APRES LUI

Publié le par MAX HEADROOM

Gaël MOREL, France, 2007, 1h34mn, avec Catherine Deneuve, Thomas Dumerchez, Guy Marchand, Elodie Bouchez, Luis Rego, Adrien Jolivet, Eli Meideros, Amina Medjoubi... Scénario de Gaël Morel et Christophe Honoré. Quinzaine des Réalisateurs, Festival de Cannes 2007.

 


Deux jeunes adultes font les andouilles comme deux gamins. Musique à fond, chahutages et rigolades. Condensé de vie dans des corps montés sur ressorts, souples comme des roseaux sauvages, insouciants comme on l’est à vingt ans. Ils préparent une virée entre potes, l’enterrement de vie de garçon d’un gars de leur bande.
Camille est la mère de l’un d’eux. Elle prête une robe pour le déguisement de circonstance, passe sa main sur une joue pour appliquer du rose, pose un peu de bleu sur les paupières fragiles et rit de tout son cœur à cette jeunesse pétillante qui lui fait cadeau de cet instant complice.
Puis l’accident de voiture. Con comme un platane planté sur le bord d’une nationale. Con comme un mauvais réflexe, con comme la mort. Coup de fil, le temps est suspendu, Camille au bord du gouffre. Puis le temps reprend son cours, comme si de rien n’était, d’ailleurs dehors, tout est normal: on vit, on rit, les chats miaulent et les gens heureux dorment, mais ici, dans les bras de Camille, le monde a basculé de l’autre côté, plus rien n’est et ne sera jamais comme avant.
Comment affronter, comment continuer à vivre, comment avancer et comment ne pas vouloir à son tour aussi mourir ? Comment accepter l’inacceptable ?

Avec ses armes fragiles, pleine de cet amour qui déborde de chaque parcelle de son être sans pouvoir être endigué par la présence de son enfant perdu, elle va essayer de ne pas sombrer. Se raccrocher aux petites choses du quotidien, ces riens du tout qui font une vie, qui n’ont pas grande saveur mais donnent un peu de contenance quand tout s’effrite, quand le goût de tout semble perdu à jamais. Reprendre le travail. Revenir en arrière sur cette nationale. Regarder le platane. Essayer de comprendre.
Dans ce deuil qui s’amorce à peine, Camille embarquera Franck avec elle. Franck, le meilleur ami de Mathieu. Franck qui conduisait la voiture.
Alors que personne dans son entourage ne comprend son attitude, Camille se rapproche du jeune homme. Lui qui écoute la même musique que celle qu’écoutait Mathieu, lui qui poursuit les mêmes études, lui qui est aussi malheureux qu’elle, lui qui est vivant.
Il ne s’agit là ni de pardon, ni de culpabilité, ni de vengeance, Camille a balayé tout cela d’un revers de main. Auprès de Franck, Camille est encore un peu avec Mathieu. Et même si sa démarche est maladroite, ambiguë, troublante pour tous et gênante pour le garçon qui ne sait trop que faire de cette affection soudaine, c’est sa manière à elle de s’inventer une bouée pour ne pas couler. Sa façon d’accompagner encore un peu sur le chemin imaginaire de sa tendresse, son fils, avant de lui lâcher définitivement la main.

Pas facile, vous l’imaginez, d’encaisser un film pareil. Mais la grâce et l’intelligence d’Après lui vous emportent au-delà de la dureté de son sujet. On pleure, parce que la douleur de Camille devient aussi la nôtre, mais le film n’est jamais larmoyant, ou impudique, il y a toujours cette retenue dans le ton, comme une frontière invisible qui force l’admiration, rien de superflu , rien de gratuit.
C’est un film littéralement habité par Catherine Deneuve, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles, incarné avec la précision, la justesse, la subtilité et la passion des grands. Elle est de tous les plans ou presque, sans masque de papier glacé, pas glamour pour un sou et furieusement belle, authentique. On a le sentiment que c’est un rôle qu’elle attendait depuis longtemps et qu’elle a nourri précieusement et tendrement.

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Publié dans cinetampes

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