échelles temporelles

Publié le par MAX HEADROOM

PRIMER  Site officiel

Produit, écrit, réalisé, monté et mis en musique par Shane CARRUTH, USA, 2004, 1h16mn, avec Shane Carruth, David Sullivan, Casey Gooden, Anand Upadhya...



Récompensé il y a 3 ans par un Grand Prix au Festival de Sundance, ce petit film (par sa durée et son budget : 7000 dollars) nous arrive enfin grâce à nos camarades d’ED Distribution, irremplaçables dénicheurs de films singuliers et iconoclastes. Comment présenter Primer ? Là est toute la difficulté tant le film nous entraîne dans un univers labyrinthique, mélangeant science fiction et réalité scientifique.
Tentons un résumé : Aaron et Abe sont jeunes, électroniciens et enthousiastes. Aidés de deux collaborateurs, il travaillent sur de nouvelles cartes informatiques lorsque, par accident, ils découvrent que l’une de leurs « boîtes » permet de réduire la masse des objets. Ils échafaudent une théorie : il existerait des échelles temporelles différentes. Pour la vérifier, il vont tenter l’expérience sur eux-mêmes, modifiant ainsi le cours de leur existence.

On pourrait donc qualifier le film de thriller scientifique, avec pour modèle les films de David Lynch, Pi de Darren Aronofsky mais aussi les thrillers paranoïaques des années 70. Avec un souci aigu du cadre et du détail, le réalisateur distille une ambiance froide et étrange : grain de l’image 16mm, lumières blanchâtres et clinquantes, musique à la fois synthétique et cristalline.
Le début du film se concentre sur les chercheurs en plein travail d’élaboration de leurs cartes informatiques: leur jargon scientifique restera incompréhensible pour la plupart des spectateurs, mais le déroulement de leurs recherches captive.
Puis à mesure que nos protagonistes découvrent les potentialités de leurs machines, le film s’emballe, le montage est de plus en plus éclaté. on navigue dans des espaces temps différents. Grâce au pouvoir de leurs machines, les héros créent leur double: interviennent ainsi sur des événements familiaux passés ou se projettent dans le futur pour avoir un temps d’avance sur le présent...
Se posent alors à eux d’inédites questions philosophiques et déontologiques. Mais le pouvoir extraordinaire de leur découverte les entraîne sur une pente dangereuse et très vite les doutes, la folie, la cupidité les submergent. La peur que leur ubiquité soit découverte devient pesante. Le double agit et réagit comme l’original et peut du même coup créer à son tour une nouvelle réplique...

Et le spectateur dans cette aventure ? Pour lui, c’est un mélange de confusion et de fascination. Sommes nous dans le présent, le passé, le futur ? S’agit il de l’Aaron, de l’Abe originels ou de leur double ? Le réalisateur ne nous prend jamais par la main et il faut rester en alerte, tenter de décrypter les images et de recomposer le puzzle. À la fin, il nous est difficile d’émettre une conclusion, de démêler le vrai du faux, ce qui a réellement eu lieu ou pas. On échafaude à notre tour des théories. La seule certitude, c’est qu’on vient de voir un sacré film !


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Publié dans cinetampes

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