Vendredi 29 septembre 2006
DANS PARIS de Christophe Honoré
C'est à peu près tout le contraire du troisième film de Christophe Honoré, "Dans Paris", écrit, tourné, monté à toute vitesse en quelques mois, dont l'épaisseur historique et sociologique est quasi nulle, suivant les tourments sentimentaux de deux frères dont aucun ne traverse un seul moment d'un quelconque engagement pour une thèse ou un combat. Et pourtant, évidemment, si "Indigènes" est une déception, "Dans Paris" est une révélation, la révélation cannoise de l'année, sans doute l'un des tous meilleurs films de ce festival qui plafonne un peu et a du mal à s'élever au dessus d'une bonne moyenne. Honoré, ses acteurs - Romain Duris, Louis Garrel -, et ses histoires - lui le romancier et dramaturge -, s'inscrivent sans conteste dans une tradition Nouvelle vague d'un cinéma à la fois sentimental, simple, littéraire, musical, lumineux, où tout se dit dans la conversation de deux amants ou suivant la balade à travers la ville d'un jeune homme triste. Là non plus, pourra-t-on dire, on ne trouvera aucune surprise: Eustache, Demy, Truffaut, Godard l'ont déjà fait et archi-fait, de "La Maman et la putain" à "Bande à part", de "Baisers volés" à "Une chambre en ville". Et pourtant, malgré, ou par, ce patronnage alexandro-doinélien, ce "Dans Paris" invente, charme, plaît, et va jusqu'à envoûter parfois. Par la précision de l'écriture, la liberté des plans, l'impression virevoltante du jeu des deux frères qui en occupent constamment le centre d'attention. S'il fallait élire un film qui incarne enfin un jeune cinéma français dont on pourrait être fier et hautement défenseur, ce serait celui là…

par MAX HEADROOM
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