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Mardi 5 août 2008

 
« Ce que je prône depuis toujours : l'ouverture vers l'autre »

Elevé dans la foi chrétienne, Youssef Chahine reçoit une éducation en anglais au Victoria College d'Alexandrie. Attiré par le cinéma et l'interprétation, il préfère s'exiler à Pasadena, en Californie. De retour en Egypte, Alvise Orfanelli, pionnier du cinéma en Egypte, lui propose de réaliser en 1950 son premier film 'Papa Amine'. Dès lors, il multiplie les oeuvres cinématographiques, s'efforçant de lutter contre la censure qui se montre de plus en plus oppressante. Alliant la dénonciation à l'analyse, ce cinéaste engagé révèle au public ses avis éclairés que ce soit dans 'L' Emigré' ou 'Le Destin', dans lequel il accuse le fanatisme religieux. Il réalise également quelques productions autobiographiques : 'Alexandrie pourquoi ?', 'La Mémoire' et 'Alexandrie, encore et toujours'. Suite aux événements tragiques du 11 septembre 2001 à New York, Youssef Chahine et dix autres réalisateurs de cultures différentes se sont réunis pour donner naissance à un témoignage collectif le '11'09'01 September 11', primé meilleur film de l'Union européenne. Il revient ensuite à ses premières amours en signant 'Alexandrie... New York', puisant de nouveau dans son parcours personnel. Il participe ensuite au film collectif 'Chacun son cinéma' réalisé pour le 60e anniversaire du Festival de Cannes, avant de livrer 'Le Chaos', un drame largement salué par la critique. En juin 2008, une attaque cérébrale le plonge dans le coma. Il décède quelques semaines plus tard, à l'âge de 82 ans.

                                                    Conjonction d'insubordination

Il avait connu l'Alexandrie cosmopolite. Celle qui tolérait en son sein le juif, le chrétien et le musulman. Celle qui savait se réjouir et croiser les bannières sans les heurter. Sa vie durant, il n'a eu de cesse de rêver, de révérer cette belle endormie qui l'a vu naître. Jo, le catholique, l'insoumis, l'insatiable emmerdeur d'un régime passé sous les couleurs de l'affairisme et de l'intégrisme, ne dansera plus librement à la barbe des fanatique 

                                                LE DESTIN: CHAHINE CONTRE L'HORREUR INTEGRISTE..

M.C. Roques.


 


Le Destin est d'abord un film contre le fanatisme d'aujourd'hui. Ce n'est pas un film historique.C'est pourtant un film avec palais, auberges ruelles, costumes médiévaux. En effet,, quatre ans après que son film L'Emigré ait été interdit par la censure islamiste,Youssef Chahine, cinéaste égyptien de 71 ans, né à Alexandrie d'un père d'origine syrienne et d'une mère d'origine grecque, marié à une Française, francophone, a voulu faire un film divertissant sur un sujet grave. Le héros du Destin, In Rush dit Averroès, philosophe arabe né à Cordoue en 1126, mort en exil à Marrakech en 1198, premier médecin de la Cour en 1182, exégète du Coran, commentateur d'Aristote, est un juste, victime du fanatisme religieux. Le lieu, c'est Cordoue, rayonnante alors des travaux de nombreux savants qui traduisent les oeuvres de l'Antiquité, riche de l'activité des Musulmans, des Juifs, des Chrétiens, des Gitans qui vivent joyeusement ensemble sous l'autorité des califes Almohades.

L'affiche du film montre des livres qu'on brûle. Elle indique le fil conducteur de l'histoire.Le film s'ouvre sur un bûcher, en France, où se consument un homme et les livres d'Averroès qu'il a traduits, et se ferme sur un autodafé des livres d 'Averroès, à Cordoue; celui-ci est inutile car des exemplaires ont été sauvés par le fils du calife qui les a déposés en Egypte après une périlleuse chevauchée. « La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol » peut on alors lire sur l'écran. Des livres détruits aux livres sauvés, que de péripéties entre ces deux scènes !

La plus grande partie de l'histoire se déroule à Cordoue autour de trois personnages. D'abord Averroès, un sage, érudit, chaleureux, généreux, bon vivant; puis le calife E1 Mansour, sorte de despote éclairé, orgueilleux, chagriné par ses deux fils, d'une très grande beauté, dont l'un ne pense qu'à la philosophie, l'autre à la danse et à l'arnour d'une gitane; enfin le cheikh Riad chef d'une secte de fanatiques qui veut ligoter la société andalouse par une application rigoriste du Coran. Le film est construit sur 1' affrontement entre les obscurantistes qui veulent s'emparer du pouvoir par tous les moyens, et les stratagèmes des amis d'Averroès pour sauver ses livres et leur conception de la vie fondée sur la connaissance, la tolérance, le partage et l'amour. Chahine est engagé auprès de son héros dans un combat contre tous les intégrismes. L'idée du film est d'ailleurs enracinée dans la réalité de l'Egypte actuelle. L'acteur Hani Salama, interprète du fils cadet du calife a été fanatisé par une secte. « En trois séances il était devenu un zombie. Je me suis plongée dans les études sur le fonctionnement des sectes, sur le lavage de cerveau. Et avec l'aide d'amis, j'ai entrepris de le sortir de cet état. Le scénario du Destin est né de cette expérience. Mon film attaque les puissants qui veulent contrôler la pensée, ce qui est le cas dans mon pays » .

Il faut donc bien expliquer aux élèves le projet du cinéaste pourqu'ils n'imaginent pas que la Cordoue hollywoodienne de Chahine est celle du douzième siècle. Travailler sur le texte du film est possible; il est disponible dans la collection Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma . Il faut d'autre part préparer les élèves aux mélanges des genres qui peut les dérouter ...et les séduire. Le film est à la fois un western( sauvetage du fils du calife ), un film inspiré par Alexandre Dumas ( chevauchée du fils aîné pour sauver les livres ), une comédie musicale, un péplum, une comédie de Shakespeare avec les va et vient entre palais et cabaret. Chahine a réussit son pari, distraire et éduquer. « S'il y a un message dans le Destin, c'est celui-là: il faut se lancer dans la bataille.Averroès incarne ce que je prône depuis toujours: I'ouverture vers l'autre » Youssef Chahine, interview à Télérama, 15 octobre 1997.

HOMMAGE à Youssef CHAHINE très bientôt dans votre salle...


par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Vendredi 1 août 2008

Laurence FERREIRA BARBOSA

 France -2008 -1h53mn  avec Florence Thomassin, François Civil, Karine Barbosa, Marine Barbosa, Emile Berling...

 



Mais c'est quoi ce titre ? Quand j'ai reçu l'invitation presse, j'ai cru à une parodie grolandaise d'un film français d'auteur caricatural (vous savez ce genre de film insupportable où quelques quadragénaires du 6e arrondissement parisien évoquent leur dépression face à la prise de conscience de la vacuité structurelle de leur existence). Et bien non, c'était un vrai film français d'auteur et le titre ne se voulait pas du vingt huitième degré et la réalisatrice, Laurence Ferreira Barbosa, avait une carrière jalonnée de jolis films franchement réussis (notamment son premier, Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel qui valut un César à Valéria Bruni-Tedeschi, oui la sœur de...). Alors bon, par précaution, j'ai mis une boite de Prozac dans la poche (qui remplace avantageusement les Mentos pour tout critique ou programmateur qui voit trop de films mauvais ou déprimants). Et là surprise ! SJM SJVM (abréviation du titre pour éviter de vous l'infliger quatre fois dans le texte) n'est pas un film chiant et nombriliste mais au contraire une comédie douce-amère parfois franchement cocasse, sexuellement incorrecte, sur le passage à l'adolescence et la déliquescence de la famille.

Le point de départ est on ne peut plus banal dans ce monde cruel : Sabine, une mère de famille un peu paumée (génialement incarnée par Florence Thomassin, parfaite en blonde égarée), se retrouve plaquée par un mari tout aussi perdu, et contrainte de déménager en banlieue avec Martial, son fils de 16 ans, un garçon plutôt intelligent et lucide obligé de compenser le désarroi de sa mère. Dans la première partie du film, Laurence Ferreira Barbosa analyse avec une infinie justesse et une grande tendresse les tentatives plus ou moins maladroites du fils et de la mère pour s'intégrer à leur nouvelle, une intégration difficile autant dans leur immeuble où chacun se croise sans vouloir se connaître, qu'au lycée où Martial n'échappe pas au bizutage. Une des meilleures scènes est celle où, à la demande de sa mère qui culpabilise constamment de ne pas pouvoir lui proposer une vie idéale, Martial paye le chouchou de la classe pour qu'il accepte de venir prendre le goûter. S'en suit un grand moment d'incompréhension entre Martial, la mère et le faux ami...
La situation bascule quand Martial va se rapprocher de deux étranges jumelles, sublimes anges ou démons, tout comme lui mises à l'écart du reste de la classe, et dont il va découvrir les loisirs interdits : visiter clandestinement, en leur absence, les appartements de leurs camarades dont elles ont subtilisé les clés. Et à travers les amusements borderline des deux jeunes filles toujours à la frontière de la délinquance, c'est pour Martial l'apprentissage de la transgression, indispensable pour passer à l'âge adulte, et de la sexualité (tant qu'à faire avec les deux jumelles décidément inséparables, de là le côté ludiquement incorrect du film qui voit cette petite partie triangulaire comme un jeu adolescent nécessaire) et bien évidemment le détachement progressif et assumé du giron maternel.

Le côté totalement sympathique du film est de ne pas poser un regard moralisateur, dramatisant ou socialisant sur tous ces événements : bien au contraire Laurence Ferreira Barbosa aurait plutôt tendance à montrer combien les petites dérives des adolescents sont beaucoup plus saines que les névroses des adultes. Et quand, après une grosse bêtise partiellement justifiable dont je ne déflorerai pas la nature, la mère de Martial demande à son fils s'il saura lui expliquer pourquoi il a fait ça, on comprend que l'un est passé dans l'âge adulte et l'autre est passée de la possessivité au respect mutuel.
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 24 juillet 2008
Après Smoke et son pendant Brooklyn Boogie (1995) adaptés de Paul Auster, Wayne Wang récidive sur le terrain du diptyque avec ce sublime doublé qu'est  Un millier d'années de bonnes prières et La Princesse Du Nebraska. Deux films esthétiquement très différents, qui s'influencent l'un l'autre sur le thème de l'immigration.


Wayne WANG - USA/Chine -2008- Un millier d'années de bonnes prières (1h25), avec Henry O, Faye Yu, Vida Ghahremani, Pasha Lynchnikoff... La Princesse du Nebraska (1h20), avec Ling Li, Pamelyn Chee, Brian Danforth, Patrice Lukulu Binaisa...... 

 

Avec un vocabulaire du XIXe siècle, on veut nous vendre des conquistadors modernes, des frontières à repousser, des pros qui foncent vers des horizons nouveaux. Or nous vivons à lâge des paumés. Pour la plupart des Terriens, le XXIe siècle ressemble à une vaste patinoire. Un espace lisse et uniforme où on l'on avance au hasard des chocs, comme un palet de hockey. Avec Un millier d'années de bonnes prières et La Princesse du Nebraska, Wayne Wang propose un étonnant diptyque, portrait d'êtres perdus qui glissent à la surface du monde. Faux jumeaux, ces films peuvent se voir dans n'importe quel ordre, et on peut même n'en voir qu'un des deux (mais ce serait dommage). Adaptés des nouvelles de Yiyun Li, ils mettent en scène des personnages différents, dans des villes différentes. Ils commencent cependant tous deux dans un lieu de transit, un hall d'aéroport...

Dans Un millier d'années de bonnes prières, Yilan retrouve son père, Monsieur Shi, qui arrive de Pékin. Voilà longtemps qu'ils ne se sont pas vus. Elle a quitté la Chine, divorcé et trouvé un emploi dans une petite ville du Nord des États Unis. Le vieil homme s'installe donc chez sa fille pour quelques semaines, dans le bonheur climatisé d'un complexe immobilier ripoliné. Une à une, Wayne Wang pose des briques de verre entre ses personnages. M. Shi doit se faire à l'idée que que sa fille n'a plus besoin de lui. Et puis, soudainement, douloureusement, le mur se fendille. Les mots sortent comme en craquant, le passé aussi...
La Princesse du Nebraska s'ouvre à l'aéroport de San Francisco. Sasha, une jeune Pékinoise étudiant aux États Unis, vient d'atterrir. Elle est enceinte de quatre mois et n'a plus de nouvelles du père de l'enfant, Yang, un artiste de l'Opéra de Pékin. Elle retrouve Boshen, homme d'affaires américain, de retour au pays après quelques années en Chine, où il fut l'amant de Yang. Il tente de la convaincre de garder l'enfant. Commence une longue dérive où Sasha se cherche elle-même et croise une prostituée, des voyous, un avocat embarqué dans une sale affaire...
Les deux films traitent, chacun à sa façon, de l'exil et du temps. Que faire de son passé quand on s'éloigne géographiquement de ses origines ? C'est au fond la question que posent ces personnages. Le plus touchant, M. Shi, est un ancien maoïste qui recycle son histoire comme il peut, mais ne l'efface pas. Il appartient à cette classe de lettrés qui cultive ses racines. Sa fille, Yilan, fait au contraire partie d'une génération pour laquelle le passé chinois est devenu encombrant. Elle a tourné le dos à son pays pour vivre, anonyme, dans le monde libre mais glacé d'une banlieue américaine...


Historiquement, le pivot entre les deux œuvres est certainement l'année 1989 et le massacre de Tiananmen. Yilan a l'âge de cette jeunesse exilée par la force des choses, dont les rêves de changement ont été écrasés sous les tanks. Sasha, l'héroïne de La Princesse du Nebraska, appartient à la génération suivante. Née au tout début des années 90, de Tiananmen elle dira, agacée, que « sa grand-mère lui en a parlé ». Dans cette scène de dîner fulgurante, elle fustige ces Occidentaux qui expliquent sans cesse la Chine aux Chinois. L'Amérique, son pays d'accueil, ne fait que lui rappeler qu'elle est chinoise, en lui imposant un passé qu'elle n'a pas vécu et qui n'a rien à voir avec elle... Mais elle porte physiquement la Chine en elle, avec l'enfant qui est dans son ventre... Yilan et Sasha n'ont pas trouvé le bonheur dans l'exil : on ne se libère pas en inventant sa propre solitude...

(Adrien Gombeaud, Positif)


par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 17 juillet 2008

Réalisé par Anna NOVION - France / Suède -2007- 1h24 - avec Jean-Pierre Darroussin, Judith Henry, Anaïs Demoustier, Lia Boysen... Scénario d'Anna Novion, Béatrice Colombier et Mathieu Robin.


FILM EN COMPETITION DANS VOTRE SALLE

AVANT PREMIERE SORTIE NATIONALE NOVEMBRE 2008 

FESTIVAL CINESSONNE 10-25 octobre 2008


Des décors somptueux, un apprenti-archéologue à la recherche d'un trésor ancien, une histoire d'amour... ce n'est pas la dernière superproduction de Spielberg, mais le premier film d'Anna Novion, sensible, délicat, rempli d'humour, de fjords, et de couleurs pastels. Jean-Pierre Darroussin nous dit de cette première épure : « C'est un film qui déborde d'amour dans chaque plan, dans chaque paysage, dans chaque scène. Un film fait avec des kilos d'amour. C'est un film qui me fait plaisir, qui dénote dans le paysage français. Il me fait penser à l'élégance de certains films britanniques. Je suis très fier d'être dans ce film. » Et nous, on est très fiers de vous le présenter...

Chaque été pour l'anniversaire de sa fille Jeanne, Albert Neubot (Jean-Pierre Darroussin) l'emmène visiter un nouveau pays d'Europe. Pour ses dix-sept ans, il choisit une petite île suédoise, convaincu d'y trouver le trésor perdu d'un Viking légendaire. Car Albert n'est pas le premier touriste-bibliothécaire venu, le choix de cette île est le fruit de recherches minutieuses, et c'est fièrement armé d'un détecteur de métaux dernier cri qu'il compte découvrir avec sa fille ce fabuleux trésor que des générations de touristes-bibliothécaires ont cherché en vain. Pour leur bivouac, nos deux aventuriers ont pris soin de louer une charmante petite demeure aux couleurs vives et aux parterres fleuris, mais les vacances de M. Neubot, soigneusement organisées, vont alors prendre un tout autre tournant...

La maison louée pour leur séjour est déjà occupée par deux femmes : Annika, la propriétaire des lieux, et Christine (Judith Henry), une amie française qui n'est pas sans trouver un certain charme poussiéreux à ce vieux rat de bibliothèque. Ce n'est pas pour déplaire à Jeanne, car même si elle aime beaucoup son papa, elle aurait préféré passer ses vacances avec des garçons de son âge. Tous quatre vont devoir vivre ensemble pendant quelques temps, ce qui va bousculer leurs certitudes et leurs illusions, et l'on verra que ces « grandes personnes » ont des sentiments bien juvéniles.

Les espaces, le vent, les couleurs occupent une place prépondérante. Ils collent aux émotions de personnages qui touchent juste, tant par l'interprétation des comédiens que par une écriture soignée du scénario et des dialogues : Darroussin incarne avec finesse ce père un peu coincé, incapable d'exprimer ses sentiments, sincère mais souvent à côté de la plaque, tandis que la jeune Anaïs Desmoutier campe une adolescente obéissante, pleine d'interrogations, déroulant un jeu subtil fait de regards et de silence. Anna Novion impose un rythme alangui. Souvent sa caméra s'attarde sur un dos, une émotion discrète. Elle filme par touche des scènes simples, préférant montrer que démontrer. Filmés avec pudeur et tendresse, les acteurs peuvent ainsi révéler toute la fragilité de leurs personnages. Délicate, la réalisation l'est toujours, nous transportant dans un univers intimiste, rassurant, à la musique aérienne. La nature scandinave est dévoilée dans toute sa splendeur par de grands plans, larges et lumineux. Ici, ce ne sont pas les personnages qui font l'histoire mais l'histoire qui les façonne : Albert trouvera un trésor... quel qu'il soit.


par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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Jeudi 17 juillet 2008

DIASTÈME - France -2008- 1h47 - avec Bruno Todeschini, Linh-Dan Pham, Emma De Caunes, Frédéric Andrau, Léa Drucker, Jeanne Rosa, Judith El Zein, Olivier Py, Olivier Marchal... Scénario de Diastème et Christophe Honoré. Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui.



« Le Bruit des gens autour n'est évidemment pas un film documentaire sur Avignon, même si j'ai souhaité que tout ce qui a trait au festival soit juste. Mais ce sont avant tout les sentiments, les émotions qui m'importent : l'amour et le désamour, le deuil, la solitude, le désir d'abandon, de lâcher prise, et puis la vie autour pour emballer tout ça, les rires et les larmes, les cris et les silences, la nudité et les costumes, ceux qu'on enfile pour se cacher, et faire croire que nous sommes quelqu'un d'autre. Je ne montre pas des artistes qui montent une pièce de Feydeau ou du French-cancan. Je montre des gens qui ont choisi d'exprimer ce qu'ils vivent par le biais de leur art. Ce qui rend peut-être le fond du film un peu noir, oui, même si j'ai la prétention de croire qu'il peut être drôle. D'autre part, je n'envisageais de clore l'histoire, de résoudre les problèmes. En tant que spectateur de cinéma, je n'aime pas qu'on me donne toutes les clés, toutes les réponses. J'ai presque envie de dire que ça ne me regarde pas... » DIASTÈME

Ce n'est pas toujours le cas, mais Diastème dit excellemment tout ce qui fait la chair de son film. Un cadre, un contexte parfaitement dessinés, dans lesquels les personnages peuvent se construire, s'épanouir dans toute leur richesse, toute leurs complexité, toutes leurs passions, tous leurs doutes. Agir local pour penser global comme dirait l'autre : partir d'un petit monde - celui du Festival d'Avignon, restitué avec une justesse gourmande dans ses moindres détails : le in et le off, le bruit et la fureur, le désir et la douleur, l'enthousiasme et la trouille, les grands frissons et les petites corvées - pour aborder des sentiments partagés ou partageables par le monde entier.
Nous allons donc suivre une petite dizaine de plus ou moins intermittents du spectacle vivant, tous en phase active de création et pour la plupart en déphasage affectif intense... Un couple de comédiens en pleine période de rupture qui jouent sur scène - les habitués reconnaîtront celle du Chêne Noir - deux amoureux en pétard ; l'auteur de la pièce en question, dévasté par la mort de sa femme qui ne date pourtant pas d'hier débarquant au festival sans en avoir vraiment envie ; deux filles en robe rose qui jouent et chantent de vieilles chansons françaises, l'une est enceinte et pense à l'avenir, l'autre ne se remet pas d'un amour brisé et pense au suicide ; une danseuse - du in ! - perfectionniste et donc tyrannique avec son régisseur qui ne s'en laisse pas compter ; un technicien-homme à tout faire du off qui va révéler, en plus de son sens du système D, une sensibilité irrésistible ; et, fil rouge entre tous ceux là qui sont sur scène ou juste à côté, une spectatrice un peu farfelue, qui va mettre les pieds dans le plat et son nez dans les coulisses et les recoins...

Ça va, ça vient, ça rebondit, ça bifurque, ça rigole, ça s'engueule, ça se réconcilie, tout est grave mais rien n'est sérieux, et surtout tout ça nourrit le spectacle, ce qui, au moins pour la durée d'un festival, est le plus important...
par MAX HEADROOM publié dans : cinetampes
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