Bellocchio
LE METTEUR EN SCÈNE DE MARIAGES
(IL REGISTRA DI MATRIMONI) Écrit et réalisé par Marco BELLOCCHIO, Italie, 2006, 1h40mn, avec Sergio Castellitto, Donatella Finocchiaro, Sami Frey, Gianni Cavina, Maurizio Donadoni, Bruno Cariello, Simona Nobili, Claudia Zanella...
Après Buongiorno, notte, fortement ancré dans l’histoire politique italienne (l’enlèvement d’Aldo Moro par les brigades rouges) mais déjà parcouru d’ondes quasi-fantastiques, Marco Bellocchio largue complètement les amarres réalistes et nous embarque dans une comédie-rêverie en toute liberté, qui aborde à la fois les incertitudes du cinéaste devant le(s) film(s) à faire ou ne pas faire, et l’angoisse de l’homme italien sous le poids des traditions, us, coutumes et autres pièges poussiéreux de la culture nationale… Toutes proportions et révérence gardées, Bellocchio réalise son Huit et demi personnel, qui n’égale évidemment pas celui du maestro Fellini mais qui ne manque pas d’allure ni de charme…
Et puisqu’on parle de charme, Bellocchio a eu la divine inspiration de choisir comme alter ego le décidément génial Sergio Castellitto, qui campe avec un mélange de détachement suprême et de fébrilité touchante le vacillant Franco Elica, metteur en scène jusque là plutôt béni des dieux du cinéma mais qui aborde une période difficile, pour ne pas dire merdique : non seulement il doit se résoudre, faute de projet plus excitant, à réaliser une énième version de cette scie littéraire que sont Les Fiancés de Manzoni, mais il doit en outre encaisser le mariage de sa fille chérie avec un calotin, le rejeton pas rebelle pour deux sous d’une famille catholique fervente. Et en guise de cerise sur le gâteau, le voilà accusé de harcèlement sexuel par une candidate comédienne…
Exténué d’avance, il s’enfuit en Sicile, se réfugie dans un petit village loin de tout… Il y rencontrera trois hommes : un brave garçon qui vit de ses films de cérémonies de mariage (qui le reconnaîtra et l’hébergera, en échange de ses conseils de « maître du cinéma ») ; un collègue réalisateur professionnel qui se fait passer pour mort histoire de connaître la gloire qu’il n’a jamais eue de son vivant ; et un prince cultivé, raffiné, mais ruiné. Le Prince Ferdinando Gravina di Palagonia propose à Elica de filmer le mariage de sa fille Bona : union guidée uniquement par des raisons financières, cérémonie dont la perspective le révulse jusqu’au plus profond de son être mais à laquelle il veut donner tout le faste de la Sicile aristocratique, genre Le Guépard… Franco accepte dès qu’il voit la sublime princesse, dont il tombe immédiatement amoureux…
Bellocchio filme ses personnages et les évènements qui les bousculent avec une distance rêveuse, un décalage ouaté : on ne sait jamais vraiment si ce qu’on voit à l’écran est réel ou sort de l’imagination fatiguée de Franco Elica. Les passages comiques sont toujours plombés d’une tristesse déchirante, les péripéties tragiques sont constamment désamorcées par des dérapages burlesques, des contre-pieds dérisoires. Sans compter ces plans de caméra vidéo qui ajoutent un écran supplémentaire entre les situations filmées et nous, et qui perturbent encore la perception de la frontière entre le réel et l’imaginaire.
Il ne faut donc pas s’attacher à la lettre de la narration, mais bien plutôt se laisser porter par les sensations, les associations d’idées suggérées par ce récit en liberté, par cette mise en scène virtuose. Se laisser charmer par des images somptueuses, des séquences magnifiques (la découverte par Franco du palais du prince, par exemple, avec ses deux cerbères couleur de ténèbres…). Le film est sans doute inégal, son intensité visuelle, son invention baissent par moments, mais il vaut largement le coup d’oeil, et confirme que Marco Bellocchio est un sacré cinéaste !
Et puisqu’on parle de charme, Bellocchio a eu la divine inspiration de choisir comme alter ego le décidément génial Sergio Castellitto, qui campe avec un mélange de détachement suprême et de fébrilité touchante le vacillant Franco Elica, metteur en scène jusque là plutôt béni des dieux du cinéma mais qui aborde une période difficile, pour ne pas dire merdique : non seulement il doit se résoudre, faute de projet plus excitant, à réaliser une énième version de cette scie littéraire que sont Les Fiancés de Manzoni, mais il doit en outre encaisser le mariage de sa fille chérie avec un calotin, le rejeton pas rebelle pour deux sous d’une famille catholique fervente. Et en guise de cerise sur le gâteau, le voilà accusé de harcèlement sexuel par une candidate comédienne…
Exténué d’avance, il s’enfuit en Sicile, se réfugie dans un petit village loin de tout… Il y rencontrera trois hommes : un brave garçon qui vit de ses films de cérémonies de mariage (qui le reconnaîtra et l’hébergera, en échange de ses conseils de « maître du cinéma ») ; un collègue réalisateur professionnel qui se fait passer pour mort histoire de connaître la gloire qu’il n’a jamais eue de son vivant ; et un prince cultivé, raffiné, mais ruiné. Le Prince Ferdinando Gravina di Palagonia propose à Elica de filmer le mariage de sa fille Bona : union guidée uniquement par des raisons financières, cérémonie dont la perspective le révulse jusqu’au plus profond de son être mais à laquelle il veut donner tout le faste de la Sicile aristocratique, genre Le Guépard… Franco accepte dès qu’il voit la sublime princesse, dont il tombe immédiatement amoureux…
Bellocchio filme ses personnages et les évènements qui les bousculent avec une distance rêveuse, un décalage ouaté : on ne sait jamais vraiment si ce qu’on voit à l’écran est réel ou sort de l’imagination fatiguée de Franco Elica. Les passages comiques sont toujours plombés d’une tristesse déchirante, les péripéties tragiques sont constamment désamorcées par des dérapages burlesques, des contre-pieds dérisoires. Sans compter ces plans de caméra vidéo qui ajoutent un écran supplémentaire entre les situations filmées et nous, et qui perturbent encore la perception de la frontière entre le réel et l’imaginaire.
Il ne faut donc pas s’attacher à la lettre de la narration, mais bien plutôt se laisser porter par les sensations, les associations d’idées suggérées par ce récit en liberté, par cette mise en scène virtuose. Se laisser charmer par des images somptueuses, des séquences magnifiques (la découverte par Franco du palais du prince, par exemple, avec ses deux cerbères couleur de ténèbres…). Le film est sans doute inégal, son intensité visuelle, son invention baissent par moments, mais il vaut largement le coup d’oeil, et confirme que Marco Bellocchio est un sacré cinéaste !
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