Religion
JEWBOY Site officiel
Écrit et réalisé par Tony KRAWITZ, Australie, 2005, 52mn, avec Ewen Leslie, Naomi Wilson, Saskia Burmeister, Leah Vanderberg...

Bon, on ne va pas vous raconter des menteries : si vous cherchez simplement à vous distraire, à planer un brin au-dessus d’un quotidien qui vous insupporte en rêvant un peu, ce n’est peut-être pas le film qu’il vous faut, là tout de suite : il y a plus futile que Jewboy. Pourtant, si comme moi et quelques autres vous êtes gourmands d’univers intimes qui renvoient au grand désarroi universel généralisé, Jewboy vous semblera une rareté délicieuse et profonde qui s’attarde sur les questions fondamentales qui tourmentent tout être humain normalement constitué : qui suis-je, quoi et qui croire et dans quel putain de monde suis-je né ?
Ce jeune homme, plutôt bien de sa personne, et dont chacun guette les réactions, s’appelle Yuri et s’apprête à enterrer son rabbin de père, dont les hommes en noir font la dernière toilette selon les rites religieux en vigueur chez les Juifs orthodoxes. Sursaut de l’instinct vital face à la mort ou confirmation des doutes qui avaient germé dans sa cervelle bien avant, Yuri se sent tout soudain étranger parmi les siens, comme pris dans un besoin urgent et irrépressible de respirer. Ce n’est pas qu’il déteste tous ces gens qui l’entourent, même qu’il rêve d’embrasser la belle Rivka, et qu’il ne voudrait pour rien au monde faire de la peine à sa mère qui porte à l’intérieur de son avant-bras le tatouage d’un numéro, indélébile témoignage d’un terrible passé, le décourageant de tout affrontement... Mais les stricts principes de cette religion, qui jadis le rassemblait à ceux venus se retrouver là pour se réchauffer l’âme, lui semblent tout soudain aussi étouffants qu’insupportables. Yuri n’a plus la foi et le doute a ouvert un gouffre d’autant plus immense dans sa vie que s’y télescopent culpabilité et désirs. La loi juive orthodoxe dit qu’un homme n’a pas le droit de toucher une femme si ce n’est celle qu’il a épousée et le virginal Yuri n’en peut plus de retenir sa main qui ne rêve que de caresses. Il part prendre son indépendance, à la réprobation générale, et travailler en faisant le taxi, échangeant kipa contre une casquette plus laïque. Il finit par traîner dans un peep-show pour en savoir plus sur cet étrange sentiment qui perturbe ses jours et ses nuits.
Il voudrait bien pourtant croire encore, vivre au chaud dans sa communauté, suivre le même chemin que son père, ses cousins, ses voisins de ce quartier juif de Sydney, chasser ces sentiments qu’il réprouve et le troublent, faire comme si tout allait bien, et profiter des bons côtés des choses. Mais Yuri n’en peut plus de mentir, de se mentir. En plein bouleversement affectif, il rencontre Sarita et évoque un départ avec elle le plus loin possible : fuir pour pouvoir se retrouver lui-même et vivre enfin une vraie relation avec quelqu’un qui le laisserait respirer. Yuri est étranger dans son monde, et voudrait bien exister sans sentir peser sur lui l’attente de son entourage qui n’y comprend rien et cherche à le remettre, pour son bien, dans le « droit chemin ».
Commencé dans un univers claustrophobe, le film peu à peu semble se libérer des ténèbres pour avancer vers la lumière : Yuri n’est pas au bout de ses doutes et encore moins de sa quête, mais il y a comme une vibration dans l’air, témoin cette main qu’il ose enfin prendre dans la sienne.