Tarantino
BOULEVARD DE LA MORT Site officiel
(DEATH PROOF) Écrit et réalisé par Quentin TARANTINO, USA, 2007, 1h50mn, avec Kurt Russel, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, Jordan Ladd, Rose McGowan, Sydney Tamiia Poitier, Tracie Thoms, Mary Elizabeth Winstead, Zoe Bell... Un film Grindhouse.

Tarantino revient avec un de ces films dont lui seul a le secret. Comme à son habitude, il reprend les genres et les films qu’il a ingurgités massivement dans sa jeunesse cinéphage, et mixe le tout sans aucun complexe. En vrac, ça fait penser à Duel de Spielberg, à Faster Pussycat, Kill Kill ! de Russ Meyer, et plus encore à Point Limite Zero de Richard Sarafian, que nous avons d’ailleurs ressorti l’an dernier. Les principaux ingrédients de cette tambouille sont des gonzesses canon et pas cons, des bagnoles surpuissantes, des cascades et du bon son bien seventies comme on aime, tout un programme ! Vous l’aurez donc compris, le film est résolument tourné vers la série B, ses grandeurs et ses codes. Mais pas de panique, nul besoin d’avoir des tonnes de références cinématographiques pour apprécier Death Proof à sa juste valeur, on passe un excellent moment, un point c’est tout. C’est un film qui défoule, qui ne fait pas dans la dentelle, et mon dieu, une fois de temps en temps (il ne faut pas abuser des alcools forts), que ça fait du bien !
D’un côté, il y a Jungle Julia, la DJ la plus sexy d’Austin, qui part en virée avec ses copines Arlene et Shanna: ces femmes-là sont du genre à écumer les bars, picoler des bières, jurer comme des charretières et provoquer les mecs du coin. Elles parlent de cul sans aucun tabou et décident de le faire où, quand et surtout avec qui elles veulent. De vraies femmes libérées et décomplexées, tout simplement. De l’autre côté, il y a Mike le cascadeur balafré, à l'affût dans sa Ford Mustang, un engin boosté et modifié pour défier la mort et la semer, la nuit venue... Leur rencontre risque d’être explosive !
Pour ce film, Tarantino porte plusieurs casquettes, il est réalisateur, producteur et scénariste. Un rôle où il excelle avec ses dialogues taillés sur mesure pour ses amazones. C’est sûr, ce ne sont pas de grands débats philosophiques sur le devenir de l’homme mais c’est fendard : les filles parlent sexe, ciné, musique, avec un franc-parler qui désarçonne… Tarantino est également pour la première fois directeur de la photo. Et à ce niveau, il s’est bien amusé : il a vieilli le film en le voilant et en imprimant un grain sur l’image. Le résultat est très réussi, la pellicule est rayée, les couleurs sont mal étalonnées, l’image saute par moments et l’on voit les repères du projectionniste. Tout cela renforcé par des zooms avant brusques et un montage brutal qui renforcent le côté série Z bricolo du film.
À la base de ce nouveau projet, l'envie de retrouver l’ambiance des drive-in américains et leurs projections de films de la culture bis des années 70. Aux États Unis d'ailleurs, comme au bon vieux temps des Grindhouses, les salles des patelins qui projetaient deux séries B pour le prix d'une, Death Proof est sorti en double-programme, avec Planet Terror, petit opus horrifique réalisé par le compère Robert Rodriguez, avec de fausses bandes annonces entre les deux... Chez nous, où ni les drive-in ni les « double features » n'ont existé, les deux films sortent individuellement, en version longue...
Pour le Robert Rodriguez, il faudra attendre un peu. Aujourd'hui c'est le nouveau Tarantino qui déboule plein pot sur nos écrans et c'est un vrai régal ! Utopia.org