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Publié le par MAX HEADROOM

Ursula MEIER - Suisse 2008 1h37 - avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adelaïde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet Klein... Scénario d'Ursula Meier, Antoine Jaccoud, Raphaëlle Valbrune, Gilles Taurand et Olivier Lorelle.




Le cinéma étant quand même avant tout, faut-il le rappeler, un art visuel, la première chose qui frappe dans Home c'est son décor, son cadre, son univers, qui happe l'œil dès les premiers instants, qui intrigue, qui trouble et qui donne d'emblée au film sa tonalité de fable aux frontières du réel. Une autoroute toute neuve, asphalte immaculé, balafre la campagne à perte de vue. Une autoroute vide, sans l'ombre d'une bagnole, un fantôme d'autoroute. Et, tanquée juste à côté, incongrue, comme déposée là par un diable farceur, une maison. Une vraie maison, pas une cabane de chantier. Pas non plus une baraque luxueuse, non, un pavillon certes brut de décoffrage mais doté de tous les attributs d'un foyer, avec des rideaux aux fenêtres, un paillasson devant la porte, une balançoire sur un bout de pelouse délimité par les glissières de sécurité. Et dans cette maison vit une vraie famille qu'on découvre en pleine partie de hockey, patinant et rigolant à l'envi. Le père Olivier Gourmet, la mère Isabelle Huppert et trois enfants : une grande fille, une moins grande et le petit dernier, qui doit avoir une dizaine d'années. Le scénario se garde bien de donner des explications oiseuses, ils sont là et puis c'est tout. Cette bicoque c'est chez eux, c'est leur home sweet home, même que la mère dira qu'ils ont suffisamment galéré avant de le trouver, cet endroit improbable où ils se sentent bien. Unis, cellulaires, loin des autres.

Chaque matin le père va travailler, dans sa voiture qu'il gare de l'autre côté des deux fois trois voies. Les deux plus jeunes enfants vont à l'école, empruntant le même chemin, s'enfonçant dans les champs qui les conduisent vers le monde extérieur, dont on ne verra rien. La mère reste au foyer, s'active, fait la lessive. Pendant que la grande fille lézarde au soleil en maillot de bain, affalée dans un transat, en écoutant du rock lourd à plein volume. Curieuse et excitante sensation d'être entre deux eaux, entre la chronique attentive d'un quotidien familial pas facile tous les jours et le récit d'anticipation post-apocalyptique, qui suivrait les faits et gestes légèrement décalés d'un groupe de rescapés d'une guerre dévastatrice. Quoiqu'il en soit la vie continue, banale somme toute, et joyeuse le plus souvent, le père se remet même aux travaux de la piscine, au grand bonheur de son fils.
Jusqu'au jour où se produit l'événement que chacun redoutait peut-être sans jamais en parler : l'autoroute, laissée à l'abandon depuis sa construction, est ouverte à la circulation. Ce sont d'abord les ouvriers et les camions de chantier qui débarquent, puis les automobilistes, dûment célébrés par la radio qui tonitrue la nouvelle.

Et là évidemment, tout change. C'est le monde, ce monde dont elle avait cherché à tout prix à s'extraire, qui s'impose en force sous le nez de la petite famille. Un monde bruyant, dangereux, polluant, sale, inquiétant, menaçant, vampirisant... Là encore, des images fortes, comme ce gigantesque embouteillage de départ en vacances, symbole terrifiant de la folie automobile. Et face à cette agression, le clan se retranche, se replie sur lui-même, essaie de trouver des combines dérisoires pour faire semblant de continuer à mener une vie normale. Préserver l'intégrité du foyer, sauvegarder l'harmonie familiale deviennent une obsession, le père multiplie les initiatives de calfeutrage, la mère perd pied, s'accroche à des habitudes périmées, les enfants subissent, essaient de s'adapter, de partager l'obstination de leurs parents... Fusion et confusion, le climat devient de plus en plus étrange, on ne sait plus d'où sourd le plus grand danger : de l'autoroute, à l'extérieur, ou de la famille, à l'intérieur ?
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Publié dans cinetampes

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