Gianni Amelio

Publié le par MAX HEADROOM

L'ÉTOILE IMAGINAIRE
(LA STELLA CHE NON C’È) Gianni AMELIO, Italie, 2006, 1h44mn, avec Sergio Castellito, Tai Ling, Angelo Costabile, Hiu Sun Ha, Roberto Rossi... Scénario de Gianni Amelio et Umberto Contarello, librement inspiré de Démantèlement d’Ermanno Rea (Éd. Flammarion).




L’Étoile imaginaire
ou les tribulations d’un Italien en Chine. Un grand voyage qui est une sorte d’épopée sublime et dérisoire, une fable belle et mélancolique sur la condition humaine de notre temps, sur l’état de notre monde mondialisé. Sans cours ni discours, juste avec des images, des valeurs et des sentiments, portés par deux personnages magnifiques, habités par deux acteurs qui ne le sont pas moins : Sergio Castellito, qui n’a jamais été aussi grand ; et l’inconnue Tai Ling, merveille de sensibilité, de force discrète et tenace.
Gianni Amelio, c’est Les Clefs de la maison, que vous avez comme nous beaucoup aimé. Et dans les années 90, Portes ouvertes, Les Enfants volés et Lamerica. C’est sans conteste l’un des cinéastes italiens les plus intéressants des ces vingt dernières années, et l’un des plus méconnus. Pas sûr que L’Étoile imaginaire lui gagnera la célébrité mais il ravira en tout cas le coeur et l’esprit des amoureux d’un cinéma sensible et retenu, inventif sans ostentation, témoin de son temps sans chercher à être à la mode.
L’histoire débute donc en Italie, dans une région qu’on appelle encore – pour combien de temps ? – industrielle. Une grande aciérie a cessé son activité et va être rachetée par un groupe chinois. Pas question de continuer la production en Italie, les nouveaux propriétaires vont démonter l’usine pièce par pièce et tout emporter en Chine, y compris le haut fourneau. C’est l’heure de la signature définitive, dans quelques jours tout sera enlevé, l’usine ne sera plus qu’une grande carcasse vide.

Pendant que les patrons signent en échangeant force sourires, un homme tourne en rond, ronge son frein, incapable d’accepter sereinement que l’outil auquel il a consacré tous ses soins et une grande partie de son énergie disparaisse sans laisser de trace : Vincenzo Buonavolonta était responsable de la maintenance et il ne peut pas laisser partir ses machines sans y jeter un dernier coup d’oeil, sans s’assurer que tout marche au petit poil. D’autant qu’il a remarqué récemment une défaillance sur une soupape du haut fourneau, un problème technique qu’il n’a pas eu le temps de résoudre.
Vincenzo essaie d’intervenir auprès des décideurs, de leur demander un délai avant démontage… Mais allez vous faire comprendre par des gens qui ne pensent qu’en milliards et en intérêts de retard, et dont la moitié parle une langue incompréhensible ! Vincenzo passe sa frustration en engueulant la jeune interprète qui selon lui ne traduit pas ce qu’il dit… Peine perdue évidemment : la vente est signée, les machines vont s’embarquer. Pour la Chine, autant dire pour la lune…
Mais Vicenzo Buonavolonta le bien nommé fonctionne à l’ancienne, il a de la suite dans les idées, il s’acharne. Il a peut-être aussi une peur panique du vide qui vient de s’ouvrir devant ses pas… Toujours est-il que, une fois détecté et réparé le défaut dans la soupape, il entreprend de partir en Chine pour retrouver l’usine racheteuse et lui livrer la pièce en parfait état de marche ! Un périple grandiose et absurde, une chevauchée à la Don Quichotte qui va le faire s’envoler pour Shanghaï. Sur place, évidemment paumé à l’extrême, il retrouvera par miracle Liu Hua, la jeune interprète qu’il a rudoyée en Italie, et qui s’est fait virer suite à ses remontrances. Pas rancunière, et surtout fataliste face à l’injustice, elle acceptera de le guider, lui fera traverser une partie de l’immensité chinoise à la recherche de la fameuse usine. Vincenzo découvrira un autre monde, en pleine mutation, en pleines contradictions. Un monde qui reflète jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’horreur, les quelques grandeurs et les innombrables misères du capitalisme triomphant et mondialisé…
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Publié dans cinetampes

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