« Ce que je prône depuis toujours : l'ouverture vers l'autre »
Elevé dans la foi chrétienne, Youssef Chahine reçoit une éducation en anglais au Victoria College d'Alexandrie. Attiré par le cinéma et l'interprétation, il préfère s'exiler
à Pasadena, en Californie. De retour en Egypte,
Alvise Orfanelli, pionnier du cinéma en Egypte, lui propose de réaliser en 1950 son premier
film 'Papa Amine'. Dès lors, il multiplie les oeuvres cinématographiques,
s'efforçant de lutter contre la censure qui se montre de plus en plus oppressante. Alliant la dénonciation à l'analyse, ce
cinéaste engagé révèle au public ses avis éclairés que ce soit dans 'L' Emigré' ou 'Le Destin',
dans lequel il accuse le fanatisme religieux. Il réalise également quelques productions autobiographiques : 'Alexandrie pourquoi ?', 'La
Mémoire' et 'Alexandrie, encore et toujours'. Suite aux événements tragiques du 11 septembre 2001 à New York, Youssef Chahine et dix autres réalisateurs de cultures différentes se sont réunis pour donner naissance à un témoignage collectif le '11'09'01 September 11', primé
meilleur film de l'Union européenne. Il revient ensuite à ses premières amours en
signant 'Alexandrie... New York', puisant de nouveau dans son parcours personnel. Il
participe ensuite au film collectif 'Chacun son cinéma' réalisé
pour le 60e anniversaire du Festival de Cannes, avant de livrer 'Le Chaos', un drame largement salué par la critique. En juin 2008, une attaque cérébrale le plonge dans le coma. Il décède quelques semaines plus tard, à
l'âge de 82 ans.
Conjonction d'insubordination
Il avait connu l'Alexandrie cosmopolite. Celle qui tolérait en son sein le juif, le chrétien et le musulman. Celle qui savait se réjouir et croiser les bannières sans les heurter. Sa vie durant, il n'a eu de cesse de rêver, de révérer cette belle endormie qui l'a vu naître. Jo, le catholique, l'insoumis, l'insatiable emmerdeur d'un régime passé sous les couleurs de l'affairisme et de l'intégrisme, ne dansera plus librement à la barbe des fanatique
M.C. Roques.
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Le Destin est d'abord un film contre le fanatisme d'aujourd'hui. Ce n'est pas un film historique.C'est pourtant un film avec palais, auberges ruelles, costumes médiévaux. En effet,,
quatre ans après que son film L'Emigré ait été interdit par la censure islamiste,Youssef Chahine, cinéaste égyptien de 71 ans, né à Alexandrie d'un père d'origine syrienne et d'une mère
d'origine grecque, marié à une Française, francophone, a voulu faire un film divertissant sur un sujet grave. Le héros du Destin, In Rush dit Averroès, philosophe arabe né à Cordoue en
1126, mort en exil à Marrakech en 1198, premier médecin de la Cour en 1182, exégète du Coran, commentateur d'Aristote, est un juste, victime du fanatisme religieux. Le lieu, c'est
Cordoue, rayonnante alors des travaux de nombreux savants qui traduisent les oeuvres de l'Antiquité, riche de l'activité des Musulmans, des Juifs, des Chrétiens, des Gitans qui vivent
joyeusement ensemble sous l'autorité des califes Almohades.
L'affiche du film montre des livres qu'on brûle. Elle indique le fil conducteur de l'histoire.Le film s'ouvre sur un bûcher, en France, où se consument un homme et les livres d'Averroès qu'il a traduits, et se ferme sur un autodafé des livres d 'Averroès, à Cordoue; celui-ci est inutile car des exemplaires ont été sauvés par le fils du calife qui les a déposés en Egypte après une périlleuse chevauchée. « La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol » peut on alors lire sur l'écran. Des livres détruits aux livres sauvés, que de péripéties entre ces deux scènes ! |
La plus grande partie de l'histoire se déroule à Cordoue autour de trois personnages. D'abord Averroès, un sage, érudit, chaleureux, généreux, bon vivant; puis le calife E1 Mansour, sorte de despote éclairé, orgueilleux, chagriné par ses deux fils, d'une très grande beauté, dont l'un ne pense qu'à la philosophie, l'autre à la danse et à l'arnour d'une gitane; enfin le cheikh Riad chef d'une secte de fanatiques qui veut ligoter la société andalouse par une application rigoriste du Coran. Le film est construit sur 1' affrontement entre les obscurantistes qui veulent s'emparer du pouvoir par tous les moyens, et les stratagèmes des amis d'Averroès pour sauver ses livres et leur conception de la vie fondée sur la connaissance, la tolérance, le partage et l'amour. Chahine est engagé auprès de son héros dans un combat contre tous les intégrismes. L'idée du film est d'ailleurs enracinée dans la réalité de l'Egypte actuelle. L'acteur Hani Salama, interprète du fils cadet du calife a été fanatisé par une secte. « En trois séances il était devenu un zombie. Je me suis plongée dans les études sur le fonctionnement des sectes, sur le lavage de cerveau. Et avec l'aide d'amis, j'ai entrepris de le sortir de cet état. Le scénario du Destin est né de cette expérience. Mon film attaque les puissants qui veulent contrôler la pensée, ce qui est le cas dans mon pays » .
Il faut donc bien expliquer aux élèves le projet du cinéaste pourqu'ils n'imaginent pas que la Cordoue hollywoodienne de Chahine est celle du douzième siècle. Travailler sur le texte du film est possible; il est disponible dans la collection Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma . Il faut d'autre part préparer les élèves aux mélanges des genres qui peut les dérouter ...et les séduire. Le film est à la fois un western( sauvetage du fils du calife ), un film inspiré par Alexandre Dumas ( chevauchée du fils aîné pour sauver les livres ), une comédie musicale, un péplum, une comédie de Shakespeare avec les va et vient entre palais et cabaret. Chahine a réussit son pari, distraire et éduquer. « S'il y a un message dans le Destin, c'est celui-là: il faut se lancer dans la bataille.Averroès incarne ce que je prône depuis toujours: I'ouverture vers l'autre » Youssef Chahine, interview à Télérama, 15 octobre 1997.
HOMMAGE à Youssef CHAHINE très bientôt dans votre salle...



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