Cinéma découverte

Publié le par MAX HEADROOM

LA LEON

Écrit et réalisé par Santiago OTHEGUY, Argentine, 2007, 1h25mn, avec Jorge Roman, Daniel Valenzuela et des comédiens non professionnels, tous habitants de la région où a été tourné le film...

 


Les images, en scope noir et blanc, sont d'une beauté vénéneuse et font naître une émotion immédiate. Elles nous nous immergent au coeur d'un territoire extraordinaire, entre la terre et l'eau : la région du Delta du rio Paranà, en Argentine, labyrinthe de bras de rivière, réseau complexe d'îles et d'ilôts inondables. Paysages à la fois grandioses et étouffants, qui semblent frappés de léthargie et qui sont pourtant en mouvement perpétuel : l'eau court, naturellement, mais la terre bouge elle aussi, poussée en avant (70 mètres par an) par l'accumulation des sédiments. Contrée sauvage et inhospitalière, difficilement accessible, où vivent quelques 3000 humains, les Isleños, qui subsistent pour la plupart en récoltant les roseaux qui poussent évidemment en abondance sur les rives. Ils vivent aussi de la pêche, et du bois des peupliers qu'ils coupent pour le revendre aux papeteries de la ville.
Ainsi vit, humble et solitaire, Alvaro, que nous suivons dans son labeur quotidien. Même si ses gestes et ses activités sont ceux de tous les membres de la communauté, on sent très vite qu'il est à part, qu'il étouffe dans ce clan fermé sur lui-même, préoccupé de sa seule survie, où tout le monde connaît tout le monde, où chacun regarde toute personne venue de l'extérieur comme un danger potentiel.
Au fil de séquences volontairement elliptiques, qui ne dévoilent que par bribes la réalité des hommes et des éléments, on apprend à connaître un peu Alvaro, son amitié pour un vieil Isleño dont le fils vient de mourir (suicidé par amour, déplore le père anéanti ; assassiné par une bande de travailleurs « étrangers » semi-clandestins, vitupèrent ceux qui veulent que les îles restent aux Isleños), son désir pour les garçons, son amour des livres : il fait des travaux de reliure pour une bibliothèque de la ville. On comprend mieux son isolement, sa mise à l'écart, en partie volontaire...
Bientôt émerge le troisième personnage central du film (troisième : après le décor et Alvaro...) : c'est Turu, l'homme au cou de taureau qui pilote « La Léon », le bateau-bus qui constitue le seul lien entre les habitants des marais et la ville. Fort de son rôle capital, relais incontournable de toute communication entre les Isleños, Turu laisse libre cours à sa volonté de pouvoir, à sa hargne anti-étrangers, à son intransigeance envers toute forme de différence. Il sème les germes d'une violence qui finira forcément par éclater...
Enchâssée dans cet environnement qui ne se fait jamais oublier, « l'histoire avance comme les eaux du fleuve, comme un lent courant, irréversible, impossible à remonter » (c'est le réalisateur qui parle).

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Publié dans cinetampes

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