LES SEPT JOURS
Écrit et réalisé par Ronit ELKABETZ et Schlomi ELKABETZ - Israël -2008 -1h55 - avec Ronit Elkabetz, Sulika Kadosh, Albert Ilouz, Moshe Ivgy... Festival de Cannes 2008 : film d'ouverture de la Semaine Internationale de la Critique.

Elle a la beauté ténébreuse d'une Médée, la grâce d'une Callas, un humour fracassant, et nous avait laissé le cœur transi dans La Visite de la fanfare, tant le moindre de ses gestes ou de ses mimiques a une élégance folle. Cette femme crève l'écran et quand elle passe pour la première fois à la réalisation avec son frangin, on en devient encore plus accro : elle rafle prix à Venise et succès critique... Prendre femme révélait alors deux auteurs magnifiques et on les attendait au tournant. Loin de nous décevoir, Les Sept jours, qui est donc leur deuxième film ensemble, nous embarque dans un huis-clos étonnant, aux allures de tragédie grecque, un film atypique, un Festen israélien qui vire au règlement de compte affectif, égratigne le vernis des convenances et des obligations, fait remonter à la surface les vérités les plus tordues.
Mais cet espace refermé sur lui-même, que les deux complices ont eu soin de verrouiller par leur façon d'organiser le cadrage, d'orchestrer les déplacements des corps, de filmer le groupe, n'est pas si clos qu'il y paraît : cette famille-là, tellement ancrée dans sa culture et le respect des traditions, est en connexion constante avec la réalité extérieure. Les spécimens d'être humains que nous observons ici comme dans une immense éprouvette ne sont jamais déconnectés d'une société déterminée, en phase avec un moment précis de son histoire. Le présent du film prend place pendant la première guerre du Golfe et on est mis d'emblée dans l'ambiance quand, en pleines funérailles, les sirènes retentissent et que la famille toute entière, tout de noir vêtue, se retrouve autour de la tombe avec un masque à gaz sur le nez ! La coutume veut, dans la religion juive, et même ceux qui ne sont pas plus pratiquants que ça s'y plient, que Viviane et ses sept frères et sœurs, après avoir jeté sur le défunt la dernière pelletée de terre, s'enferment ensemble durant sept jours et sept nuits dans la demeure du disparu, sans se laver, sans se raser, sans manger de viande, sans se coucher dans un lit, ni écouter la radio... après avoir recouvert d'un voile sombre les miroirs, photos, tableaux.
Ils sont affectivement proches, ou séparés depuis longtemps, ils s'aimaient ou se détestaient... Ces sept jours et sept nuits de rapprochement forcé vont provoquer la résurgence de sentiments et ressentiments refoulés, fluctuant de la cocasserie au drame et les affrontements vont prendre le pas sur le recueillement. La veuve et ses belles sœurs, les sœurs entre elles et les frères, les conjoints... finissent par aborder les questions d'argent et d'héritage. Les rapports entre les hommes et les femmes sont loin d'être apaisés et au machisme des uns répond l'adultère des autres, les scènes de jalousie aux tentatives de séduction...
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