Aquarium

Publié le par MAX HEADROOM


"NAISSANCE DES PIEUVRES"de Céline Sciamma



Marie, embryon de femme, est fascinée par la natation synchronisée à moins qu’elle ne soit hypnotisée par sa reine, Florianne, somptueuse créature blonde, qui est le chef du groupe des nageuses, archétype de la séductrice désirée des garçons et détestée des filles. Anne, la meilleure amie de Marie ne la fait pas rêver , elle correspond plutôt à l’archétype de la grosse mal dans sa peau. Petit à petit, délaissant Anne et leurs jeux innocents, Marie va s’immiscer dans l’intimité de Floriane, la vamp, qui n’avait pas l’habitude des amitiés au féminin. Rétive et arrogante par principe, Florianne, rodée aux rapports de force, teste Marie et finit par céder à son amitié inconditionnelle, redevenant ce qu’elle est : une fille fragile et déprimée que son physique a condamné aux emplois de garce. Les rôles s’inversent et de demandeuse, quémandeuse, Marie va devenir demandée, désirée, réveillant des pulsions homosexuelles ignorées chez Florianne. Cependant, Florianne n’a pas renoncé à répondre aux avances du beau François qu’Anne, malgré son physique ingrat, a décidé de séduire par tous les moyens. Le film, aux images couleur de cabine d’UV, blanches et mauves, est un aquarium aux parois livides où se débattent les trois filles, où tous les coups sont permis pour déchiffrer sa sexualité dans le miroir de l’autre devenu objet du désir. 
Quand on a demandé à la réalisatrice pourquoi les pieuvres, elle a répondu que ça correspondait "au monstre qui grandit dans nos ventres quand on est amoureux et jaloux", que dans la natation synchronisée, il y a aussi la surface et la face souterraine, ce côté sophistiqué et brillant qu’on voit à la surface de l’eau et la partie immergée sombre, les jambes qui s’agitent sous l’eau (qu’elle filme très bien, les nageuses exhibent à la surface soit leur visage et leurs bras, soit leurs jambes, la tête en bas dans l’eau). Elle a appris ensuite que la pieuvre possède trois cœurs…
La réalisatrice du film est venue répondre à quelques questions après la projection en compagnie de deux de ses actrices. Céline Sciamma a la baraka : son film, c’était son scénario de fin d’études de la Fémis. Ensuite, quand elle a décidé de le tourner (elle n’a jamais réalisé aucun film auparavant, même pas un court métrage), elle a obtenu facilement tous les financements, l’avance sur recettes, Canal, Arte, etc… Ne restait qu’à trouver ses trois actrices, le plus difficile, trois mois de casting. Pauline Acquart (Marie) a été repérée au jardin du Luxembourg à Paris, c’est son premier rôle au cinéma, Adèle Haenel (Florianne) connaissait déjà la directrice du casting pour un précédent rôle. Le récit qui se passe dans le milieu de la natation synchronisée, sport exclusivement féminin, est d’inspiration autobiographique. Quand on lui demande pourquoi l’absence des adultes dans le film, elle répond que c’est un choix, et pourquoi aussi l’absence des relations des filles avec des garçons, elle répond qu’elle ne voulait pas traiter ce sujet par dessus la jambe en trois scènes, elle a tout recentré sur son histoire et c’est vrai qu’on remarque ce vide qui se resserre autour des trois héroïnes : pour la première moitié du film, il existe encore des personnages de second plan, des copines et collègues de natation qui pépient dans les vestiaires, des garçons sous la douche, une soirée, une boite de nuit, pour la seconde partie du film, il ne reste plus personne que les trois filles et les apparitions du beau mec stupide quasiment muet, sujet de toutes les convoitises. 
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Publié dans cinetampes

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