Tribu
Ecrit et réalisé par Jérôme BONNELL, France, 2006, 1h36mn, avec Jean-Pierre Darroussin, Emmanuelle Devos, Eric Caravaca, Florence Loiret-Caille, Sylvain Dieuaide...

Jérôme Bonnell fait désormais partie de la petite famille des auteurs que l’on se fait un plaisir de retrouver de film en film. Ses deux premiers, Le Chignon d’Olga et Les Yeux clairs, nous ont révélé un univers très personnel, peuplé de personnages attachants, un ton original, un regard délicat et sensible, un humour décalé, bref on les a beaucoup aimés ! Ils sont malheureusement restés un peu confidentiels, ce qui ne sera pas le cas, nous sommes prêts à le parier, de celui-ci, plus solide, mieux construit et porté par des comédiens justement populaires : Emmanuelle Devos et Jean-Pierre Darroussin, tout le monde – ou presque – les aime !
Jérôme Bonnell pose sa caméra dans une petite ville de province, peut-être en lointaine banlieue parisienne, pour observer ses cinq personnages qui, d’une façon ou d’une autre, font partie d’un même ensemble, d’une même tribu.
D’abord il y a Louis, père divorcé, patron d’un petit café ; il entretient une relation avec la jeune Sabine, pour qui il éprouve plus que de l’affection. Ils se retrouvent régulièrement à l’hôtel les après-midis, mais pour cela il la paye. Et même si elle a d’autres clients, Louis sent qu’il peut l’attendre, patienter jusqu’à ce qu’elle lui dise qu’il est l’homme de sa vie. Peut-être…
Louis a une sœur, Agnès, dont il est très proche, pourtant il ne lui confie pas sa langueur d’amour, ni à personne d’ailleurs. Agnès est institutrice, elle est mariée avec Jean-Philippe depuis longtemps. L’amour, la complicité et les années n’empêchent pas les mélancolies passagères.Très vite on sent bien que ces deux là, s’ils sont bien assortis, ne sont pas à l’abri d’un accident de parcours, que quelque chose ne cadre pas dans l’image du couple épanoui et parfait qu’ils renvoient. Et de fait l’accident arrive mais probablement pas celui attendu…
Enfin il y a Stéphane, un jeune homme qui débarque après plusieurs années d’absence, et en qui Agnès reconnaît un ancien élève. Stéphane, malgré son jeune âge, transporte un lourd secret…
Il est difficile, et inutile, de raconter plus avant ce film formidable, la seule chose à faire, c’est planter le décor et faire appel à votre curiosité. Et à votre amour pour les acteurs, qu’on évoquait plus haut. Pour Darroussin et Emmanuelle Devos bien sûr, mais aussi pour Eric Caravaca, impeccable dans un contre emploi surprenant : lui qu’on a l’habitude de voir dans des rôles plus graves incarne ici un type un peu à côté de ses pompes, sorte de Charlot, ballotté par les événements et légèrement dépassé.
La caméra de Jérôme Bonnell sait se faire discrète, laissant aux personnages le temps d’exister, d’évoluer. Le réalisateur opte le plus souvent pour le plan séquence, laissant surgir tour à tour, dans la durée, l’émotion ou le burlesque.
Au final, un film comme on les aime : sobre et sincère, sans artifice, fin et sensible, laissant au spectateur le soin de tirer ses propres conclusions. Un film ouvert et généreux qui, à n’en pas douter, ressemble à son auteur. Alors maintenant, si Jérôme Bonnell attend quelqu’un, c’est vous…