par l'absurde, la violence et la culpabilité, Paranoid Park ne cache pas sa parenté
avec les précédents films du cinéaste.
Á l'instar de Blake, le rocker grunge désabusé de Last Days, Alex apparaît comme un personnage désincarné, témoin plus qu'acteur de sa propre existence. Le
protagoniste de Paranoid Park partage par ailleurs avec celui de Last Days un besoin viscéral de solitude. Là où
l'idole lasse trouvait refuge dans la musique, Alex se replie dans l'écriture expiatoire. L'art comme échappatoire à une réalité inacceptable tend à rapprocher ces personnages. Plus ténue, la
parenté avec Gerry se révèle toutefois à travers une thématique commune. Culpabilité et prise de conscience de l'absurdité de l'existence hantent en effet
les deux films. Alors que les protagonistes de Gerry évoluent dans le désert et se retrouvent toujours au même endroit, Alex prend conscience de la vacuité
de son existence après avoir commis l'irréparable -- la structure en flashback de Paranoid Park ramène toujours au moment fatidique, qui empêche le jeune
homme d'avancer. En un sens, lui aussi ne cesse de tourner en rond. Le lien avec Elephant est plus évident, les deux films s'attachant à dépeindre les
comportements adolescents modernes. Chez Gus Van Sant, les actions commises par la jeunesse renvoient à la société une image peu flatteuse de la violence et de l'absurdité qui la gangrènent.
Qu'ils soient en quête de sens ou en quête de soi, les adolescents en manque de repère sont livrés à eux-mêmes, et finissent par croire que brûler une lettre suffit à expier les pires péchés.
Confrontée à une société démissionnaire, la jeunesse se retrouve seule face à sa conscience.
Le point d'orgue d'une carrière
Non content de réunir au sein de Paranoid Park l'ensemble des thèmes qu'il a exploités dans ses films les plus récents, Gus Van Sant émaille son dernier opus
de nombreuses signatures formelles. Adoptant le point de vue d'Alex sur les événements, Paranoid Park se laisse happer par son protagoniste, de la même
manière que Last Days s'évertuait à ne pas quitter Blake. Lorsque le metteur en scène suit Alex qui déambule en solitaire au milieu de nulle part, la parenté
avec Blake, longuement filmé de dos en caméra portée en train de traverser la forêt dans Last Days, est à son apogée. La fragmentation du récit est quant à
elle empruntée à Elephant. Mais là où la Palme d'Or 2003 noyait son propos sous une multitude de points de vue, Paranoid
Park resserre son intrigue autour d'un personnage et y gagne en fluidité, tout en permettant à l'audience de ressentir un minimum d'empathie envers son protagoniste. Conceptuellement
très proche d'Elephant, Paranoid Park met en scène de jeunes acteurs amateurs au service de la reconstition minimaliste
mais virtuose d'un fait divers choquant. Á la différence qu'ici, la bande son et la photographie emmènent le film vers un territoire d'irréalité, comme si la scène (très gore) durant laquelle
l'agent est coupé en deux par un train n'avait existé que dans les cauchemars du protagoniste. Magnifiquement terrifiant, Paranoid Park est sans conteste le
film inspiré d'un fait divers le plus riche, le plus esthétiquement réussi et le plus poétique de Gus Van Sant.
Sortie le 24 octobre 2007 - Dans votre salle prochainement
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