DERNIER MAQUIS
Rabah AMEUR-ZAIMECHE - France-Algérie 2008 1h33mn - avec Christian Milia-Darmezin, Abel Jafri, Sylvain Roume, Salim Ameur-Zaimeche, Rabah Ameur-Zaimeche, Mamadou Kebe, Mamadou Koita, Larbi Zekkour... Scénario de R A Z et Louise Thermes. 
La première image qui vous hantera longtemps, longtemps après que la lumière sera rallumée, c'est cet incroyable empilement de palettes rouges sous un soleil de plomb. Impossible de se défaire de ce décor, à la fois radicalement réaliste et à la limite de l'abstraction, foncièrement moderne et parfaitement intemporel, immuable et en mouvement perpétuel, qui évolue au rythme des allées et venues du chariot élévateur, créant des murs, dessinant des allées, improvisant des impasses, offrant avec trois fois rien (des palettes de récup', un pistolet à peinture, un cariste et quelques manœuvres) le plus fascinant des espaces de jeu. Un décor de western périphérique et de tragédie antique à la Lars von Trier, avec un côté labyrinthique aussi, entre dominos, Lego et Tetris (selon les générations de joueurs), parce qu'avec toujours les mêmes éléments de décor vous n'êtes jamais vraiment au même endroit, jamais vraiment où vous imaginez être. Et - le croirez-vous ? - c'est justement le chemin emprunté par Rabah Ameur-Zaimèche.
Car l'histoire de Dernier Maquis tient sur un timbre poste : la chronique d'un jeune patron de banlieue qui se mange de plein fouet un conflit social pour cause de désignation jugée trop autoritaire de l'imam qui doit officier dans la mosquée ouverte par ses soins pour ses ouvriers. Le premier réalisateur de pubs venu vous torcherait ça en 15 minutes chrono, avec, pour ne pas perturber les cerveaux de téléspectateurs voulus disponibles, juste ce qu'il faudrait de repères clairement identifiables (pour ne pas dire de caricatures) sur l'Islam, la banlieue, les méchants patrons et les salauds de grévistes...
Raté : Dernier maquis, sinueux, fait l'économie de 20 ans de clichés sur les banlieues, tient tout à la fois de la comédie burlesque, du drame social, du film noir et de la poésie, le tout ramassé en 1h30 d'une rare densité. Mao, le petit patron en question, n'est ni un saint, ni un salaud. Juste un gars dont le prosélytisme, un moment, flirte d'un peu trop près avec sa fonction sociale. Les ouvriers sont attentifs à leur boulot et aux conditions dans lesquelles ils l'exercent, mais aussi soucieux de leur intégrité et de la diversité de leurs aspirations. Tout ce petit monde s'entrecroise, se jauge, s'épaule, s'affronte, et c'est tout un discours politique qui peu à peu se fait jour, entre les rangées de palettes. Avec, peut-être, entre Marx et Mahomet, le moyen d'arriver à se comprendre. « Il y a un mur entre eux, mais il est percé de trous et la lumière le traverse de partout », nous dit le réalisateur. « Ça pourrait être ça, le dernier maquis ».
Rabah Ameur-Zaimèche filme ce qu'il connait, et ceux qu'il aime. Depuis Wesh wesh, qu'est-ce qui se passe ?, il nous brosse un portrait sans concessions mais attentif de son petit monde. Tour à tour drôle, grave et énigmatique, il s'attache à le raconter comme il faut, sans complexifier à outrance, mais sans simplifier non plus. Du cinéma à hauteur d'hommes, en somme, de la trempe d'Entre les murs, avec lequel il a finalement pas mal de points communs (le petit groupe, le lieu unique, l'écoute des personnages, l'absence de manichéisme, une stylisation du réel entre fiction et documentaire qui secoue violemment un cinéma français parfois flemmard, une énergie et une foi désarmante en son propre pouvoir...).
Il y a une autre image, dans Dernier maquis, qui devrait vous habiter longtemps après avoir vu le film. C'est une magnifique séquence hors du temps où on remonte en barque une rivière pour rendre à la nature un ragondin égaré dans les hangars. La poésie de cette douce respiration au milieu de l'orage replace le film dans quelque chose de plus vaste, lui confère une ampleur inattendue qui est la marque d'un grand cinéaste.

La première image qui vous hantera longtemps, longtemps après que la lumière sera rallumée, c'est cet incroyable empilement de palettes rouges sous un soleil de plomb. Impossible de se défaire de ce décor, à la fois radicalement réaliste et à la limite de l'abstraction, foncièrement moderne et parfaitement intemporel, immuable et en mouvement perpétuel, qui évolue au rythme des allées et venues du chariot élévateur, créant des murs, dessinant des allées, improvisant des impasses, offrant avec trois fois rien (des palettes de récup', un pistolet à peinture, un cariste et quelques manœuvres) le plus fascinant des espaces de jeu. Un décor de western périphérique et de tragédie antique à la Lars von Trier, avec un côté labyrinthique aussi, entre dominos, Lego et Tetris (selon les générations de joueurs), parce qu'avec toujours les mêmes éléments de décor vous n'êtes jamais vraiment au même endroit, jamais vraiment où vous imaginez être. Et - le croirez-vous ? - c'est justement le chemin emprunté par Rabah Ameur-Zaimèche.
Car l'histoire de Dernier Maquis tient sur un timbre poste : la chronique d'un jeune patron de banlieue qui se mange de plein fouet un conflit social pour cause de désignation jugée trop autoritaire de l'imam qui doit officier dans la mosquée ouverte par ses soins pour ses ouvriers. Le premier réalisateur de pubs venu vous torcherait ça en 15 minutes chrono, avec, pour ne pas perturber les cerveaux de téléspectateurs voulus disponibles, juste ce qu'il faudrait de repères clairement identifiables (pour ne pas dire de caricatures) sur l'Islam, la banlieue, les méchants patrons et les salauds de grévistes...
Raté : Dernier maquis, sinueux, fait l'économie de 20 ans de clichés sur les banlieues, tient tout à la fois de la comédie burlesque, du drame social, du film noir et de la poésie, le tout ramassé en 1h30 d'une rare densité. Mao, le petit patron en question, n'est ni un saint, ni un salaud. Juste un gars dont le prosélytisme, un moment, flirte d'un peu trop près avec sa fonction sociale. Les ouvriers sont attentifs à leur boulot et aux conditions dans lesquelles ils l'exercent, mais aussi soucieux de leur intégrité et de la diversité de leurs aspirations. Tout ce petit monde s'entrecroise, se jauge, s'épaule, s'affronte, et c'est tout un discours politique qui peu à peu se fait jour, entre les rangées de palettes. Avec, peut-être, entre Marx et Mahomet, le moyen d'arriver à se comprendre. « Il y a un mur entre eux, mais il est percé de trous et la lumière le traverse de partout », nous dit le réalisateur. « Ça pourrait être ça, le dernier maquis ».
Rabah Ameur-Zaimèche filme ce qu'il connait, et ceux qu'il aime. Depuis Wesh wesh, qu'est-ce qui se passe ?, il nous brosse un portrait sans concessions mais attentif de son petit monde. Tour à tour drôle, grave et énigmatique, il s'attache à le raconter comme il faut, sans complexifier à outrance, mais sans simplifier non plus. Du cinéma à hauteur d'hommes, en somme, de la trempe d'Entre les murs, avec lequel il a finalement pas mal de points communs (le petit groupe, le lieu unique, l'écoute des personnages, l'absence de manichéisme, une stylisation du réel entre fiction et documentaire qui secoue violemment un cinéma français parfois flemmard, une énergie et une foi désarmante en son propre pouvoir...).
Il y a une autre image, dans Dernier maquis, qui devrait vous habiter longtemps après avoir vu le film. C'est une magnifique séquence hors du temps où on remonte en barque une rivière pour rendre à la nature un ragondin égaré dans les hangars. La poésie de cette douce respiration au milieu de l'orage replace le film dans quelque chose de plus vaste, lui confère une ampleur inattendue qui est la marque d'un grand cinéaste.
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