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Mercredi 27 décembre 2006
LES INFILTRÉS
(THE DEPARTED) Martin SCORSESE, USA, 2006, 2h30mn, VO, avec Leonardo Di Caprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Mark Wahlberg, Martin Sheen... Scénario de William Monahan, d’après le polar hongkongais Infernal Affairs, de Andrew Lau et Alan Mak.



Boston de nos jours. Une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise. Pour mettre fin au règne du tout puissant parrain Jack Costello (Nicholson), la police infiltre son gang avec un « bleu » issu des bas quartiers, Billy Costigan (Di Caprio). Tandis que Costigan s’efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant donc de plus en plus parano, Collin Sullivan (Damon) entre dans la police au sein de l’unité des enquêtes spéciales, chargée d’éliminer Costello. Mais Sullivan fonctionne en sous-marin pour le compte de Costello et l’informe des opérations lancées contre lui. Risquant à tout moment d’être démasqués, les deux hommes sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre progressivement leurs repères et leurs identités.
Traquenards et contre-offensives s’enchaînent, jusqu’au jour où chaque camp réalise qu’il héberge une taupe. Une course contre la montre s’engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l’identité de l’autre, sous peine d’y laisser sa peau…
On aura beau dire, le résultat est là. Le brio avec lequel Scorsese se réapproprie le déjà très réussi Infernal Affairs démontre une nouvelle fois la force de son cinéma. Même si il ne renouvelle pas le genre, même si on se dit que Nicholson en fait des tonnes, le plaisir est là, intact et férocement jubilatoire. On sait depuis longtemps la fscination du réalisateur pour les histoires de personnages hors normes, sortis des bas fonds des mégapoles américaines, New York, Las Vegas, dominant par le crime des univers qui engendreront immanquablement leur perte. Grandeur et déchéance des mafieux en quelque sorte. S’il aborde ici une nouvelle fois ce thème, il le fait par la bande, puisque les deux personnages qui sont les moteurs de l’action sont deux flics qui sont aussi indic ou taupe, c’est selon… Scorsese a toujours su choisir ses acteurs (De Niro, Liotta, Pesci, Stone, Cage). Il s’offre une fois encore un casting qui doit faire rêver plus d’un réalisateur : Jack Nicholson, Matt Damon, Mark Walberg et, pour la troisième fois consécutive après Gangs of New York et The Aviator, Leonardo Di Caprio, excusez du peu... Une collaboration plutôt fructueuse pour les deux hommes puisqu’il permet à l’un d’avoir désormais une certaine facilité auprès des studios pour monter ses projets et à l’autre d’acquérir au contact du maître une maturité d’acteur qui nous fait oublier la star. La figure paternelle, chère à l’auteur, est incarnée par Jack Nicholson avec qui il tourne pour la première fois et qui vous réserve quelques grands moments de folie furieuse et d’humour macabre, on est chez Scorsese ne l’oublions pas.
Un plaisir peut-être fugace (on verra avec le temps si le film nous reste en tête) mais qui fait en tout cas un bien fou. Les quelques blagues des sbires débiles viennent comme des petites respirations, au milieu de la tension que Scorsese sait comme personne faire monter très haut. Un polar, très sombre et très efficace, 2h30 de grand cinéma.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Mercredi 27 décembre 2006
LE GRAND APPARTEMENT
Pascal THOMAS, France, 2006, 1h43mn, avec Laetitia Casta, Mathieu Amalric, Pierre Arditi, Noémie Lvovsky, Maurice Risch, Cheik Doukoure... Scénario et dialogues de François Caviglioli, Nathalie Lafaurie et Pascal Thomas.


« Habiter signifie donc tarder autour du foyer, à la manière préhistorique, près du feu qui réchauffe, éloigné du danger des bêtes et protège des intempéries. Dans l’habitation se dit aussi le gîte des animaux cachés des prédateurs et à l’abri des risques encourus par la lutte consubstantielle au fait de vivre dans un même espace. Le gîte s’apparente à la tanière, au terrier, au refuge » Michel Onfray, « Théorie du voyage »

Dans la grotte du 7e arrondissement qui lui sert de domicile vit une tribu aux mœurs étranges et aux habitudes d’un autre âge… Un âge pré-bancaire où nul n’aurait besoin de caution, de CDI, de carte d’identité ni de look propret pour se loger, un âge où la seule patte blanche qu’il faudrait montrer pour se faire accepter serait de tendresse, d’amitié, de fraternité… Un âge où le travail ne serait pas instrument de torture mais promenade de santé, où la possession de biens matériels serait aussi légère au cœur qu’un jupon de dentelle.
Tout aurait pu ainsi durer éternellement, jusqu’à la fin du monde, dans ce grand appartement vivant au rythme un peu zinzin de ses drôles d’habitants : Martin, un peu critique, un peu scénariste, vivotant de doublages de films et de conférences incompréhensibles sur le cinéma d’auteur; Adrien, son pote, squatteur de longue durée, séducteur effréné et artiste maudit ; et Francesca, belle plante dynamique au tempérament de feu, compagne du premier, mère de leur fille, et grande manitoue de la maisonnée.
Oui, la vie de cette tribu aurait pu s’écouler paisiblement, entre chasse, cueillette, visites surprises des copines de l’une ou des conquêtes de l’autre, et yoyotage de la grand-mère un peu maboule.
Car dame Nature, en sa grande générosité, avait consenti à protéger sa tribu par une loi d’une autre époque, dite de 1948, en plafonnant les loyers de certains vieux appartements.
Mais le paradis est menacé et la bête rode… elle porte tailleur et talons aiguilles et du haut de son statut, « la proprio » a décidé d’agrandir son territoire et de faire du grand appartement un trésor de guerre, arrachant sans pitié, d’un coup aussi sec qu’un avis d’imposition, toutes les propriétés bienfaitrices du gri-gri protecteur de la loi 48.
L’ennemi est aux portes et il est accompagné : huissier, banquiers, promoteurs immobiliers.

Mais Adrien, Martin, Francesca et les autres ne sont pas vraiment décidés à se laisser marcher sur les pieds. Au nom de la liberté, de la fraternité et de la créativité, ils sont prêts à se battre pour conserver leur petit pré carré loin de la logique du marché, de la spéculation et de l’agressivité du monde moderne !
Et comme souvent dans les grands combats idéologiques, il y a toujours une femme qui mène la danse, les homme suivant derrière ! Passionara de la bataille juridique qui s’annonce, Francesca va se démener comme diable en terre sainte pour préserver les siens d’une relégation en F2… Ce n’est pas que le F2 la dérange, dans l’absolu, c’est plutôt qu’il empêcherait la présence à ses côtés de son indispensable famille de cœur : son homme, sa môme, le pote de son mec, sa frangine, les copines de sa fille, celles de sa sœur, les maîtresses du pote de son mec, sa grand-mère, plus tout ceux qui passent… Et non, vraiment, pour caser tout ce monde, il faut un grand, très grand appartement !

Léger comme une chansonnette de l’après guerre et bohème comme le Paris d’un autre âge, avant que les boutiques de fringues et les banques remplacent les petits bistrots, Le Grand appartement est un hymne joyeux à la vie en communauté et à l’insouciance. Les femmes sont lumineuses, généreuses, avec une grandeur d’âme qui paraît immense face à l’inconstance et à l’immaturité des mâles… C’est une ode à l’anticonformisme, une invitation à s’engager sur les chemins de traverse, à l’heure où le mouvement général nous dit d’aller vite, de thésauriser, de capitaliser !

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 22 décembre 2006
DARATT, Saison sèche
Écrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN, Tchad/France, 2006, 1h35mn, VO, avec Ali Bacha Barkaï, Youssouf Djaoro, Aziza Hisseine, Djibril Ibrahim, Fatimé Hadje... PRIX SPÉCIAL DU JURY FESTIVAL DE VENISE 2006.


Période faste pour le cinéma africain, c’est suffisamment rare pour qu’on s’en réjouisse ! Après le très remarquable Bamako, voici le non moins beau Daratt, saison sèche, réalisé par le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, et produit par Abderrahmane Sissako, le réalisateur de Bamako justement ! Pour ceux qui suivent cette cinématographie toujours fragile et aléatoirement distribuée en France, rappelons que Mahamat-Saleh Haroun nous avait déjà donné Bye Bye Africa et surtout Abouna en 2002.
Daratt est une fable d’une simplicité implacable, économe en effets mais riche en émotions et en résonances, qui s’enracine dans la siutation tchadienne contemporaine mais qui prend au fil de son récit une dimension universelle.

Tchad, 2006. Le gouvernement en place a accordé l’aministie à tous les criminels de guerre. Atim, seize ans tout juste mais beaucoup plus vieux si l’on en croit ses yeux, sombres, sans illusions, est convoqué par son grand-père aveugle, qui, contrairement au pouvoir, refuse d’accorder son pardon. Atim reçoit donc des mains du vieillard un revolver, avec mission de retrouver et de tuer l’homme qui a tué son père. Le gamin n’a pas le choix, il devra remplir son rôle de justicier, en tout cas de vengeur. Il quitte son village et part pour la capitale, N’djaména, à la recherche d’un homme qu’il ne connaît pas. Il le localise rapidement, pourtant : ancien criminel de guerre, Nassara est aujourd’hui rangé, marié à une jeune femme beaucoup plus jeune, et patron d’une petite boulangerie.
Atim l’observe, l’épie, le voit distribuer chaque jour quelques morceaux de pain à des gamins affamés. Il s’approche du boulanger, et réussit à se faire embaucher comme apprenti. Il a toujours son arme sur lui, bien décidé à s’en servir dès que l’occasion se présentera…
Mais rien ne se passe tout à fait comme prévu. Nassara ne se conduit pas comme le salaud qu’il devrait être. Il se prend même d’affection pour Atim, le prend sous son aile, lui apprend l’art et la manière de fabriquer le pain… Et peu à peu un étrange lien se tisse entre eux: quelque chose comme une relation fils-père, même si Atim refuse d’en accepter ne serait-ce que l’idée, obsédé qu’il est par son devoir de vengeance. Un jour pourtant, Nassara propose à Atim de l’adopter…

« Daratt ne traîte pas de la guerre civile, mais de ses conséquences. Ce qui m’intéresse, c’est le paysage après la tempête. La vie, obstinément à l’œuvre dans les champs de ruines et de cendres. Comment en effet continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face à l’impunité ? Se résigner ou faire justice soi-même ? Et quand on choisit cette dernière option, c’est quoi tuer un homme ? » Mahamat-Saleh Haroun
Ces thèmes qui pourraient être écrasants, Daratt les aborde avec une retenue superbe, un sens de l’épure qui éloigne tout spectaculaire, tout pathos intempestifs. Le film suit sa ligne claire, digne et intègre, jusqu’à un dénouement magnifique, une scène finale qui restera dans nos mémoires.                                                                          Utopia.org

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 21 décembre 2006
RED ROAD
Andrea ARNOLD, GB/Danemark, 2006, 1h53mn, VOSTF, avec Kate Dickie, Tony Curran, Martin Compston, Natalie Press... Scénario de Lone Scherfig et Anders Thomas Jensen. PRIX DU JURY, FESTIVAL DE CANNES 2006.


C’est un drôle de film prenant, fascinant, voire inquiétant, produit sous la houlette de Lars Von Trier, qui a donné à trois réalisateurs différents un point de départ identique et pour règle du jeu commune : 6 semaines de tournages et 6 acteurs… point final. Ce que réussit Andrea Arnold, au point de faire l’unanimité du Jury au Festival de Cannes 2006 (distinction exceptionnelle pour un premier film), donne une furieuse envie d’aller voir du côté des deux autres : affaire à suivre donc !

Le boulot de Jackie est bien dans l’air du temps : surveiller une ribambelle d’écrans video qui répercutent ce qu’enregistrent des caméras plantées partout dans Glasgow, la capitale écossaise où elle-même habite, ville formidablement cinégénique par ailleurs… Ne pas perdre de vue les lieux publics, les rues, les immeubles, les entrées d’immeubles… Donner l’alerte au moindre trouble. La ville est partagée entre plusieurs « veilleurs » : chacun a son quartier, ses habitudes, ses suspects. Jackie n’ignore rien des allées et venues de ce bout de territoire qu’elle surveille, s’attachant à suivre un type qui balade son vieux chien, un couple qui se chipote, un rôdeur aux airs chafouins, un jeunot qui deale. Un boulot glauque, un entraînement permanent à la suspicion, au voyeurisme, qu’elle pousserait bien parfois au-delà du champ de la caméra, à l’intérieur des maisons…
Jusqu’au jour où, sur un des écrans, surgit un type qu’elle ne pensait plus revoir, qu’elle ne voulait surtout plus revoir, qu’elle pensait ne pas vouloir revoir. C’est qu’elle en a Jackie, des sales choses à oublier, des choses qui la tourmentent. Mais tous les soirs, reprenant son service, il revient dans son champ de vision. Pas désagréable de sa personne, il a l’air plutôt tranquille et sa vie semble sans surprises. Pourtant plus ça va et plus Jackie semble obsédée par le bonhomme, tendue, négligeant les autres sujets, revenant sans arrêt sur lui, comme fascinée. On ne sait rien, mais on se doute, tant les sentiments qui la remuent semblent contradictoires et violents, lancinants, qu’il a dû se passer quelque chose de terrible entre elle et ce type.
Un soir, elle va se rendre au pied de cet immeuble qu’elle surveille tous les jours, traîner un moment, surveiller, puis finir par se faufiler pendant une fête jusqu’à sa piaule, pour voir de l’intérieur, au plus près, jusqu’au contact, se glisser dans son intimité. La répulsion le dispute à l’attirance, la haine au désir, il y a quelque chose de terriblement malsain et à la fois cérébral et charnel, foutrement humain…
La suite, je me garderai bien de la dévoiler, car l’interrogation permanente qui accompagne le comportement de Jackie et de celui qu’elle poursuit fait partie du plaisir, ou du déplaisir, c’est selon. En tout cas, avec une habilité remarquable, Andrea Arnold titille là où c’est trouble, dans les choses inavouables autant qu’inavouées. Petite cousine d’Haneke et de Dostoïevski, elle interroge autant sur les pulsions intimes des individus que sur la fascination qu’exercent sur tout un chacun les histoires ambiguës où chaque personnage se révèle à la fois ange et bête, mais toujours au bord de la rédemption…                                       Utopia.org

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 15 décembre 2006
Écrit et réalisé par Woody ALLEN, USA / Angleterre, 2006, 1h36mn, VO, avec Woody Allen, Scarlett Johansson, Hugh Jackman, Ian McShane, Romola Garai...


Où l’on retrouve une Woody comédie, délicieusement légère, un petit plaisir savoureux où l’humour british embrasse avec gourmandise les vannes impayables du plus célèbre binoclard juif new-yorkais. Emballé comme un jeune premier par sa précédente expérience londonienne (l’excellent Match Point), Woody nous remet le couvert en Angleterre pour nous servir une comédie comme lui seul sait les trousser : improbable et bidonnante, dans la droite ligne du Sortilège du scorpion de jade.
Conquis par Londres, le plus tout à fait jeune serviteur de ces dames le fut aussi par la craquante Scarlett Johansson, que l’on avait quittée sexy en diable mais méchamment refroidie sur le carrelage, et que l’on retrouve ici myope comme une taupe, et affublée d’un bermuda aussi seyant que son appareil dentaire.
En quelque part, ça fait plaisir...
Dans le genre de rôle qu’il adore se donner et qui demeure, quoiqu’en dise les rabat-joie, toujours aussi efficace, Woody Allen (acteur) est très bien aussi puisqu’il campe ici un magicien sur le retour, tout un programme ! Plus proche de l’inoubliable Garcimore que du grand Houdini, Sid Waterman est un personnage dont la seule apparition suffit à vous décrocher la mâchoire (sauf si vous êtes résolument allergique à Woody Allen, auquel cas mieux vaut aller voir un autre film). Par une alchimie détonante, le duo Woody Allen / Scarlett Johansson fonctionne au quart de tour, sans doute grâce aux talents comiques jusque là cachés de la belle...

Rien ne prédisposait la jeune Sondra Pransky à croiser le chemin du (très relativement) célèbre Splendini, magicien au spectacle tout aussi bien huilé que fumeux. Elle, étudiante américaine en journalisme, en visite chez des amis londoniens de la haute ; lui, artiste grisonnant en tournée, peaufinant en solitaire, dans des loges de seconde zone, d’improbables tours de cartes.
Alors qu’elle découvre son spectacle, Sondra est choisi par le maître pour assister, devant une audience aussi incrédule qu’impatiente, à sa propre volatilisation.
Le clou de la soirée n’est rien moins en effet qu’une dématérialisation corporelle, qui vous affranchit provisoirement des contraintes physico-chimiques de ce bas monde, bref, pour faire simple : une disparition en direct et sans trucage.
Mais pas de pot, le beau coffre décoré dans lequel elle doit entrer pour subir la magie de Splendini est précisément l’endroit choisi par un revenant pour faire son come back !
Et feu Joe Strombel n’est pas n’importe qui : célèbre journaliste d’investigation récemment décédé, il vient d’avoir vent d’une information capitale, qui pourrait bien résoudre l’énigme du tristement fameux « tueur aux tarots » ! Devant l’ampleur de l’info et la beauté du scoop, il n’a pu s’empêcher de fuir les doux bras de la grande faucheuse pour trouver âme vivante (et si possible consoeur) afin de lui refiler le tuyau, histoire de briller une dernière fois, l’élue étant Sondra, donc.

Il eut pu espérer un duo prestigieux, classe, un duo à la Sherlock Holmes / Dr. Watson, à la Chapeau Melon / Bottes de Cuir, à la Brett Sinclair / Danny Wilde… Manque de bol, il est tombé sur Miss Pransky, mimi comme un cœur mais pas très discrète, et Mister Waterman, sympa mais un peu lourdingue avec ses vannes et ses sempiternelles complaintes sur l’état de son estomac, la religion, la conduite à gauche…
Embarqués sur les traces d’un serial killer aussi vilain que Jack the ripper, la fine équipe réussit à s’introduire dans les sphères de la haute bourgeoisie londonienne pour tenter de confondre le suspect numéro un... Elle se fait passer pour une actrice, il se fait passer pour son père, milliardaire du pétrole... Vous imaginez le tableau !

 


                Diffusion prochain programme du 14 au 20 février 2007

INDIGÈNES Site officiel

Rachid BOUCHAREB, France / Algérie, 2006, 2h7mn, avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan... Scénario d’Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb. PRIX COLLECTIF D’INTERPRÉTATION MASCULINE FESTIVAL DE CANNES 2006.


1943. Ils n’étaient jamais venus en France. Mais parce que la France avait perdu sa liberté et souffrait sous l’occupation nazie, Saïd , Abdlekader, Messaoud, Yassir… vont s’engager comme des dizaines, des centaines de milliers d’autres « Indigènes » dans l’armée française pour libérer la « Mère Patrie ». Ils vaincront en Italie, en Provence et dans les Vosges avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand, au nom de la liberté, de l’indépendance, de la démocratie, de valeurs dont ils n’ont cessé de mesurer depuis à quel point, pour certains français, elles sont aléatoires.
Mais Indigènes n’est pas seulement un film relatant un fait d’armes aussi héroïque qu’exemplaire. À travers l’histoire de cette poignée de courageux, de leur parcours personnel, de leurs amours, de leurs rencontres, de leurs amitiés comme de leurs antagonismes, c’est le rapport de la France à ses colonies dont il est question. C’est le rapport de la France avec ceux qui ont amplement contribué à la construire (et continuent encore aujourd’hui…). Une relation dont l’héritage continue à être lourd à porter, d’autant qu’il est des vérités qu’on n’a jamais cru bon de dire et que le malentendu continue à creuser les consciences, à entretenir les préjugés les plus nocifs.
Le film est comme une main tendue, le moyen de réfléchir, de comprendre combien les pouvoirs successifs ont pu, de manipulations en injustices, créer des situations génératrices de frustration, de racisme et de haine. Ce film-là, jamais manichéen, parle avant tout d’amour, amour souvent déçu, amour souvent trahi, et semble faire le pari que le cinéma peut aussi être un formidable moyen de réconciliation. Enseignants : Pour télécharger le dossier d'accompagnement pédagogique "Indigènes" exploitable en cours (format PDF), cliquez ici



  Diffusion à CINEtampes du 27 décembre au 2 janvier (Voir programme)

AZUR ET ASMAR Site officiel

écrit et réalisé par Michel OCELOT, film d'animation, Fance, 2006, 1h35mn, avec les voix de Cyril Mourali, Karim M’Riba, Patrick Timsit, Hiam Abbass, Rayan Mahjoub...
Pour les enfants à partir de 7 ans.


Inutile bien sûr de vous rappeler que le réalisateur d’Azur et Asmar est le créateur du gentil Kirikou. Ce petit garçon espiègle et attachant, dont les aventures, racontées dans deux films, Kirikou et la sorcière et Kirikou et les bêtes sauvages, furent plébiscitées par des centaines de milliers de bambins. Le succès bienvenu du premier Kirikou permit enfin d’écorner le monopole absolu dont jouissaient jusqu’alors les produits Disney. Réjouissons-nous, petits et grands, c’est pour le meilleur que Michel Ocelot abandonne aujourd’hui son petit bonhomme au profit non pas d’un, mais de deux héros : Azur et Asmar. Deux jolis garçons sortis d’un conte de fées qui pourrait commencer par : « Il était une fois »…

Il était une fois les mille et une nuits et leur univers merveilleux comme aucun cerveau humain disponible, comme aucune imagination, même fertile, ne peut les concevoir. Et sans doute fallait-il le dessin animé, les six années de travail acharné de Michel Ocelot et de son équipe, pour rendre enfin visible sous nos yeux éblouis toute la magie, les couleurs, les décors, la musique de ces contes arabes qui, depuis le règne de Louis xiv, dépassent de leurs fastes orientaux la cour même de Versailles.
Peut-être, me direz-vous, ce fantastique exercice de style cache-t-il, comme parfois dans les dessins animés pour enfants, une historiette gentillette qui, gageons le, aurait quand même séduit les petits tout en permettant à la victime de la garde alternée de piquer un petit roupillon réparateur.
Mais, miracle ! qui ne se reproduit sans doute que tous les cinquante-quatre ans – trois et trois font deux – cette formidable réussite cinématographique, artistique et technologique se double d’une réflexion tendre et pertinente sur notre époque, ô combien trouble et troublée. Une réussite qui dote ce grand corps éblouissant d’un cerveau et d’une âme, et qui en fait un grand film pour adultes. Un prodige qu’avait aussi réussi en son temps Le Roi et l’oiseau qui, paraît-il, avait même réussi à tirer une larme à Staline...

« Faire un long-métrage en dessin animé, c’est consacrer six ans de sa vie à un sujet. Il faut que cela en vaille la peine. Le sujet qui me tenait le plus à cœur ? D’une part, tous ces gens qui se détestent – ils ont été élevés comme ça – qui se font la guerre, d’autre part, les individus, des deux côtés, qui ne suivent pas et qui s’estiment, s’aiment par-dessus les barbelés. C’est cela qui me touche au plus profond. J’ai d’abord pensé à la France et l’Allemagne. Mais nous sommes désormais tellement en paix que je n’ai pas eu envie de revenir sur ce passé lamentable et révolu. J’ai envisagé ensuite d’inventer un pays ennemi, avec une fausse langue étrangère. Inventer un pays ennemi, quelle triste idée ! Inventer une langue fausse, quelle mauvaise idée ! J’ai alors pensé à la vie quotidienne en France et dans le monde. Il ne s’agissait plus de traiter d’une guerre déclarée, mais d’une animosité ordinaire entre citoyens de souche et citoyens récents et, poussant plus loin, entre Occident et Moyen-Orient. J’avais mon sujet : une réalité brûlante à traiter en conte de fées merveilleux… »
Michel Ocelot


 

 

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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