INTERVIEW DE JULIETTE BINOCHE
Après Johnny Depp, Juliette Binoche accroche un autre sexe-symbole à son palmarès. Dans ‘Par effraction’, elle partage l’affiche avec Jude Law et retrouve Anthony Minghella qui lui avait offert son statut de star internationale avec ‘Le Patient anglais’.
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C’est votre deuxième film avec Anthony Minghella, avec qui vous aviez obtenu un oscar. Vous ressentiez une envie commune de retravailler ensemble ?
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Le film traite de l’immigration... Un thème qui vous touche particulièrement ?
C’est un thème qui nous touche tous. L’être humain est un être en mouvance, c’est comme ça que les civilisations se font et s’entrecroisent. Tout ça resurgit aujourd’hui d’une manière qui n’est pas très belle, qui fait peur, et dont on a besoin de parler dans les films, et dans toute oeuvre possible. La différence fait partie de ce qui peut nous rendre le plus beau, c’est difficile de l’accepter. C’est un long apprentissage qui demande de la patience. Il faut des générations et des générations pour que ça se passe. Après il y a les gens comme monsieur Sarkozy qui oublient qu’ils sont eux-mêmes enfants d’immigrés.
Est-ce, selon vous, de la responsabilité de l’artiste que de s’engager sur de telles thématiques ?
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Vous doutez de la crédibilité des hommes
politiques ?
Les hommes politiques ont comme seul but le pouvoir. Ils cherchent à accumuler les moments où ils sont vus dans telle ville à tel moment avec telle personne. Cette course au pouvoir nous fait oublier que la politique peut être un moyen d’éveil possible pour l’humain, qu’elle peut être un moyen de mieux respecter les autres. La politique peut être un art de la liberté et permettre de répondre à la question “Comment est-ce possible de vivre ensemble ?” C’est peut-être un peu idéaliste comme vision des choses, mais si on n’est pas un peu utopique on ne peut aller nulle part.
La responsabilité de l’artiste doit-elle aller jusqu’à s’afficher aux côtés d’un candidat ?
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Vous vous êtes rendue à Sarajevo pour le tournage. Pouvez-vous nous en parler ?
Je suis allée là-bas avec l’envie d’observer, de poser plein de questions, un peu avec la démarche d’une journaliste. Ce rôle me paraissait si difficile à approcher. J’ai voulu comprendre ce qu’avait été la guerre à Sarajevo. J’ai rencontré beaucoup de femmes, j’ai marché dans les rues, avec encore ces trous dans les murs. J’ai regardé beaucoup de documentaires, qui étaient également leurs armes. Toutes ces vidéos qui ne coûtent pas chères et qui permettent de témoigner de l’horreur. J’avais la conviction qu’il me fallait comprendre les causes de cette guerre et me faire ma propre opinion loin de ces images déformées qui nous arrivaient de là-bas.
Au-delà de la dimension politique et sociale du film, votre personnage est aussi une femme prise entre son instinct de mère et son amour pour un homme…
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Comment appréhendez-vous un tournage que vous faites en langue étrangère ?
Je tourne la plupart du temps des films en langue étrangère, c’est devenu assez naturel. C’est une question d’habitude. Je ne vis pas à l’étranger, j’ai donc une pensée française, mais quand je travaille un moment en anglais, il m’arrive de ne plus trouver mes mots en français. J’ai besoin d’un temps de réadaptation. Il m’arrive de penser que travailler en anglais me donne plus de liberté, car ce n’est pas rattaché à mon histoire.
Et quel regard l’actrice “internationale” que vous êtes porte-t-elle sur ces différents univers cinématographiques ?
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Et votre tournage avec Klapisch pour son prochain film ?
Il y avait une très bonne ambiance sur le tournage. Sa particularité était qu’il y avait beaucoup d’enfants, il fallait donc être plus ouvert, plus disponible face aux imprévus, ne pas se préparer de trop, ne pas trop répéter. Klapisch était un peu un mélange des deux, entre l’improvisation et la stricte organisation, et ça me correspondait bien.
Vous étiez présente aux Césars. Quel regard portez-vous sur ces cérémonies du 7e art ?
J’ai trouvé important ce qu’a dit Pascale Ferran, sauf qu’elle aurait dû être un peu plus concise. C’est vrai qu’il y a une résistance à avoir, face au cinéma plus commercial, il y a une tendance chez l’humain à vouloir gagner plus et à aller vers ce qu’il y a de plus facile. Le cinéma de résistance, c’est plutôt le cinéma d’auteur, un cinéma qui a du mal à exister, que les critiques enfoncent parfois. Je crois que l’artiste doit garder une vue d’ensemble et ne doit pas s’arrêter à ce qui plaît ou non.
Vous-même, vous sentez-vous libre dans vos choix ?
Il faut dire oui à sa liberté, mais tout dépend de ce que l’on imagine dans sa liberté. J’ai déjà dit non à un gros film très récemment, avec un acteur qui marche très fort pour un film super bien payé, mais j’ai décidé de faire un cinéma différent. Ca n’empêche pas de faire un Disney parce que le réalisateur avait quelque chose que j’aimais bien. Je ne suis pas mariée avec un studio, je ne subis donc aucune pression. Je fais les films que je choisis de faire.
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En regardant votre filmographie, on s’aperçoit que vous tournez davantage avec des réalisateurs que des réalisatrices. Vous êtes plus à l’aise sous le regard d’un homme ?
Non, je ne crois pas. J’avais très envie de tourner avec Jane Campion, mais malheureusement ça ne s’est jamais fait. J’ai tourné avec Chantal Akerman, avec Danièle Thompson… Je ne crois pas que ce soit une question d’homme ou de femme, c’est une question de rencontres.
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