LA RONDE DE NUIT
LE "come back" du magicien des images! voir: www.petergreenaway.com
Écrit et réalisé par Peter Greenaway - GB 2007 2h14 - avec Martin Freeman, Elily Holmes, Michael Teigen... Sélection officielle Mostra Venise 2007.
1642, Amsterdam. Rembrandt travaille sur son œuvre la plus célèbre, La Ronde de Nuit. Au sommet de son art et de sa gloire, la milice des Mousquetaires d'Amsterdam lui a demandé un portrait de groupe. Malgré sa réticence face à ces soldats amateurs ne cherchant qu'à se pavaner, Rembrandt accepte soucieux d'assurer l'avenir de sa famille mais le peintre a un mauvais pressentiment et sait déjà que cette toile ne sera pas qu'un simple portrait de groupe mais aussi la mise à nue d'une société corrompue et destructrice qui va provoquer sa chute.
La Ronde de Nuit de Rembrandt, dont le véritable titre est La compagnie de milice du capitaine Frans Banning Cocq et du lieutenant Willem van Ruytenburch, est l'un des tableaux les plus célèbres au monde. Ce tableau, générateur de mythes, entouré de mystère, suscite nombre de questions : Qui sont les gens représentés sur La Ronde de Nuit ? Pourquoi ce tableau s'appelle-t-il La Ronde de Nuit ?
Depuis son premier film, Meurtres dans un jardin anglais, Peter Greenaway a mis l'art, la peinture en particulier, au centre des préoccupations de ses œuvres, cherchant par le prisme des images à interroger ce qui en constitue l'essence créatrice. Avec La Ronde de nuit le réalisateur s'attaque à une œuvre monumentale pour en tirer une lecture personnelle du tableau, à la manière d'une enquête policière (ce qu'il faisait déjà avec son premier film) mais aussi une subtile mise en abîme de la création artistique faisant un parallèle entre la confection de la peinture et celle d'un film.
Comment un peintre du talent de Rembrandt a-t-il put finir dans la déchéance et la pauvreté alors même que le tableau devait assurer son avenir et l'affirmation de son talent ? Pourquoi alors qu'il se trouve à un moment charnière de son existence Rembrandt choisit-il d'utiliser son art pour mettre à nu la suffisance et la vanité de ses commanditaires ? Pourquoi encore le peintre choisit-il de briser les règles en vigueur dans la composition et l'utilisation si particulière de la lumière ? Mais surtout pourquoi ce mystère qui entoure cette toile monumentale ? Greenaway décortique le tableau en le décomposant de façon théâtrale pour ensuite reconstruire une narration nouvelle mettant à jour les résonances du tableau et le complot ourdit contre Rembrandt par ses commanditaires cherchant à donner sens à la toile, dramatisant à l'extrême les affres de sa conception pour créer une véritable peinture animée qui ressuscite l'esprit esthétique du peintre.
Mais l'aspect le plus pertinent du film est le parallèle entre le cinéma et la peinture, tout deux art de la lumière. Le réalisateur s'interroge et interroge la notion d'art au sens large, dévoile et détaille le coté théâtral mis en scène de la peinture de Rembrandt qui est montré comme un véritable réalisateur d'images (la superposition de différents thèmes au sein même de la toile ou encore l'importance du cadre comme plan) mais aussi comme un directeur d'acteurs manipulateur et iconoclaste.