LE BRUIT DES GENS AUTOUR
DIASTÈME - France -2008- 1h47 - avec Bruno Todeschini, Linh-Dan Pham, Emma De Caunes, Frédéric Andrau, Léa Drucker, Jeanne Rosa, Judith El Zein, Olivier Py, Olivier Marchal... Scénario de Diastème et Christophe Honoré. Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui.

« Le Bruit des gens autour n'est évidemment pas un film documentaire sur Avignon, même si j'ai souhaité que tout ce qui a trait au festival soit juste. Mais ce sont avant tout les sentiments, les émotions qui m'importent : l'amour et le désamour, le deuil, la solitude, le désir d'abandon, de lâcher prise, et puis la vie autour pour emballer tout ça, les rires et les larmes, les cris et les silences, la nudité et les costumes, ceux qu'on enfile pour se cacher, et faire croire que nous sommes quelqu'un d'autre. Je ne montre pas des artistes qui montent une pièce de Feydeau ou du French-cancan. Je montre des gens qui ont choisi d'exprimer ce qu'ils vivent par le biais de leur art. Ce qui rend peut-être le fond du film un peu noir, oui, même si j'ai la prétention de croire qu'il peut être drôle. D'autre part, je n'envisageais de clore l'histoire, de résoudre les problèmes. En tant que spectateur de cinéma, je n'aime pas qu'on me donne toutes les clés, toutes les réponses. J'ai presque envie de dire que ça ne me regarde pas... » DIASTÈME
Ce n'est pas toujours le cas, mais Diastème dit excellemment tout ce qui fait la chair de son film. Un cadre, un contexte parfaitement dessinés, dans lesquels les personnages peuvent se construire, s'épanouir dans toute leur richesse, toute leurs complexité, toutes leurs passions, tous leurs doutes. Agir local pour penser global comme dirait l'autre : partir d'un petit monde - celui du Festival d'Avignon, restitué avec une justesse gourmande dans ses moindres détails : le in et le off, le bruit et la fureur, le désir et la douleur, l'enthousiasme et la trouille, les grands frissons et les petites corvées - pour aborder des sentiments partagés ou partageables par le monde entier.
Nous allons donc suivre une petite dizaine de plus ou moins intermittents du spectacle vivant, tous en phase active de création et pour la plupart en déphasage affectif intense... Un couple de comédiens en pleine période de rupture qui jouent sur scène - les habitués reconnaîtront celle du Chêne Noir - deux amoureux en pétard ; l'auteur de la pièce en question, dévasté par la mort de sa femme qui ne date pourtant pas d'hier débarquant au festival sans en avoir vraiment envie ; deux filles en robe rose qui jouent et chantent de vieilles chansons françaises, l'une est enceinte et pense à l'avenir, l'autre ne se remet pas d'un amour brisé et pense au suicide ; une danseuse - du in ! - perfectionniste et donc tyrannique avec son régisseur qui ne s'en laisse pas compter ; un technicien-homme à tout faire du off qui va révéler, en plus de son sens du système D, une sensibilité irrésistible ; et, fil rouge entre tous ceux là qui sont sur scène ou juste à côté, une spectatrice un peu farfelue, qui va mettre les pieds dans le plat et son nez dans les coulisses et les recoins...
Ça va, ça vient, ça rebondit, ça bifurque, ça rigole, ça s'engueule, ça se réconcilie, tout est grave mais rien n'est sérieux, et surtout tout ça nourrit le spectacle, ce qui, au moins pour la durée d'un festival, est le plus important...
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