Paternité
Écrit et réalisé par René FÉRET, France, 2006, 1h40mn, avec Jean-François Stévenin, Marie Féret, Charlotte Duval, Vanessa Danne, Salomé Stévenin, Sonja Saurin, Elina Préveraud...

C’est un film doux comme l’automne, touchant comme la lumière incertaine du jour qui baisse, c’est un film où chaque seconde nous apprivoise un peu plus, par petites touches, à pas comptés.
Au centre du tableau : Olivier, un de ces types au charisme fort qui ont la passion de bâtir. Maître d’œuvre, c’est son boulot et il s’y donne tant qu’il ne voit pas le temps qui passe, pas plus qu’il n’a vu sa femme, plus jeune que lui, prendre peu à peu le large, jusqu’à s’en aller vivre ailleurs, le plantant là désemparé, furieux, blessé, réclamant la garde de leur fille, peut être autant pour ne pas lâcher la gamine que pour embêter la traîtresse, ou par peur de se retrouver tout à fait seul dans la maison immense…
La juge, pas effarouchée à l’idée de confier une fille au père plutôt qu’à la mère, optera pour laisser la jeunette dans ses habitudes, ses repères, son coin de ferme, ses arbres mouvants, sa nourrice voisine, son école où les copains rient d’elle parce qu’elle ne sait pas dire ce que c’est que ce boulot de maître d’oeuvre qui accapare tant son père… Dans la grande maison, le gros ours meneur d’hommes va se retrouver en tête à tête avec cette gamine aux dix ans bien campés, au minois de garçon manqué, qu’il ne sait trop par quel bout prendre, un peu pataud mais prêt à apprendre…
Lea n’a jamais eu vraiment d’intimité avec ce père toujours pressé, toujours absent, toujours dévoré par son goût pour l’action. Elle a la simplicité et l’aisance des enfants qui n’ont jamais manqué d’amour, qui se sont forgé un tempérament dans la liberté d’une vie ancrée dans une nature généreuse et splendide, où les saisons signent le temps qui passe. Le temps, Olivier en mesure désormais le poids, dans sa chair, dans sa tête. Au bord de la soixantaine, il sait, il sent d’autant plus ce qu’a de précieux ce lien qui se tisse entre lui et sa fille. Ça le remue, Olivier, ça change son rapport aux choses, à son boulot, à la vie, à sa première fille – qui l’a déjà fait grand-père – à la terre entière… Il y aura entre eux des moments forts de complicité, d’incompréhension aussi, de ces confrontations qui laissent des égratignures qu’on rabiboche comme on peut, de petites jalousies, et puis ces moments de grâce qu’on voudrait indéfiniment prolonger, qu’on aime se rappeler longtemps et qui laisseront dans la mémoire un délicieux parfum de nostalgie. Ah le voyage à Venise !
René Féret, on a toujours aimé ses films : Histoire de Paul, La Communion Solennelle, Baptême, Rue du retrait, et les autres. C’est le cinéma comme il nous touche, attaché à capter le souffle de la vraie vie avec un sens profond de la beauté et de la poésie, un sens des autres qui nous fait frôler constamment leur intimité sans jamais écorner leur mystère.