CAOS CALMO

Publié le par MAX HEADROOM

Antonello GRIMALDI - Italie 2008 1h55  Avec Nanni Moretti, Valeria Golino, Alessandro Gassman, Isabelle Ferrari, Silvio Orlando, Blu Di Martino, Hippolyte Girardot, Denis Podalydès, Charles Berling, Roman Polanski...


Scénario de Nanni Moretti, Laura Paolucci et Francesco Piccolo,

d’après le roman Chaos Calme de Sandro Veronesi.


CAOS CALMO

On le sait depuis La Chambre du Fils : en plus de ses talents d’observateur drôlatique et caustique de la société italienne en déliquescence, Nanni Moretti est aussi un acteur magnifique qui sait porter un drame et bouleverser au plus profond d’eux-mêmes les spectateurs. Dans Caos Calmo, Moretti a pu jouer pleinement de ces deux facettes, puisque ce drame familial est aussi l’occasion d’exposer le pathétique de la comédie humaine.

Au commencement il y a la vie qui bascule, absurde. Pietro Paladini (Moretti), cadre épanoui d’une chaîne de télévision câblée, joue aux raquettes sur la plage avec son frère Carlo (Alessandro Gassman, le séducteur italien qui va faire grimper la libido des spectatrices), sans savoir qu’à quelques centaines de mètres sa femme meurt sous les yeux de sa fille. Et, envahi non pas par un chagrin extraverti mais au contraire par un chaos calme, il décide, le jour de la rentrée des classes de sa fille, que désormais il passera ses journées à attendre la fin des cours dans le square en face de l’école.

L'idée forte, c'est d'avoir centré tout le récit, à quelques digressions près, non seulement autour du seul personnage incarné par Moretti, au sommet de son talent, mais autour d'un seul lieu, le square, où loin de s'enfoncer dans une dépression inexorable, Pietro va reconstruire sa vie à partir de petits riens : l'observation des habitués, la construction jour après jour de nouvelles petites habitudes et de petits bonheurs : voir passer quotidiennement une blonde sculpturale et son Saint-Bernard, amuser un enfant trisomique qui attend tous les jours un petit coup de klaxon de la voiture de Pietro, manger les pâtes au basilic d'un vieux voisin...

Et face à la calme obstination de Pietro, tout son entourage vient à lui dans ce square à défaut de le voir venir à eux. Et là on retrouve le Moretti acide et impitoyable avec ses contemporains italiens, obsédés par le paraître, le pouvoir et l'argent, par le sexe autant que par la religion, incapables de comprendre la tempête intérieure de Pietro. Car si tous viennent le voir dans son square, ce n'est pas tant pour s'inquiéter de son sort ou le convaincre de revenir à une «vie normale» que pour lui communiquer leurs propres angoisses, et les malheurs de leur pathétique petite vie. Il y a la belle-sœur comédienne (Valeria Golino, ouh là là qu'elle est belle !) qui vient se répandre sur ses déboires sentimentaux avec un metteur en scène marié, mais surtout les collègues de Pietro (notamment Hippolyte Girardot, Denis Podalydès et Charles Berling, génialement obscènes en requins assoiffés de pouvoir affichant une fausse amitié de 20 ans), obsédés par la fusion prochaine de leur chaîne de télé avec un grand groupe de médias. Les auteurs en profitent pour glisser une pique cinglante à un monde du cinéma et de la télévision italiens totalement vendu aux marchands du Temple. Et quand on sait que la fusion racontée dans le film est une évocation de celle de Telepiu avec le terrifiant empire de Rupert Murdoch (incarné dans le film par Roman Polanski !), on comprend mieux le piquant de la situation.

Et finalement les habitués du square paraissent tellement plus intéressants à Pietro que tous les gens de sa vie passée ! Mais pour un retour à la normale, sans rien vous dévoiler en détail, il faudra en passer par le sexe... Eh oui ! Il y a une scène de sexe explicite avec Nanni Moretti, qui a fait grand bruit en Italie et qui je l'avoue est quelque chose d'aussi perturbant que de voir Rocco Siffredi chanter l'Internationale...

Publicité

Publié dans cinetampes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article