Cervantes

Publié le par MAX HEADROOM

Honor de Cavalleria

  Honor de Cavalleria
  d'Albert Serra

  Sortie en salle : 14 Mars
  Film espagnol en couleur, 2006, tous publics
  Quinzaine des réalisateurs Cannes 2006

 



Guidés par le hasard, Don Quichotte et Sancho poursuivent jour et nuit leur voyage à la   recherche d'aventures. Ils chevauchent à travers champs, conversant sur des sujets      aussi divers que la spiritualité, la chevalerie ou simplement la vie quotidienne. Un lien  d'amitié de plus en plus fort les unit.

Une pénombre trouée de lumière, de hautes herbes, un champ clos, le décor est planté. L’ouverture du film offre la figure mythique du couple Don  Quichotte, Sancho Pansa dans le repos de deux hommes fatigués. Et d’emblée leur épopée nous est restituée  par la volonté de Quichotte de porter une couronne de lauriers.
Avec une caméra qui observe, qui guette même, en étant souvent à distance des personnages, le réalisateur nous fait entrer  dans leur intimité comme par effraction, et chaque geste, chaque mouvement devient une plongée dans les sphères de la pensée des deux personnages.
En utilisant la durée, par des plans qui vont jusqu’au bout  de leur action, Albert Serra pose une évidence : les deux héros ne joueront pas les aventures inventées par Cervantès. Ils ont traversé  les chemins de l'écriture, ils sont maintenant au-delà.
Par  ce choix de filmer leur déambulation sans artifice, composant seulement avec la lumière et une nature bruissante d’insectes, le réalisateur raconte leur histoire à chaque plan. Et j’ai retenu celle d’un  Quichotte aérien, dont la quête d’absolu est contrainte par la réalité physique de ses besoins, un Quichotte qui revient toujours sur terre, en donnant des ordres terre-à-terre, à un Sancho Pansa  à l’affût de l’âme de son maître. Le  matériel comme moyen d'oubli et de dépassement de l'inaccessible étoile.
Mais Honor de Cavalleria a le pouvoir de gommer toutes les interprétations qui pourraient le réduire. Film cultivé sans être intellectuel, il est, par son dépouillement même, d’une immense sensualité. Film d’initiation au cinéma en train de se faire, il faut le vivre en oubliant le temps, en sachant que le réalisateur ira jusqu’au bout de son désir de cinéaste et nous imprégnera longuement d’un lever de lune au dessus de deux personnages endormis. Le songe de la raison engendrant toujours des moulins à vent…


Le film est une leçon d'inspiration, avec sa façon de puiser à la substance même du roman son infra-monde et son essence. On regarde et on voit. Que le cinéma devrait toujours être comme ça, dans l'extase à presque s'évanouir.

Albert Serra signe avec Honor de cavalleria, un poème cinématographique comtemplatif d'une grande beauté.
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Publié dans cinetampes

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