PARANO

Publié le par MAX HEADROOM

TRÈS BIEN, MERCI

Emmanuelle CUAU, France, 2007, 1h46mn, avec Gilbert Melki, Sandrine Kiberlain, Olivier Cruveiller, Christophe Odent, Frédéric Pierrot, Camille Japy, Emmanuel Salinger... Scénario d’Emmanuelle Cuau et Agnès Caffin.



Je ne sais pas si c’est la faute au printemps qui se pointe, aux bourgeons qui bourgeonnent, ou simplement à l’influence de Très bien, merci, mais nous voilà tourneboulés par une envie frénétique de fantaisie et de saveurs nouvelles depuis le visionnement de ce petit régal de film, branché haute tension sur notre époque épique où la déprime le partage au sentiment oppressif d’être piégés dans une normativité castratrice.
Héros improbable, pour son pas de côté, pour avoir pris le temps de se mettre en arrêt à contempler ce vieux monde paranoïaque, le temps d’un regard pris pour la pire des menaces par celui qui ne cherche pas à voir, pour la pire des subversions par celui qui ne cherche pas à comprendre, pour manifestation pathologique par celui qui ne sait plus distinguer signe de maladie et signe de santé .

Il n’y a pas plus sains, plus simples, plus vivants, plus sympas qu’Alex et Béatrice, un gentil couple qui s’aime et se contenterait presque de ce qu’il a pourvu qu’on le lui laisse, qu’on ne charge pas plus leur barque : lui, comptable tranquille, fait son boulot sans barguigner ; elle, chauffeuse de taxi, se fade gentiment les conneries de clients ordinaires. Sauf que les plus gentils des gentils en ont marre parfois de se retenir de respirer. C’est pas un révolté Alex, mais tout ce qui se passe autour, la pression qui augmente, le patron qui lui suggère de surveiller les notes de frais des copains… ça lui donne comme un malaise et quand, à la sortie du boulot, et la sortie du bar qui suit la sortie du boulot, deux ou trois verres en plus, il voit des flics qui interpellent un quidam, il reste à les regarder, planté là comme un ibis. Et cet Alex qui reste tanqué à rien dire à regarder le flic qui tutoie le quidam comme ça arrive des tonnes de fois quand le quidam est un peu bronzé, ça agace le flic qui ne supporte pas ce regard qui dit rien. Alors, il interpelle Alex et se met à le tutoyer aussi parce qu’un type qui s’arrête, qui regarde sans rien dire, c’est un peu comme un bronzé, c’est un mec qui a fatalement quelque chose à se reprocher… qu’il a l’air de se dire, ce flic qui a l’autorité et qui ne supporte pas qu’on ne circule pas quand il a dit : circule !.

De fil en aiguille, Alex va se retrouver au trou pour la nuit, puis du trou… Non, je ne vous dis pas la suite ! C’est plus drôle quand on ne sait pas. Plus drôle et plus terrible aussi, parce qu’on sait bien, parce qu’on sent que ça pourrait nous arriver, à toi, à moi, aux autres, parce que ce monde va cul par dessus tête, que le respect se perd et qu’à force de ne pas sortir des clous, de s’engluer dans la routine, on ne fait plus attention à rien, on n’écoute plus, on n’entend plus, et on finit par prendre pour foldingues les seuls êtres sensés qui marchent encore debout !
Publicité

Publié dans cinetampes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article