Vendredi 29 septembre 2006
TRANSYLVANIA
Écrit et réalisé par TONY GATLIF, France-Roumanie, 2006, 1h43mn, VO, avec Asia Argento, Amira Casar, Birol Ünel, Alexandra Beaujard, Marco Castoldi, Beata Palya...
Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de voir un film de Tony Gatlif, c’est le moment ou jamais de venir découvrir son univers. Quant à ceux qui connaissent le cinéma flamboyant du bonhomme, aucune raison qu’ils soient déçus, au contraire ! Comme tous les films de Gatlif, Transylvania est une invitation au voyage – les étranges et envoûtants paysages de la Roumanie – et à la musique – les mélodies tziganes, bien sûr, déchirantes et endiablées –. On le sait, Gatlif filme la musique comme personne, il lui donne une puissance extraordinaire qui vient magnifier ses images : c’est la musique qui irrigue le film, comme il le dit si bien. Ce n’est pas pour rien s’il écrit lui-même la partition musicale de ses films, en collaboration ici avec Delphine Mantoulet.
Après Exils et son retour aux sources maghrébines, nous retrouvons dans Transylvania les terres où Gatlif avait tourné l’excellent Gadjo Dilo, pour une histoire d’amour aux frontières de la (dé)raison.
Zingarina est une jeune femme libre, sauvage, au tempérament de feu. C’est une passionnée, un mélange détonnant d’assurance et de fragilité. Elle est Française, mais on a cette étrange impression que c’est du sang tzigane qui coule dans ses veines. Lorsque l’homme qu’elle aime, un musicien roumain, disparaît du jour au lendemain, sans doute expulsé de France car sans papiers, elle décide donc sans hésiter de partir à sa recherche en Transylvanie. Elle entreprend son périple flanquée de son amie Marie, qui veille jalousement sur elle. Elle est prête à parcourir des milliers de kilomètres pour rejoindre l’homme dont elle attend un enfant et on sent que rien ne pourrait l’arrêter… Zingarina se jette à corps perdu dans cette quête qui s’avèrera bien plus qu’amoureuse, et se laisse happer par un pays qui la fascine totalement, cette Transylvanie soumise depuis des temps immémoriaux aux invasions les plus diverses, devenue véritable carrefour européen, où cohabitent plusieurs communautés, où l’on parle rom, roumain, hongrois ou Allemand… Et c’est sur ces routes qu’elle croise Tchangalo, un homme seul, énigmatique, sans attache. Il est comme elle imprévisible et vulnérable, et dès les premiers échanges de regards, on voit que ces deux-là sont faits du même bois…
Et lorsqu’elle retrouve finalement, au cours d’une fête païenne déchaînée, l’homme pour qui elle a entrepris ce voyage, et lorsque celui-ci, à sa grande stupeur, à sa grande douleur, la rejette brutalement, on sait que la vie de Zingarina vient de basculer…
« Cette histoire s’incarne d’abord dans des corps qui bougent, qui courent, qui fuient. Ces corps dansent jusqu’à la transe, la musique les emporte. Ils exorcisent leur mal par le lait ou l’alcool, la fièvre d’un flamenco chavirant, par la fête.
« Film sous hypnose, Transylvania existe par Asia Argento. Sa Zingarina est belle et ravagée, madone ou furie, tendre et pénible, fragile ou redoutable. Elle rend Tchangalo fou d’amour malgré lui, surpris par la vie au tournant quand il croyait y avoir renoncé. Mais la plus belle rencontre est celle entre Tony Gatlif et Asia Argento, cette femme singulière, réalisatrice et actrice charismatique. Elle provoque sur l’écran un feu de joie, qui entraîne le regard loin, aux confins d’un pays exsangue, cachant son espoir éternel sous un béton en décomposition ou sous la neige blanche. La Transylvanie est sorcière, Asia est sa déesse, et Gatlif son prophète.
Delphine Valloire, arte.tv.fr
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