ON THE RUMBA RIVER
Jacques SARASIN - documentaire France / Congo -2007- 1h26mn - avec Wendo Kolosoy et toute une bande de musiciens formidables...

C'est en sillonnant le majestueux fleuve Congo pendant une dizaine d'années, les mains sur les cordages et dans le cambouis, qu'il a composé ses premières chansons, en grattant sa guitare, le regard perdu dans un décor fluvial fascinant. Orphelin très jeune, emprisonné, excommunié par les pères belges car ses textes perturbaient la jeunesse, puis boxeur professionnel, telle est la trame d'une vie hors du commun, celle d'Antoine Kolosoy, dit « Wendo ».
Son heure de gloire arriva en 1948, avec la sortie de son premier tube panafricain : Marie Luise. Il est alors devenu la première superstar de la musique congolaise, et il l'est resté pendant toutes les années 60, cette époque de l'indépendance où toutes les folies et tous les rêves étaient possibles.
Il est aujourd'hui, comme s'expriment ses compatriotes, « un monument » de l'histoire de la République Démocratique du Congo. Il est le grand-père fondateur de la rumba congolaise, cette musique exportée à Cuba par la traite négrière. C'est un miséreux, un mendiant que le président Laurent Désiré Kabila retrouva après avoir chassé du pouvoir le dictateur Mobutu en 1997. Aujourd'hui, à 80 ans, « le monument » est toujours vivant... Déjà, dans Je chanterai pour toi, Jacques Sarasin avait emboîté le pas d'un vieux musicien passé de mode mais ayant marqué son pays au moment de l'indépendance : Babacar Traoré du Mali. On the Rumba River suit la même piste, retrouvant à Kinshasa le vieux Papa Wendo, comme on l'appelle affetueusement, 82 ans, légende bien vivante.
C'est moins à l'étonnante biographie de Wendo que s'intéresse Sarasin qu'à l'homme d'aujourd'hui dans une ville délabrée. Il donne la parole à ses musiciens qui parlent affectueusement du maître et qui disent comment eux-mêmes sont venus à la musique. Sarasin filme leurs retrouvailles musicales avec une grande sensibilité, alternant des tableaux d'ensemble avec une multitude de plans très rapprochés où la caméra se fond au sein du groupe, va chercher les gestes et les regards, la sueur sur la peau et les mains sur les instruments, capte le rythme de chacun pour servir cette délicieuse rumba que dansent des initiés de plus en plus nombreux. C'est une véritable tension qui s'inscrit dans le film : un groupe est en train de se former de rencontres en répétitions, où Wendo retrouve sa place de leader incontesté, sonnant le la de ce qu'il faut croire et de ce qu'il faut éviter, chassant les divergences qui menaceraient l'unité du groupe et le succès de l'entreprise.
Et c'est un vrai bonheur de se laisser bercer par les images comme par la musique, le film nous en laissant très heureusement le temps sans que jamais une seconde ne paraisse de trop. Fulgurant par exemple, ce démarrage en clairs-obscurs sur le seul son de bâtons qui installent un rythme complexe et fascinant... Kinshasa dégouline d'humidité et de saleté mais les cadres de Sarasin sont d'une telle beauté, jouant des lumières et perspectives, qu'il rend à tous ces gens pauvres leur extraordinaire dignité. Alors qu'il conserve dans les entretiens une juste distance laissant à la personne filmée son champ de liberté, il se rapproche volontiers des visages et des instruments dans les répétitions, au plus près de la musique et de ces papis qui la vivent encore aussi physiquement.
africultures.com
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