Révolte et passion

On ne sait pour ainsi dire rien de la Corée du Sud, sinon que son cinéma est passionnant… On ne sait pas par exemple qu’en mai 1980, suite au coup d’état d’un obscur général, l’armée massacra un grand nombre des 5000 manifestants civils et étudiants venus protester contre la fermeture de l’Université Jônnam, à Kwangju. Une sorte de Tien an Men avant l’heure, vécu dans la quasi indifférence des médias occidentaux.
On ne sait presque rien de ce climat de tension politique et sociale qui maintint le pays dans la violence et la répression pendant plusieurs décennies… On ne sait rien de cette époque pas si lointaine où les ouvrières des usines s’immolaient par le feu pour protester contre les plans de licenciements ou des conditions de travail épouvantables…
À sa manière, avec ses élans romanesques et sa sensibilité à fleur de peau, Le Vieux jardin nous dévoile des pans entiers de l’histoire de ce pays. Et si le spectateur est un peu dérouté au début, ne sachant pas trop comment prendre ce récit qui peut paraître un peu naïf, l’histoire tant individuelle que collective qui se trame le saisit peu à peu pour ne plus le lâcher… Et l’on se surprend à être finalement pris aux tripes par les destinées fatales de ces étudiants pleins de rage et d’espoir qui étaient prêts à toutes les audaces, à toutes les folies pour que les lendemains chantent plus justes, plus libres, plus démocratiques.
Mai 1980, la province de Kwangju est donc en état de siège. L’armée a quadrillé les quartiers sensibles et arrête les opposants, hommes politiques, intellectuels. Les étudiants, rejoints bientôt par d’autres habitants, prennent d’assaut les universités, les mairies. La jeunesse est dans la rue, enragée, prête à en découdre. Des milices armées se forment, les cocktails molotovs pleuvent sur les casques et les boucliers des policiers. 23 mai, on compte 150 000 manifestants… 27 mai : l’armée donne l’aussaut. Officiellement deux cent morts… plusieurs milliers selon les organisations de défense des droits de l’homme…
Hyun-woo, l’un de ces jeunes militants, parvient à échapper aux rafles et s’enfuit. Il trouve refuge dans la montagne où Yoon-hee, jeune professeur de dessin sympathisante de la révole, a reçu mission de le cacher.
Le temps d’une parenthèse, alors que la ville gronde sous les affrontements, les deux jeunes gens vont vivre une passion fulgurante, au coeur d’une bicoque de fortune nichée sur les rives silencieuses d’un lac. Mais la trêve ne dure qu’un temps, celui de s’aimer sans se faire de vaines promesses, car Hyun-woo ne peut rester à l’écart de la lutte, il doit rejoindre ses compagnons… Et cette fois il n’échappera pas aux forces de l’ordre…
Le film, construit en flashes-back très habilement agencés, débute en fait 17 ans plus tard, quand Hyun-woo sort de prison. Les cheveux blanchis, il reviendra dans le vieux jardin, l’âme meurtrie par le souvenir de cet amour qu’il n’aura pas vécu, de cette vie qui lui aura échappé…