BANCS PUBLICS (Versailles rive droite)
La comédie de Bruno Podalydès est ce que l'on appelle désormais un film choral, un film sans premier rôle, mais où une foultitude d'excellents comédiens font des apparitions plus ou moins longues pour notre plus grand bonheur. Comme souvent chez Podalydès, avec un humour tendre et fin qui se laisse gagner sans prévenir par le burlesque le plus décalé, il est largement question d'amour, avec des personnages qui lui courent après sans avoir au demeurant toutes les armes pour ça... D'ailleurs le film est placé sous le patronage de Brassens, dont Les Bancs Publics, chantés dans le métro par Ridan, démarrent le film et lui ont donné son titre.

Et la quête de l'amour dans son côté poétique et absurde est le point de départ quand trois secrétaires qui s'emmerdent ferme (fabuleuse Chantal Lauby en quinquagénaire en mal d'aventures qui surfe sur meetic et les sites de voyages toute la journée) aperçoivent en face de leur bureau, sous la fenêtre d'un appartement, une mystérieuse banderole : « Homme Seul ». Mais qui est cet inconnu ? Un simple dragueur espérant attirer de nouvelles conquêtes trop curieuses ? Un homme réellement désespéré au sortir d'une séparation difficile ? La question taraude les trois filles puis, par contamination, toute l'entreprise qui bruisse du sujet devant la machine à café.
Le talent de Podalydès est d'installer son action dans quelques lieux emblématiques. Il y a l'entreprise avec tous ses clichés, ses employés réglés comme du papier à musique (pour rien au monde, Josiane Balasko n'irait prendre son café avant 10h tapantes) qui écoutent sans y croire les discours marketing absurdes des cadres. Il y a le square au charme versaillais tout à fait désuet où toutes les générations se croisent autour du bassin et ses bateaux télécommandés, et où les petits travers et névroses s'exposent : mamans trop possessives, s'extasiant sur les nouveaux jeux d'éveil, tentatives minables de drague (Elie Semoun admirable en spécialiste du râteau), discussions de cafés du commerce sur tout et rien (hilarantes considérations sur la vieillesse et ses misères entre Claude Rich et Michel Aumont) autour d'un jeu d'échecs. Et puis il y a Brico Dream, magasin de bricolage ubuesque où des vendeurs trop nombreux, habillés de tabliers aux motifs de lagons dérisoires, tentent de conseiller des clients égarés, leur proposant pour se détendre des tisanes new age improbables entre deux essais de perceuses du futur ressemblant plus à des armes de destruction massive qu'à des compagnons domestiques de l'établi : l'occasion d'innombrables saynètes tout à fait désopilantes avec des clients qui peuvent être Catherine Deneuve ou Benoit Poelvoorde...
À partir de ces trois lieux et de trois fois rien, Podalydès tricote un joli film ethnologique et drôlatique sur sa ville préférée, Versailles, d'une ridicule beauté, un film qui nous donne la banane pendant près de deux heures et on ne va pas s'en plaindre.
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