comédie sociale

Publié le par MAX HEADROOM

PRINCESAS
Fernando Leon de ARANOA, Espagne, 2005, 1h57mn, VO


Comme dans son prédédent et très apprécié Les Lundis au soleil, Fernando Leon de Aranoa nous donne un film qui nous rend moins bêtes, qui nous aide à comprendre, à accepter, à aimer. Qui ? L’autre, l’étranger, l’intrus qu’une mécanique sans doute compréhensible mais ô combien basique et nuisible nous amène à considérer comme la cause de tous nos maux. Un film qui, sans être moralisateur ou manichéen, démonte avec beaucoup de justesse le système global qui engendre ce repli frileux, voire haineux, et qui, mieux encore, fait éclater la formidable richesse qui peut naître lorsqu’on dépasse peurs et préjugés.

À leur manière, ce sont bien deux princesses, qui se seraient égarées dans des rues d’où les princes charmants ont foutu le camp, laissant la place aux hordes de loup…
La trentaine déjà un peu usée, Caye est Espagnole et tapine à son compte. Le bouche à oreille et son téléphone portable lui assurent un travail assez régulier. Pourtant, depuis plusieurs mois, la concurrence vient casser les prix. Les jeunes latinos ont envahi les trottoirs et proposent leurs services à des tarifs bien plus compétitifs que les locales.
C’est la crise du tapin et chacune y va de sa petite analyse du problème, pestant contre ces étrangères qui viennent leur piquer leurs habitués. Caye est comme ses frangines, elle râle aussi, plus pour ne pas se faire remarquer que par réelle conviction… Car son esprit est ailleurs, elle est dans ses rêves… Elle économise euro par euro pour se payer une nouvelle poitrine qui ne pourra qu’apporter une plus value à son outil de travail… Elle rêve aussi de l’amour, la benête, du gars qui viendrait la tirer du ruisseau pour l’emmener dans son château ; elle est pas gourmande Caye, même un petit F2 suffirait. Et puis, tous les dimanches, elle déjeune en famille et fait semblant d’être une autre qui ne serait pas pute, elle écoute stoïquement le blabla estampillé « réussite sociale » des uns et des autres.

Un peu plus jeune mais déjà mère d’un petit garçon resté dans son pays natal, Zulema tapine dans le même quartier. Elle est belle comme une reine, avec ses longs cheveux bruns, ses jambes interminables et son regard doux d’une tristesse infinie. Elle partage un ridicule appartement « en alternance » avec une famille de clandestins, ils ont le matelas la nuit, elle l’a le jour… Naïve, elle croit pouvoir obtenir des papiers d’un sale type qui a vu en elle la proie facile et la promène de passe en passe… Elle pense qu’avec ces papiers, la vie sera plus douce… Elle a sûrement raison, mais en attendant, elle prend surtout des raclées.

D’abord méfiantes l’une vis-à vis de l’autre, les deux putes, les deux princesses se lient d’amitié, elles savent qu’elles marchent toutes deux sur la même corde raide, qu’elles ont les mêmes rêves, la même envie de tendresse et qu’à deux solitudes se tenant solidement la main, on est toujours plus fortes contre le monde méprisant et contre les salauds qui profitent toujours de la désespérance des exilés, sans que personne ne lève jamais le petit doigt.

Princesas est un film engagé, surtout aux côtés de ses personnages, un film généreux, un film bouleversant qui sait aussi être drôle. Un film qui en passant lève le voile sur les conditions des prostituées de cette Europe qui fait semblant de les ignorer pour mieux se persuader qu’elles n’existent pas. Un film beau parce que juste.

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Publié dans cinetampes

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