"QUINCEANERA"

Publié le par MAX HEADROOM

 ECHO PARK, L.A

Écrit et réalisé par Richard GLATZER et Wash WESTMORELAND, USA, 2006, 1h30mn, VOST. GRAND PRIX et PRIX DU PUBLIC FESTIVAL DE SUNDANCE 2006.

 « Quinceañera », c’est l’extraordinaire fête dont chaque petite fille rêve en grandissant, qu’elle attend des mois durant et ne veut surtout pas rater, celle où elle se doit d’être plus belle que belle, propulsée pour l’occase au point de convergence de tous les regards, tandis que toute la communauté célèbre son entrée dans sa quinzième année, s’esbaudit de son passage à l’état de femme en âge d’être aimée, de s’émanciper de sa famille… Il y a avant la Quinceañera et après : c’est la cérémonie qui date la fin de l’insouciance, le moment où tout bascule, où la mamma vous expulse de ses jupons, où les garçons prennent position. Dans la communauté hispanique de Echo Park, quartier populaire de Los Angeles, les familles dépensent au-delà de leurs moyens pour la robe rose qui préfigure celle d’un futur mariage, la limousine la plus longue, les meilleurs musiciens de reggaeton… C’est l’occasion de valoriser sa progéniture, de faire savoir ce qu’on est prêt à faire pour elle, de manifester sa fierté.

Le film s’ouvre sur la fête d’Eilen et pour Magdalena, la célébration de la Quinceañera de sa cousine sonne comme une répétition générale de la sienne, dont la date est déjà fixée quelques mois plus tard. Pour Magdalena qui est en proie à mille doutes, cette fête formidable est aussi comme un rappel que la famille de sa cousine a des moyens que la sienne n’a pas, qu’elle devra récupérer sa robe et qu’il y faudra plus d’une retouche pour qu’elle puisse y rentrer, vu que sa cousine est plus fine… Rien qui la réjouisse : comme la plupart des adolescentes du monde, Magdalena et ses copines se testent, se tâtent, se comparent, ne connaissent rien à rien, causent futilités, shopping, garçons, se croient trop rondes, nulles et moches.
Pourtant, c’est rien de dire que Magdalena a cette beauté que l’on dit du diable tant elle prend sa source au cœur de la jeunesse et des désirs qui commencent à la perturber… Son petit ami a beau lui jurer qu’il l’aime, elle voit bien les regards chauds qu’il coule vers sa copine Jessica, elle voudrait bien l’accrocher davantage, résiste à ses avances… Un flirt un peu poussé et voilà notre pucelle naïve et maladroite qui nous refait le coup de l’Immaculée Conception ! Toujours vierge et sûre de sa bonne conscience, elle n’arrivera cependant pas à convaincre son père qu’elle « n’a rien fait de mal » et la pécheresse qui plonge sa famille dans le déshonneur et la honte sera expulsée séance tenante du toit familial. Dès lors, Magdalena va se retrouver au rayon des exclus, ceux dont la communauté n’approuve pas les différences, ceux qui refusent de filer droit, logée chez un vieil oncle accueillant qui n’est jamais rentré dans le rang, et héberge déjà Carlos qui lui a le tort de s’intéresser plus aux garçons qu’aux filles… Car c’est, comme toujours, au niveau du sexe que les accros des religions placent la notion d’honneur ou de déshonneur.
Ces quelques mois de vie commune vont marquer un tournant dans la vie de Magdalena, de Carlos, de l’oncle Tomas… et des autres ! Car tandis qu’elle remue ses petites intolérances, la communauté d’Echo Park ne voit pas venir d’autres bouleversements qui s’amorcent. La ville s’étend, Echo Park est menacé dans sa cohérence culturelle par une évolution immobilière qui risque bien de modifier le mode de vie de la communauté dans un futur pas si lointain…

NB : un Grand Prix doublé du Prix du public au festival de Sundance, initié par Robert Redford il y a plus de vingt ans et devenu le point de rencontre de tous les nouveaux talents du cinéma indépendant américain et du monde entier, c’est mieux qu’une référence : c’est la certitude de plonger dans un film original, chaleureux, excitant.
Les réalisateurs, qui n’en sont pas à leur première réussite, ont emménagé à Echo Park en 2001 et le film s’est construit avec la complicité chaleureuse des habitants du quartier, mélangeant débutants locaux et acteurs professionnels.
La présence mexicaine à Los Angeles remonte à la création même de la ville, fondée en 1781 par deux missions espagnoles. En 1822, la Californie est annexée par le Mexique devenu indépendant de l’Espagne puis, en 1848, par les Etats-Unis… Utopia.org

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Publié dans cinetampes

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