
Diffusion du film:" Ici Najac, à vous la terre"
semaine du 21 au 27 février
avec: "Dans Paris" de Christophe Honoré
et "Babel" de A.G Inarritu.
Nouveau programme bientôt disponible...



Comme dans son prédédent et très apprécié Les Lundis au soleil, Fernando Leon de Aranoa nous donne un film qui nous rend moins bêtes, qui nous aide à comprendre, à accepter, à aimer. Qui ? L’autre, l’étranger, l’intrus qu’une mécanique sans doute compréhensible mais ô combien basique et nuisible nous amène à considérer comme la cause de tous nos maux. Un film qui, sans être moralisateur ou manichéen, démonte avec beaucoup de justesse le système global qui engendre ce repli frileux, voire haineux, et qui, mieux encore, fait éclater la formidable richesse qui peut naître lorsqu’on dépasse peurs et préjugés.
À leur manière, ce sont bien deux princesses, qui se seraient égarées dans des rues d’où les princes charmants ont foutu le camp, laissant la place aux hordes de loup…
La trentaine déjà un peu usée, Caye est Espagnole et tapine à son compte. Le bouche à oreille et son téléphone portable lui assurent un travail assez régulier. Pourtant, depuis plusieurs mois, la concurrence vient casser les prix. Les jeunes latinos ont envahi les trottoirs et proposent leurs services à des tarifs bien plus compétitifs que les locales.
C’est la crise du tapin et chacune y va de sa petite analyse du problème, pestant contre ces étrangères qui viennent leur piquer leurs habitués. Caye est comme ses frangines, elle râle aussi, plus pour ne pas se faire remarquer que par réelle conviction… Car son esprit est ailleurs, elle est dans ses rêves… Elle économise euro par euro pour se payer une nouvelle poitrine qui ne pourra qu’apporter une plus value à son outil de travail… Elle rêve aussi de l’amour, la benête, du gars qui viendrait la tirer du ruisseau pour l’emmener dans son château ; elle est pas gourmande Caye, même un petit F2 suffirait. Et puis, tous les dimanches, elle déjeune en famille et fait semblant d’être une autre qui ne serait pas pute, elle écoute stoïquement le blabla estampillé « réussite sociale » des uns et des autres.
Un peu plus jeune mais déjà mère d’un petit garçon resté dans son pays natal, Zulema tapine dans le même quartier. Elle est belle comme une reine, avec ses longs cheveux bruns, ses jambes interminables et son regard doux d’une tristesse infinie. Elle partage un ridicule appartement « en alternance » avec une famille de clandestins, ils ont le matelas la nuit, elle l’a le jour… Naïve, elle croit pouvoir obtenir des papiers d’un sale type qui a vu en elle la proie facile et la promène de passe en passe… Elle pense qu’avec ces papiers, la vie sera plus douce… Elle a sûrement raison, mais en attendant, elle prend surtout des raclées.
D’abord méfiantes l’une vis-à vis de l’autre, les deux putes, les deux princesses se lient d’amitié, elles savent qu’elles marchent toutes deux sur la même corde raide, qu’elles ont les mêmes rêves, la même envie de tendresse et qu’à deux solitudes se tenant solidement la main, on est toujours plus fortes contre le monde méprisant et contre les salauds qui profitent toujours de la désespérance des exilés, sans que personne ne lève jamais le petit doigt.
Princesas est un film engagé, surtout aux côtés de ses personnages, un film généreux, un film bouleversant qui sait aussi être drôle. Un film qui en passant lève le voile sur les conditions des prostituées de cette Europe qui fait semblant de les ignorer pour mieux se persuader qu’elles n’existent pas. Un film beau parce que juste.
Écrit et réalisé par Gabriel LE BOMIN, France, 2006, 1h30mn, avec Grégori Derangère, Annouk Grinberg, Aurélien Recoin, Nils Arestrup, Laure Duthilleul, Yann Colette...

Engagez vous ! rengagez-vous ! vous verrez du pays ! claironnaient gaiement les sergents recruteurs. À Berlin, à Berlin ! hurlaient les foules parisiennes.
Nach Paris ! Nach Paris ! répondaient en écho les foules berlinoises, unies dans le même élan patriotique. Elle serait brève, fraîche et joyeuse cette guerre, que seul Jaurès, assassiné quelques semaines plus tôt, avait tenté d’empêcher. Elle fut longue, glaciale et meurtrière, même dans ses détails les plus infimes, tels cette baïonnette garantie d’époque, vendue 3 sous sur le marché aux puces de Villeneuve dont on découvre, informés gentiment par un vendeur désinvolte, que la lame quadrangulaire de cet aimable objet était non seulement conçue pour plonger au plus profond des entrailles mais aussi pour rendre improbable, avec cette plaie en forme de croix, tout processus de cicatrisation.
Les Fragments d’Antonin, jamais titre ne fut plus judicieusement choisi, rend parfaitement compte de l’ignominie d’une guerre dont on ne pouvait sortir qu’en morceaux. Réduits parfois en chair à pâté, avec inscription au panthéon des héros sur le monument aux morts de sa commune ou, plus savoureusement encore, en morceaux mais vivant, en proie à de terribles obsessions qui permettaient à l’heureux soldat, comme au football, de jouer de bien excitantes prolongations. Mais là encore rien n’était perdu car l’on pouvait toujours finir, même largement hors délais, sur la pierre sacrée du souvenir. C’est ainsi que l’on peut remarquer sur nombre de stèles des décès ayant largement dépassé l’heure de l’armistice, parfois même de plusieurs années.
C’est à ces héros perdus pour la gloire que donne vie Les Fragments d’Antonin. Ceux que des bombardements trop soutenus, des lâchers criminels de gaz moutarde, des combats trop sanglants à la baïonnette, laissèrent saoulés d’horreurs, exclus de toute conscience de vivre. Antonin est de ceux-là : cet instituteur mobilisé, dont on devine dès la première image qu’il ne ferait pas de mal à une mouche, se voit confier le poste d’agent de liaison colombophile, une spécialité peu guerrière qui consiste à convoyer des pigeons en roulotte d’un bout à l’autre du front pour transmettre des messages. Une activité quasi bucolique dont Antonin s’acquitte d’autant mieux qu’elle le tient éloigné avec ses gentilles bestioles de la sauvagerie des combats. On le devine, hélas, Antonin, sa carriole et ses pigeons finiront par se retrouver au cœur de la plus effroyable des conflagrations…
« Cet instituteur qui, après la guerre, revit ses traumatismes encore et encore, est un rôle rare et excitant qui soulève des problématiques toujours actuelles. Le contexte historique de ce récit est un prétexte : Antonin pourrait aussi bien vivre aujourd’hui ici ou ailleurs, et revenir d’Afghanistan, d’Irak… Nous avons visionné des documents historiques du musée du Val de Grâce : des archives de soldats traumatisés, tremblants, littéralement affolés et délirants rien qu’à la vue d’un casque allemand. Un psychiatre de l’Hôpital d’instruction des armées nous a exposé les symptômes post-traumatiques développés par des hommes ayant combattu dans la première guerre ou des conflits plus récents, ou encore par des sapeurs-pompiers… » raconte Grégori Derangère.


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