LE DIREKTØR

Publié le par MAX HEADROOM

   Site Officiel en anglais : www.direktorenfordethele.dk

Un film de Lars Von Trier, avec Jean-marc Barr, ENS ALBINUS, PETER GANTZLER, FRIDRIK THOR FRIDRIKSSON, BENEDIKT ERLINGSSON

Titre original : THE BOSS OF IT ALL (Danemark)
Genre : Comedie - Duree : 1H40 mn


Sortie en salles le 28 Février 2007

Le propriétaire d'une société d'informatique décide de vendre son entreprise. Mais il y a un petit problème. A l'époque ou il a créé sa société, il s'est inventé un directeur fictif derrière qui s'abriter pour prendre les décisions impopulaires. Comme les acheteurs potentiels insistent pour conclure le deal avec le directeur en personne,le propriétaire décide d'embaucher un acteur au chômage pour jouer le rôle du directeur. L’acteur va découvrir qu'il est un pion dans une histoire qui va mettre son (manque de) sens moral à rude épreuve.
  
Vous dites,en tant que narrateur au début du film,qu'il s'agit d'une comédie sans danger.Un film de Lars Von Trier peut-il être sans danger ?
J'avais envie de le dire.On me critique pour être trop politique,et c'est aussi ma propre critique... je suis peut-être en fait trop politiquement correct.Voilà un film qui a été fait très vite.Ce film n'est pas politique et je me suis amusé en le faisant,mais bien sûr les bonnes comédies ne sont pas sans danger.



Est-ce que ça a été agréable de tourner à nouveau en danois ?
Ça a été libérateur et très agréable.Je suis meilleur en danois.Je ne dis pas que je ne ferai que des films en danois maintenant,mais c'était un plaisir de tourner un petit film avec une petite équipe. C'était une grande détente.

Vous faites l'ouverture du festival du Film de Copenhague. Ça ne vous manque pas d'être à Cannes ?
C'est un choix que nous avons fait,de ne pas proposer le film à Cannes, et j'en suis très heureux.J'ai été dans le passé ravi d'y aller avec mes autres films,et Gilles Jacob a fait beaucoup pour moi,mais c'est un plaisir de ne pas devoir faire face à toutes ces choses désagréables,comme le voyage ou la pression pendant le festival.Je reste ici au Danemark,et c'est très bien,surtout qu'en Mai je dois m'occuper de mon potager.

Quel est le secret pour faire une bonne comédie ?
La seule chose est de faire ce que vous-même trouvez drôle et qui vous amuse.

Comment définiriez-vous le sens de l'humour danois ?
Les Danois adorent entendre qu'ils sont stupides.Peut-être parce que c'est un petit pays et que les gens y sont un peu masochistes.Ils avaient adoré dans “Le Royaume”entendre parler des stupides Danois. Ici, quand les Islandais leur crient dessus et disent toutes ces choses désagréables, ils adorent.

Dans le film,il y a clairement une tension entre l'entreprise danoise et l'islandaise qui veut les acheter.Quelle est la situation actuelle entre le Danemark et l'Islande ?
Le fait est que beaucoup d'Islandais achètent en ce moment une grande partie de Copenhague. Pendant 400 ans l'Islande a été sous domination danoise.Tous les Islandais en ont tiré une haine des Danois. Ils en ont fait leur bête noire.La blessure de ces 400 ans est vraiment là.

Vous êtes à la fois le fondateur de Zentropa et un de ses réalisateurs.Vous voyez-vous comme Le Direktør ?
L'idée du duo du bon flic et du sale flic est une manière très efficace de résoudre les problèmes.Moi et Peter Aalbaek Jensen formons le tandem du bon et du méchant ici (à Zentropa).Quand il s'agit des acteurs et de l'équipe,je suis le bon flic,mais dans certaines situations je serai le méchant et Peter sera le bon.C'est très anti-danois de faire le sale flic.Tout le monde au Danemark veut être le bon flic,mais on a besoin de sales flics aussi.En Angleterre ou aux Etats-Unis,les sales flics sont là parce qu'on en a besoin,mais les Danois ont très très peur du conflit.

Peut-on voir le film comme une allégorie de Zentropa ?
C'est ce que disent les acteurs,mais je n'y avais pas pensé.Avec Zentropa,mon idée était simplement de pouvoir produire et contrôler ce que je réalisais.Peter Aalbek Jensen et moi sommes un peu étranges. On aime faire des choses bizarres et s'amuser.Je crois qu'il peut être amusant de travailler à Zentropa.Ce n'est pas une boîte de production comme les autres.Il n'y a pas d'idée claire derrière tout ça,c'est plutôt intuitif.On n'est pas là pour dire que le plus important c'est l'argent qui rentre.

Ce film doit beaucoup aux dialogues.Avez-vous délibérément évité les gags visuels ?
Quand j'étais petit,j'ai vu beaucoup de comédies de situation.J'adore Indiscrétionset The Shop Around The Corner.J'ai essayé de faire quelque chose dans ce genre.Ces comédies de situation sont basées sur l'idée que certains savent ce que d'autres ignorent.

Pouvez-vous nous parler de ce nouveau système, “Automavision” ?
Pendant longtemps,mes films étaient tourné caméra au poing.Ça a à voir avec le fait que je suis un obsessionnel du contrôle et que personne ne peut maîtriser totalement le cadre ou l'image.C'était plus facile de purement et simplement laisser tomber le cadrage et d'utiliser une caméra au poing.Avec “Automavision”,la technique est que je cadre d'abord et qu'ensuite on appuie sur un bouton de l'ordinateur.Ça donne un grand nombre de paramètres aléatoires.Je ne contrôle rien,c'est l'ordinateur qui contrôle.

Abandonner le contrôle de la caméra n'a pas du être une décision facile.
Ah si,j'ai pris cette décision très facilement.Je voulais une forme qui convienne à cette comédie. C'était une façon très fraîche de travailler.Je suis un grand angoissé,mais faire des trucs bizarre avec une caméra ne m'angoisse pas.

Comment ça s'est passé ?
Le bon côté c'est que ça libère le style de l'intention. L'idée n'était pas de rendre le film impossible, mais seulement de le rendre imprécis.On a appelé l'ordinateur Anthony DodMantle (d'après le nom d'un ancien directeur de la photo de Von Trier).L'idée de départ était de cacher la caméra pour les acteurs et de filmer à travers un miroir sans tain,mais nous n'avions pas assez de lumière.On n'a pas pu le faire.

Est-ce que les acteurs ont apprécié ?
Un bon acteur se cadrera de lui-même en quelques secondes.On a filmé au zoom et les acteurs ne pouvaient pas dire avec quelle focale on filmait,mais le mieux aurait été de cacher la caméra.

Pensez-vous que le style Automavision plaise au public ?
Ce n'est pas un style qui fera fuir les gens.70% du public ne remarquera rien.Mais il y a une chose à quoi ce procédé n'est pas adapté,c'est la prise de vue animalière.On avait l'éléphant pour un quart d'heure et on appuyait sur ce satané bouton encore et encore.Chaque fois qu'on avait un bon plan,l'éléphant était hors champ.

Qu'est-ce que vous cherchez chez un acteur de cinéma ?
Si un acteur pense qu'il peut contrôler le film à lui tout seul,il se trompe. Il ne peut pas contrôler le montage et toute la production du film.Le montage est un outil très puissant.Je crois que je sers les acteurs au montage.Moins un acteur est figé avant le plan,meilleur il est.Un truc très simple que j'utilise est de filmer la scène de multiples façons différentes.Ça veut dire que j'aurai beaucoup de matériel pour le montage. Plus j'ai de morceaux différents et plus l'acteur veut jouer la scène,mieux c'est.

Est-ce que Gambini,le dramaturge italien cité à la fin du film,existe vraiment ?
Non.Je revenais de Cannes et j'ai vu un gros camion rempli de nourriture où était inscrit “Gambini”- et j'ai pensé pourquoi pas.Mais c'est à Ibsen que je me réfère.Je trouve très drôle lorsqu'il est traité de trou du cul.On peut penser beaucoup de choses d'Ibsen,mais l'idée qu'il soit un trou du cul est vraiment étrange.Le film qu'on les voit regarder est Le Miroirde Tarkowski.C'est un de mes préférés.Je crois que je l'ai vu vingt fois.

Allez-vous continuer à faire de petits films ?
Pour l'instant,j'ai des idées de gigantisme,mais ce ne sont que des idées.On verra quels films en sortent. Terminer la Trilogie (commencée avec Dogvilleet Manderlayet devant se terminer avec Washington) en fait partie,mais je ne pense pas que ce soit le bon moment. Pour l'instant,je me promène en forêt avec mon iPod en rêvant.

Entretien réalisé par Geoffrey McNab

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Publié dans cinetampes

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