(BATTLE IN SEATTLE) Écrit et réalisé par Stuart TOWNSEND - Canada -2008 - 1h38 - avec André Benjamin, Woody Harrelson, Martin Henderson, Ray Liotta, Michelle Rodriguez, Channing Tatum,
Charlize Theron, Connie Nielsen...
En 1999 à Seattle, lors de la réunion de la toute-puissante Organisation Mondiale du Commerce, de gigantesques manifestations se sont opposées à la tenue de cette conférence. Jamais l'opposition
n'avait été aussi forte, aussi frontale et aussi violente... Les manifestants venaient de tous les bords : activistes environnementaux, médecins, anarchistes, avocats, « terroristes » économiques
et citoyens lambda investirent le centre de Seattle, pourtant hyper protégé, et chassèrent l'OMC hors de la ville... Bataille à Seattle nous plonge au cœur de cet événement à travers le point de
vue et les destins croisés de plusieurs personnages, manifestants, policiers, services de secours... C'est tout le mérite de ce film de fiction que de restituer le déroulement et les enjeux de
ces cinq jours qui ébranlèrent le monde et marquèrent spectaculairement la naissance d'un alter-mondialisme planétaire...
Le premier film de Stuart Townsend (connu jusqu'ici comme acteur) rappelle par sa construction le
Bloody Sunday de Paul Greengrass. Comme lui, il s'inspire d'un fait politique majeur et
y introduit une dimension intime pour créer une fiction engagée et romanesque. Mélangeant de nombreuses images d'archives avec les séquences fictionnelles, le réalisateur réussit à retranscrire
toute la tension qui devait gagner les deux parties en place. D'un côté une municipalité qui s'apprête à recevoir un événement de dimension internationale avec le retentissement publicitaire qui
en découle. De l'autre, un groupe de manifestants d'origines diverses, qui ont pour objectif le blocage de la conférence. La manifestation initiale, voulue sans violence par les antis OMC, comme
par le maire de Seattle, qui ne veut surtout pas offrir une image déplorable de sa ville, va pourtant échapper à tout contrôle...
Opposant les actualités d'hier avec le film d'aujourd'hui, nous nous surprenons à avoir un autre souvenir des faits. Vu d'ici, on se souvient de notre José Bové national, les yeux rougis et la
moustache fumante, bloqué par des cordons de robocops adeptes de la lacrymogène... Les médias avaient eu à l'époque un point de vue orienté, insistant sur l'effet de foule et sur la violence des
manifestations ; il n'était pas question en 1999 de poser les questions sur les sommets de l'OMC, ni de rendre compte des motivations de ces milliers d'hommes et de femmes qui investirent les
points névralgiques de toute une cité, inventant de fait une nouvelle forme de combat.
Évitant un manichéisme tentant, le scénario cherche aussi à questionner le bien fondé de ce type d'action. Ainsi, en bloquant les accès aux conférences, les manifestants empêchent aussi le toubib
de Médecins Sans Frontières, venu crier son désarroi quant à l'état de l'accès aux soins, notamment celui contre le SIDA en Afrique, de délivrer un message audible et de dénoncer la culture du
profit plutôt que le mieux vivre de populations depuis trop longtemps sacrifiées. Et ce, pour le plus grand soulagement des firmes pharmaceutiques. De plus, les médias préfèrent de loin les
images d'affrontements à celles issues des conférences humanitaires, l'opinion publique internationale ne retennant de fait et comme très souvent que le spectaculaire au détriment du réel et de
l'information. En multipliant ainsi les points de vues, Townsend rend bien compte de la difficulté à lutter contre la propagande et de la nécessité de s'organiser et de se fédérer pour se faire
entendre. Il livre un film tendu qui nous rappelle au passage que depuis, les grandes conférences de ce type se tiennent à huis clos et continuent tranquillement de conditionner l'existence de
millions d'individus à l'aune des profits de quelques uns...
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