Atavisme

Publié le par MAX HEADROOM

Deepa METHA, Inde, 2005, 1h57mn, avec Sarala, Lisa Ray, John Abraham,Seema Biswas...


« J’ai eu l’idée de réaliser ce film dans les années 1990, à la suite d’un voyage à Bénarès, explique Deepa Mehta. En me promenant sur les rives du Gange, parmi les pèlerins, une femme a attiré mon regard. Elle avait des cheveux blancs ras, la bouche édentée, le corps desséché par l’âge, une visible détresse sur le visage. C’était une veuve venue mourir dans la ville sainte, gage de son salut. »

1938, l’empire anglais a du plomb dans l’aile, l’Inde est en route vers son indépendance avec Ghandi à sa tête. L’Inde est en pleine mutation et pourtant la tradition et la religion garde plein pouvoir sur le comportement des individus et les femmes restent soumises à la loi ancestrale et aux hommes.
Chuyia est une petite fille de huit ans, aux yeux brillants et pétillants. Sa famille l’a récemment mariée à un homme riche et vieux de leur village. Le vieil homme tombe malade et meurt, faisant de Chuyia une veuve. La tradition veut qu’elle aille vivre dans une maison pour veuves hindoues, où elle passera sa vie dans le renoncement. On attend d’elle qu’elle expie les péchés passés qui ont conduit son époux à la mort. Elle partagera sa vie avec ces femmes « paria » à la tête rasée, mendiant pour manger et passant son temps à prier en attendant la mort. Chuyia comme les autres veuves, ne sera plus rien. Mais cette enfant curieuse et innocente et un peu espiègle ne ne pourra se satisfaire de cette condition imposée. Son envie de vivre, sa curiosité, sa révolte peut-être, va souffler dan cette maison « fermée » et affecter la vie des autres résidentes et les règles de cette communauté.
« La cinéaste Deepa Mehta a donné à ce portrait d’enfant une vérité intemporelle, refusant de céder aux menaces des fondamentalistes hindous qui avaient réussi à interrompre le tournage de son film, qu’elle dut repousser pendant plusieurs années. Le sort des veuves est encore un sujet tabou dans l’Inde d’aujourd’hui, et on sent ici la détermination d’une femme qui, avec sa caméra, défie l’immobilisme. Mais Water est aussi un film charmant, où se développe une histoire d’amour entre une jeune veuve, dont Chuyia est devenue l’amie, et un intellectuel progressiste qui a succombé à sa beauté.

« Réalisme et romantisme font bon ménage pour la cinéaste, qui mène des combats politiques dans son pays, tout en réalisant à l’occasion des épisodes de la série télé américaine Les Chroniques du jeune Indiana Jones. Il s’agit pour elle de toucher un large public, mais aussi de l’interpeller, et elle y parvient en se servant du lyrisme bollywoodien pour habiller une histoire dont la violence crue finira par surgir. Les armes du mélodrame seront alors les plus justes. Sous ces images séduisantes, faciles, un désespoir traverse Water et résonne comme un cri d’alarme. »  Frédéric Strauss

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Publié dans cinetampes

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