Denys ARCAND
L'Age des ténèbres, de Denys Arcand
avec Marc Labrèche, Diane Kruger, Emma De Caunes, Sylvie Leonard
avec Marc Labrèche, Diane Kruger, Emma De Caunes, Sylvie Leonard
Pour échapper à son quotidien morne, Jean-Marc Leblanc, un fonctionnaire québecois, s'invente une vie idéale, faite d'aventures, de gloire médiatique et de conquêtes féminines. En réalité il déteste son job, fume clandestinement, son mariage bat de l'aile et il souhaite passer à autre chose. Il doit alors faire un choix: vivre sa vie, quelle qu'elle soit et oublier ses fantasmes ou alors s'y perdre définitivement.
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Avec L'Age des ténèbres, le cinéaste Denys Arcand clôt une trilogie entamée par Le Déclin de l'empire américain (1986) et poursuivie avec Les Invasions barbares (2003). Le Québécois, après l'irrévérence du premier film et l'émotion du deuxième, termine son cycle avec une oeuvre plus dense et ambitieuse, légèrement visionnaire, qui se propose, avec légereté et originalité, de pointer du doigt l'incommunicabilité du monde d'aujourd'hui. Traiter d'un sujet sensible sur le mode de la comédie, dire son pessimisme de la société avec le sourire aux lèvres, tel est le credo de Denys Arcand sur ce long métrage qui fait office de savoureux film de clôture du 60e Festival de Cannes.
C'est avec une certaine jubilation que l'on suit le quotidien pas comme les autres d'un quidam (étonnant Marc Labreche, véritable star au Canada), fonctionnaire délaissé par sa femme et ses enfants dans un Montréal miné par la maladie et le chaos social. Avec son inconscient comme seul échappatoire, il ne cesse de fantasmer la vie qu'il aimerait vivre, se rêve en celui qu'il aimerait être. Le voilà au bras d'une star de la mode, écrivain à succès sortant avec une journaliste allumeuse (Emma de Caunes), Prince charmant et chantant se glissant dans la peau du chanteur Rufus Wainwright ou Empereur punissant sa tyrannique supérieure. Le résultat est souvent cocasse, mais il amène aussi, à travers ces saynètes surréalistes, à très vite revenir au réel et à s'interroger : comment vivre dans la société d'aujourd'hui ? Comment s'épanouir et partager avec autrui quand le dialogue se résume au strict minimum, que seuls les téléphones portables et autres lecteurs MP3 font office de tissu social. Si la première partie de L'Age des ténèbres est particulièrement réussie, Denys Arcand instaurant un rythme de comédie parfait (les scènes fantasmées ricochent avec la tragi-comédie du quotidien), le cinéaste peine ensuite un peu à tenir son propos, enfonçant maladroitement quelques portes ouvertes sur la vie, la mort et autres thèmes existentiels. Reste que sur l'ensemble, l'originalité du projet l'emporte et que Denys Arcand parvient à nous faire voir les travers de notre époque sous un angle décalé amenant aussi bien le rire que la réflexion.
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