Écrit et réalisé par Woody ALLEN, USA / Angleterre, 2006, 1h36mn, VO, avec Woody Allen, Scarlett Johansson, Hugh Jackman, Ian McShane, Romola Garai...

Où l’on retrouve une Woody comédie, délicieusement légère, un petit plaisir savoureux où l’humour british embrasse avec gourmandise les vannes impayables du plus célèbre binoclard juif new-yorkais. Emballé comme un jeune premier par sa précédente expérience londonienne (l’excellent Match Point), Woody nous remet le couvert en Angleterre pour nous servir une comédie comme lui seul sait les trousser : improbable et bidonnante, dans la droite ligne du Sortilège du scorpion de jade.
Conquis par Londres, le plus tout à fait jeune serviteur de ces dames le fut aussi par la craquante Scarlett Johansson, que l’on avait quittée sexy en diable mais méchamment refroidie sur le carrelage, et que l’on retrouve ici myope comme une taupe, et affublée d’un bermuda aussi seyant que son appareil dentaire.
En quelque part, ça fait plaisir...
Dans le genre de rôle qu’il adore se donner et qui demeure, quoiqu’en dise les rabat-joie, toujours aussi efficace, Woody Allen (acteur) est très bien aussi puisqu’il campe ici un magicien sur le retour, tout un programme ! Plus proche de l’inoubliable Garcimore que du grand Houdini, Sid Waterman est un personnage dont la seule apparition suffit à vous décrocher la mâchoire (sauf si vous êtes résolument allergique à Woody Allen, auquel cas mieux vaut aller voir un autre film). Par une alchimie détonante, le duo Woody Allen / Scarlett Johansson fonctionne au quart de tour, sans doute grâce aux talents comiques jusque là cachés de la belle...
Rien ne prédisposait la jeune Sondra Pransky à croiser le chemin du (très relativement) célèbre Splendini, magicien au spectacle tout aussi bien huilé que fumeux. Elle, étudiante américaine en journalisme, en visite chez des amis londoniens de la haute ; lui, artiste grisonnant en tournée, peaufinant en solitaire, dans des loges de seconde zone, d’improbables tours de cartes.
Alors qu’elle découvre son spectacle, Sondra est choisi par le maître pour assister, devant une audience aussi incrédule qu’impatiente, à sa propre volatilisation.
Le clou de la soirée n’est rien moins en effet qu’une dématérialisation corporelle, qui vous affranchit provisoirement des contraintes physico-chimiques de ce bas monde, bref, pour faire simple : une disparition en direct et sans trucage.
Mais pas de pot, le beau coffre décoré dans lequel elle doit entrer pour subir la magie de Splendini est précisément l’endroit choisi par un revenant pour faire son come back !
Et feu Joe Strombel n’est pas n’importe qui : célèbre journaliste d’investigation récemment décédé, il vient d’avoir vent d’une information capitale, qui pourrait bien résoudre l’énigme du tristement fameux « tueur aux tarots » ! Devant l’ampleur de l’info et la beauté du scoop, il n’a pu s’empêcher de fuir les doux bras de la grande faucheuse pour trouver âme vivante (et si possible consoeur) afin de lui refiler le tuyau, histoire de briller une dernière fois, l’élue étant Sondra, donc.
Il eut pu espérer un duo prestigieux, classe, un duo à la Sherlock Holmes / Dr. Watson, à la Chapeau Melon / Bottes de Cuir, à la Brett Sinclair / Danny Wilde… Manque de bol, il est tombé sur Miss Pransky, mimi comme un cœur mais pas très discrète, et Mister Waterman, sympa mais un peu lourdingue avec ses vannes et ses sempiternelles complaintes sur l’état de son estomac, la religion, la conduite à gauche…
Embarqués sur les traces d’un serial killer aussi vilain que Jack the ripper, la fine équipe réussit à s’introduire dans les sphères de la haute bourgeoisie londonienne pour tenter de confondre le suspect numéro un... Elle se fait passer pour une actrice, il se fait passer pour son père, milliardaire du pétrole... Vous imaginez le tableau !
Diffusion prochain programme du 14 au 20 février 2007
INDIGÈNES Site officiel
Rachid BOUCHAREB, France / Algérie, 2006, 2h7mn, avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan... Scénario d’Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb. PRIX COLLECTIF D’INTERPRÉTATION MASCULINE FESTIVAL DE CANNES 2006.
1943. Ils n’étaient jamais venus en France. Mais parce que la France avait perdu sa liberté et souffrait sous l’occupation nazie, Saïd , Abdlekader, Messaoud, Yassir… vont s’engager comme des dizaines, des centaines de milliers d’autres « Indigènes » dans l’armée française pour libérer la « Mère Patrie ». Ils vaincront en Italie, en Provence et dans les Vosges avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand, au nom de la liberté, de l’indépendance, de la démocratie, de valeurs dont ils n’ont cessé de mesurer depuis à quel point, pour certains français, elles sont aléatoires.
Mais Indigènes n’est pas seulement un film relatant un fait d’armes aussi héroïque qu’exemplaire. À travers l’histoire de cette poignée de courageux, de leur parcours personnel, de leurs amours, de leurs rencontres, de leurs amitiés comme de leurs antagonismes, c’est le rapport de la France à ses colonies dont il est question. C’est le rapport de la France avec ceux qui ont amplement contribué à la construire (et continuent encore aujourd’hui…). Une relation dont l’héritage continue à être lourd à porter, d’autant qu’il est des vérités qu’on n’a jamais cru bon de dire et que le malentendu continue à creuser les consciences, à entretenir les préjugés les plus nocifs.
Le film est comme une main tendue, le moyen de réfléchir, de comprendre combien les pouvoirs successifs ont pu, de manipulations en injustices, créer des situations génératrices de frustration, de racisme et de haine. Ce film-là, jamais manichéen, parle avant tout d’amour, amour souvent déçu, amour souvent trahi, et semble faire le pari que le cinéma peut aussi être un formidable moyen de réconciliation. Enseignants : Pour télécharger le dossier d'accompagnement pédagogique "Indigènes" exploitable en cours (format PDF), cliquez ici
Diffusion à CINEtampes du 27 décembre au 2 janvier (Voir programme)
AZUR ET ASMAR Site officiel
écrit et réalisé par Michel OCELOT, film d'animation, Fance, 2006, 1h35mn, avec les voix de Cyril Mourali, Karim M’Riba, Patrick Timsit, Hiam Abbass, Rayan Mahjoub...
Pour les enfants à partir de 7 ans.

Inutile bien sûr de vous rappeler que le réalisateur d’Azur et Asmar est le créateur du gentil Kirikou. Ce petit garçon espiègle et attachant, dont les aventures, racontées dans deux films, Kirikou et la sorcière et Kirikou et les bêtes sauvages, furent plébiscitées par des centaines de milliers de bambins. Le succès bienvenu du premier Kirikou permit enfin d’écorner le monopole absolu dont jouissaient jusqu’alors les produits Disney. Réjouissons-nous, petits et grands, c’est pour le meilleur que Michel Ocelot abandonne aujourd’hui son petit bonhomme au profit non pas d’un, mais de deux héros : Azur et Asmar. Deux jolis garçons sortis d’un conte de fées qui pourrait commencer par : « Il était une fois »…
Il était une fois les mille et une nuits et leur univers merveilleux comme aucun cerveau humain disponible, comme aucune imagination, même fertile, ne peut les concevoir. Et sans doute fallait-il le dessin animé, les six années de travail acharné de Michel Ocelot et de son équipe, pour rendre enfin visible sous nos yeux éblouis toute la magie, les couleurs, les décors, la musique de ces contes arabes qui, depuis le règne de Louis xiv, dépassent de leurs fastes orientaux la cour même de Versailles.
Peut-être, me direz-vous, ce fantastique exercice de style cache-t-il, comme parfois dans les dessins animés pour enfants, une historiette gentillette qui, gageons le, aurait quand même séduit les petits tout en permettant à la victime de la garde alternée de piquer un petit roupillon réparateur.
Mais, miracle ! qui ne se reproduit sans doute que tous les cinquante-quatre ans – trois et trois font deux – cette formidable réussite cinématographique, artistique et technologique se double d’une réflexion tendre et pertinente sur notre époque, ô combien trouble et troublée. Une réussite qui dote ce grand corps éblouissant d’un cerveau et d’une âme, et qui en fait un grand film pour adultes. Un prodige qu’avait aussi réussi en son temps Le Roi et l’oiseau qui, paraît-il, avait même réussi à tirer une larme à Staline...
« Faire un long-métrage en dessin animé, c’est consacrer six ans de sa vie à un sujet. Il faut que cela en vaille la peine. Le sujet qui me tenait le plus à cœur ? D’une part, tous ces gens qui se détestent – ils ont été élevés comme ça – qui se font la guerre, d’autre part, les individus, des deux côtés, qui ne suivent pas et qui s’estiment, s’aiment par-dessus les barbelés. C’est cela qui me touche au plus profond. J’ai d’abord pensé à la France et l’Allemagne. Mais nous sommes désormais tellement en paix que je n’ai pas eu envie de revenir sur ce passé lamentable et révolu. J’ai envisagé ensuite d’inventer un pays ennemi, avec une fausse langue étrangère. Inventer un pays ennemi, quelle triste idée ! Inventer une langue fausse, quelle mauvaise idée ! J’ai alors pensé à la vie quotidienne en France et dans le monde. Il ne s’agissait plus de traiter d’une guerre déclarée, mais d’une animosité ordinaire entre citoyens de souche et citoyens récents et, poussant plus loin, entre Occident et Moyen-Orient. J’avais mon sujet : une réalité brûlante à traiter en conte de fées merveilleux… »
Michel Ocelot
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