FALAFEL

Publié le par MAX HEADROOM

Beyrouth, l'été. Une nuit de la vie d'un jeune libanais, Toufic, et ses déambulations nocturnes.
Entre sa famille, ses amis et ses amours, il essaie de croquer la vie à pleines dents, s'amuser, aimer, et chaque seconde qui passe est vitale... Mais il découvre que vivre normalement, dans ce pays, est un luxe hors de sa portée. Quinze ans après la fin de la guerre, il y a toujours un volcan qui sommeille à chaque coin de rue, une nappe de gaz prête à exploser...

Un " after hours " libanais qui ne manque pas de charme. Le cinéaste a le don pour capter l'effervescence nocturne, l'ambiance électrique de la ville...
Falafel, le Liban dans tous ses éclats

RENAULT Gilles      Libération


On a déjà constaté le besoin impérieux qu'éprouvent un certain nombre d'artistes libanais (Rania Stephan, Danielle Arbid, Lida Charaf, Halim Sabbagh.) à empoigner une caméra qu'ensuite, pour rien au monde, ils ne voudraient lâcher. Michel Kammoun est du lot. Sortant son premier long-métrage à 38 ans, après avoir étudié les maths au Liban et le cinéma à Paris, il dit : «Pendant la guerre, pour moi qui ai grandi dans des abris souterrains, le cinéma était une soupape, une façon d'échapper à la réalité, mon seul oxygène, mon seul but. En faire n'est pas le métier que j'ai choisi, c'est une évidence.»


Comment s'étonner, dès lors, que Falafel choisisse de foncer, même sans casque, à l'instar du beau gosse barbu qui sillonne Beyrouth, la nuit, sur un scooter ? Avant de tomber en rade. En quelques heures de temps, Toufic fait tout et rien, mais pas n'importe comment. A la désinvolture succède la colère, comme à l'absurdité, la tension. Il y est question, tantôt frontalement, tantôt par la bande, d'un commerçant philosophe et de deux accortes jumelles prénommées Sofia et Lauren ; d'un kidnapping en pleine rue et d'une femme qu'on regarde se déshabiller par la fenêtre ; d'un petit frère qu'on couve d'affection et d'une aimable fiesta dans un appartement, qui vire à l'embrouille sur le trottoir.


Rien d'insurmontable, mais toujours un détail pour rappeler qu'il faut rester sur le qui-vive dans un pays où l'on a à peine le temps de tourner un film entre une guerre civile, l'assassinat d'un Premier ministre et une opération belliqueuse d'Israël. Un pied dans le drame, l'autre dans la comédie, Kammoun évite soigneusement de choisir son camp de façon catégorique, rappelant toutefois, dans les notes accompagnant son film, que «l'être humain a besoin d'un minimum vital de dignité». Et quand, acculé, il contraint son héros, symbole censément universel («partout dans le monde, les jeunes générations sont inquiètes et ont envie de s'étourdir dans le plaisir immédiat»), à trouver une issue, une pluie de falafels s'abat sur le toit d'un immeuble. L'obligeant à tourner son regard vers le ciel étoilé, et, de la sorte, à garder la tête haute. Bien vu.



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Publié dans cinetampes

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