Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Catégories

Mercredi 19 décembre 2007
(MANUFACTURED LANDSCAPES) Jennifer BAICHWAL - documentaire Canada 2006 1h26
 

 

 

C’est un voyage émouvant tout autant qu’un état des lieux terrifiant auquel nous convie ce magnifique documentaire. On en a vu beaucoup ces derniers temps, des films alliant rigueur, qualités esthétiques et enquête purement documentaire. Sur les méfaits des lois sans pitié du vaste marché global, dans des domaines variés : écologie, industrie alimentaire, santé, travail... Pourtant, il y a quelque chose de radicalement neuf dans Paysages manufacturés. Un angle d’approche qui semble décalé, presque distant avec son sujet, un regard qui ne donne pas de leçon, ni ne porte de jugement simpliste, ni n’impose de vision réductrice. Le film suit le travail du photographe Edward Burtynsky, mondialement acclamé pour ses photos à grande échelle de « paysages manufacturés » : carrières, usines, zones de recyclage, mines, chantiers navals, barrages... Edward Burtynsky crée un art d’une beauté rare à partir des matériaux et des déchets issus de la civilisation. La caméra le suit essentiellement en Chine où il photographie les preuves et les effets de la révolution industrielle massive de cet immense pays qui ne sait plus où mettre ses déchets, ses ouvriers, ses habitants...

La première scène est un plan-séquence incroyable qui suit une chaîne de montage comme on imagine qu’il en existe des milliers dans ce pays plus grand que nature. Le plan n’en finit pas de décliner à l’infini les gestes répétés et automatiques des ouvrières et ouvriers s’agitant sous la rumeur grondantes des machines, fabriquant les produits qui iront inonder les marchés du monde entier : fers à repasser, ventilateurs, interrupteurs électriques. Séquence à la fois étourdissante par l’immensité de cette chaîne mi-homme, mi-machine et effrayante, vision déshumanisée d’une ruche à fabriquer du consommable, du jetable.
Ces mêmes ventilateurs, ordinateurs, écrans de télévision, partiront dans des cargos, seront vendus, utilisés, puis finalement jetés pour revenir en petits morceaux dans des déchetteries de Chine, ironie du sort... Les déchetteries occuperont peu à peu les terrains vagues, envahiront les espaces vacants, les friches encore vierges, près des villages... Là, des gamins, des vieux, des moins vieux passeront des journées entières, l’échine courbée, à scruter le moindre composant récupérable, susceptible d’être refondu, recyclé, revendu... Bien sûr, les poisons des composants glisseront en douce dans les nappes phréatiques...
Puis, toujours avec ce regard à la fois pudique et lourd de sens, le photographe nous emmènera dans une vallée que l’on a pu découvrir dans le très beau Still Life où la construction sans fin du barrage des Trois Gorges mobilise des milliers d’hommes et de femmes, habitants de villes dévolues à l’engloutissement qui détruisent désormais leur maison pour récupérer les briques avec lesquelles seront reconstruites leurs habitations, sur les hauteurs. Edward Burtynsky s’attache également à la grandeur et à la modernité de la Chine à travers l’effervescence de centres urbains comme Shanghai, où d’innombrables gratte-ciel remplacent à un rythme rapide d’élégantes constructions plus anciennes, qui ont autrefois accueilli le flot incessant de nouveaux citadins emplis d’espoir. On y croise quelques nouveaux riches ayant fait fortune dans l’art ou l’immobilier, et des anciens qui ne veulent pas partir de leur petite bicoque coincée entre deux buildings...

Ce documentaire est à la fois la transmission de l’œuvre de Burtynsky, artiste engagé, et une réflexion sur l’industrialisation, la mutation des paysages et la condition humaine. Sans jamais aborder de manière frontale les sujets qu’il embrasse par le biais de la photographie, le spectateur y puise matière à une réflexion plurielle : écologique, économique, philosophique, politique,humaniste...
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
commentaires (0)    recommander
Mercredi 19 décembre 2007

De Noémie LVOVSKY - France 2007 1h40 avec Jean-Pierre Marielle, Valeria Bruni-Tedeschi, Sabine Azema, Bulle Ogier, Bakary Sangaré, Arié Elmaleh... Scénario de Noémie Lvovsky et Florence Seyvos.

 

 


On n’a pas toujours l’âge de ses artères, ni celui de ses cheveux blancs ou de feu ses cheveux blancs, et à le voir ainsi, le grand et majestueux Salomon Belinski, on pourrait aisément, sans l’ombre d’un doute, croire en la vie éternelle. Non pas celle que l’on nous promet une fois que la belle mécanique a fini de faire tic-tac, dans un au-delà mystérieux tout autant qu’abscons, non, la vie éternelle ici-bas, sur cette terre, avec les grands vins de Bourgogne et la piscine du dimanche, le jambon-beurre sur le coin d’un zinc et la rosée du matin.
Du haut de ses quatre-vingt piges, Salomon a l’air de tout sauf d’un vieillard et il est bien décidé à continuer sur sa lancée, avec optimisme et légèreté, sans se soucier de la carte vermeil, préférant aux clubs du quatrième âge des cours de claquette. Car son héros à lui, c’est Fred Astaire !

Mais Sartre l’avait bien dit : « l’enfer c’est les autres » ; et force est de constater que tout conspire autour de lui pour lui rappeler son soi-disant grand âge. Sa fille Sarah, tout d’abord, qui se crispe dès qu’il a oublié de remonter sa braguette, le croyant devenu gaga, qui le bichonne comme un bambin, de peur qu’il se pète le col du fémur dès qu’il se lève de sa chaise. Son assureur ensuite, qui lui certifie avec ses sincères regrets que son cas ne rentre ni dans les lignes, ni dans les clauses et encore moins dans les alinéas particuliers et qu’il est au regret de ne pouvoir prendre en charge son dossier, rapport au fait que, forcément, un de ces quatre matins, il va casser sa pipe, c’est mathématique.
Et puis il y a son médecin particulier, voisin du dessus, qui lui préconise une abstinence totale, parce qu’à son âge, mieux vaut rengainer sagement son désir que de risquer une fin fatale (mais agréable), genre Félix Faure. Bref, il y a les autres, qui imaginent sous le crâne de Salomon souvenirs poussiéreux, nostalgie et regrets éternels là où il n’y a que pétillement, joie de l’instant et gourmandise de la vie.
La seule peut-être qui en lui ne voit rien de tout cela, mais plutôt un gentleman délicieux lui causant anglais pour rigoler, c’est son ex-femme, la mère de sa fille unique. Il faut dire qu’elle plane à douze mille, avec sa robe de chambre et ses après-ski, perdue dans un petit monde très personnel en compagnie de Shiva et totalement déconnectée des contingences matérielle, ces trucs qui nous pourrissent la vie : l’argent, les meubles, les politesses et les codes sociaux.
Mais Salomon n’est pas non plus totalement dupe : il sait bien que l’horloge dit oui, dit non, et que contrairement à ce que sa fille pense (mais la pauvre, on l’excuse bien aisément, elle n’a jamais vraiment résolu son œdipe), il n’est pas éternel. Ce qu’il lui faut maintenant, dans son dernier automne, c’est une compagne à ses côtés qui ressemblerait à un printemps. Il décide donc de passer une petite annonce, en grugeant, mais alors, très, très légèrement…

Faut que ça danse ! c’est la vie, la mort, le temps qui passe et que l’on ne voit pas passer, les souvenirs que l’on a viré un coup de pied au derche par la porte de sa vie et qui reviennent par la fenêtre… C’est ce que l’on voudrait être et tout ce que l’on ne souhaite pas devenir, ce que l’on transmet sans le savoir… Avec une légèreté tonique et un humour profond qui cache bien son jeu, voilà une délicieuse tranche de vie portée par un Jean-Pierre Marielle majestueux. À bien chercher, il ne sont pas nombreux, les films qui abordent avec autant de drôlerie et de tendresse le sujet de la vieillesse et de la mort, sans pathos, mièvrerie, cynisme ou condescendance.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
commentaires (0)    recommander
Mardi 18 décembre 2007

Nous sommes en mars 1871, tandis qu'un journaliste de la Télévision Versaillaise diffuse une information lénifiante, tronquée, se crée une Télévision Communale, émanation du peuple de Paris insurgé... Dans un espace théâtralisé, plus de 200 participants (intermittents du spectacle, chômeurs, sans-papiers, provinciaux, montreuillois, simples citoyens, ...) interprètent, devant une caméra fluide travaillant en plans séquences, les personnages de La Commune pour nous raconter leurs propres interrogations sur les réformes sociales et politiques (...)
Créée à Montreuil en 1999, La Commune est donc une création hors norme. Avec un budget très faible mais grâce à l'étonnante énergie relationnelle de près de 300 comédiens et techniciens convaincus par la pertinence du sujet et l'évidence du propos, Peter Watkins, après 16 mois de préparation intense, a pu reconstituer et restituer en 13 jours l'exceptionnelle et effroyable expérience de La Commune. En se situant au plus près des gens du peuple dans le Paris de 1871, La Commune de Peter Watkins nous réveille et nous rappelle que l'histoire est un matériau vivant en devenir, et qu'à tout moment nous pouvons en devenir les acteurs lucides, conscients et responsables.

Par sa manière d'adopter les codes de la télévision et de la communication tout en en montrant leur perversité, Peter Watkins réalise un film qui brille par son intelligence et son sens politique. Exhibant la mise en scène, des décors jusqu'aux comédiens qui interviennent en leur propre nom, le réalisateur malmène ce qu'il appelle la monoforme – technique de réalisation usitée dans les J.T. – et en démontre sa perverse efficacité. L'entreprise est ambiguë puisqu'elle tend à faire du spectaculaire pour l’attaquer dans un même temps. Pourtant tout vient rappeler au spectateur qu'il s'agit bien là d'une mise en scène, car le but n'est pas d'imposer l'adhésion, mais de la suggérer, de demander au spectateur de fournir l'effort nécessaire pour y parvenir. L’incroyable implication et la complicité entre comédiens fait le reste. Certaines phrases surgissent sur l'écran et font fonction de didascalies historiques, politiques, tout en permettant à l'occasion d'effectuer des rapprochements entre cette situation de jadis et le contexte actuel. On prend le temps : celui de laisser parler, d'écouter comme de surprendre les acteurs d'alors et ceux d'aujourd'hui dans leurs travers et leur complaisance vis-à-vis du pouvoir ou du populisme médiatique. 
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
commentaires (0)    recommander
Jeudi 13 décembre 2007
Hayo Freitag - film d'animation Allemagne 2007 1h19  VF - D’après le conte de Tomi Ungerer.
Pour les enfants à partir de 3 ans.
 

 


La petite Tiffany traverse une sombre forêt à bord d’une diligence qui la conduit vers son nouveau foyer, un orphelinat dirigé par une tyrannique directrice. C’est alors que l’attelage se fait attaquer par les « maitres de la forêt » : trois brigands à l’air patibulaire, portant de vastes manteaux et de grands chapeaux noirs. Mais l’audacieuse Tiffany est enchantée de cette rencontre : elle sent tenir là sa chance pour échapper à l’orphelinat. À l’aide de quelques stratagèmes et de quelques mensonges (!), elle parvient à se faire enlever par les trois brigands. La petite fille va totalement chambouler leur vie. Tiffany, parviendra-t-elle à convaincre nos 3 compères de recueillir tous les malheureux orphelins du royaume ? Réussira-t-elle à transformer nos trois redoutables voleurs de grand chemin en trois gentils papas ?
Jamais auparavant un livre de Tomi Ungerer, dessinateur auteur et illustrateur célébré dans le monde entier, n’avait été adapté sous forme de long métrage pour le cinéma. Pourtant, les demandes à ce sujet n’ont pas cessé d’affluer, en particulier pour Les Trois Brigands, album paru pour la première fois en 1961.

par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
commentaires (0)    recommander
Jeudi 13 décembre 2007
Serge BOZON - France 2007 1h45, avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Verdier, François Negret, Jean-Christophe Bouvet, Guillaume Depardieu... Scénario d’Axelle Ropert. Prix Jean Vigo 2007. Musique de Mehdi Zannad (Fugu) et Benjamin Esdraffo.




Il faut préciser d’entrée de jeu que dans La France, on chante beaucoup, mais assez peu des airs cocardiers. Bozon préfère les fragiles ballades aux grands hymnes patriotes de nouveau dans le vent. Une forme sur mesure concernant un film lui-même baladin, en constant déplacement, pris en flagrant délit de déroute. La France de La France est un espace fantôme, qui vient de loin : 1917. Pauvre France enlisée, en dehors des travées de boue, on n’y croise guère âme qui vive. Des fois, aux détours d’un sous-bois, une patrouille. Un peu perdue, forcément perdue. Laquelle, à son tour, fait la rencontre d’un gosse, gavroche des champs, poil-de-carotte : un Tintin, un Petit Chose asexué. Et pour cause, le Petit Chose est aussi une grande fille, Camille, suffisamment héroïque pour décider de se transformer en un être indéfini (Sylvie Testud, cette Adèle Blanc-Sec gender), en quête d’un mari soldat porté disparu au front. Une Belle des champs devient un homme parmi les hommes, un poilu par amour pour son époux…

Retrouver quelqu’un dans la boue, autant chercher une paille dans une meule de foin. Quel film faire avec ça ? Un western désarmé, peut-être. Bozon s’improvise champêtre, avec l’aide de sa scénariste Axelle Ropert. Sa sœur, Céline Bozon, postée à l’image, décide des températures : saison froide, saison morte, bleu des capotes, blancs des terres, vert sale des clairières fatiguées : des tons dégradés. Chaque séquence les enfonce un peu plus vers le cœur du problème, vers la part opaque de cette histoire : elle a passé tant d’heures dans les sous-bois, Camille. Elle a passé le pont, et ce sont des fantômes déserteurs qui sont venus à sa rencontre. Ils ont déserté la guerre ? C’est possible. Mais ces antisoldats (tous d’une pâleur spectrale, frêles, à peine fatigués) en échappée belle sont les déjà-morts de l’histoire, en stand-by entre deux mondes.

À quoi ces fantassins et leur lieutenant (impeccable Pascal Greggory, de force intranquille) occupent leur marche vers le destin ? À chanter des chansons pop. Instruments d’époques (du bois, du vent) mais mélodies Kinks, messieurs les Anglais, chantez les premiers. Ceux qui hurleront au n’importe quoi anachronique feraient mieux de se demander si les ballades que l’on nous chantait dans les westerns de Ford, de Hawks, de Walsh, tenaient plus du rock fifties naissant, ou d’un folk historique, que du chant fin xixe. Une fois cette question résolue, plus rien n’oblige Bozon à s’en tenir à la Madelon et autres Sambre et Meuse de rigueur molle. Libéré, des corps comme du temps, La France peut enfin jouer aux guerriers sans guerre, aux Indiens de France et de Navarre, cœur d’une tragédie nationale, ou aux conteurs modestes d’un cœur de fille en tragédie : la France est introuvable et désincarnée, et ça nous sauve. La France est le moins français des films d’ici, et ça l’honore. Il flotte, sans appartenance aucune, dans le fond du temps. Assez peu un film d’histoire, encore moins un film de géographie ou alors mentale, dérangée et bleue.
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
commentaires (0)    recommander

Calendrier

Décembre 2007
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            
<< < > >>

Présentation

Recherche

création de blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus