Sélection officielle Cannes 2007.

Publié le par MAX HEADROOM

UNE VIEILLE MAITRESSE

Écrit et réalisé par Catherine BREILLAT, France/Italie, 2007, 1h54mn, avec Asia Argento, Fu’ad Aït Aattou, Roxane Mesquida, Claude Sarraute, Yolande Moreau, Michael Lonsdale... D’après le roman de Jules Barbey d’Aurevilly.

Ryno de Marigny est assurément un sacré beau gosse, un mélange entre les plus séduisants des héros de Visconti et ceux de Pasolini, version berbère : une distance sensuelle, un corps d’éphèbe qui inspire l’amour, des lèvres qui suggèrent le baiser… À deux doigts d’épouser la noble et tendre Hermangarde, les « on dit » mondains ont tôt fait de courir de bouche en oreille jusqu’à la Marquise de Flers, la grand-mère et seule protectrice de la jeune fille. Ainsi le joli cœur partagerait depuis dix ans une passion torride avec la Vellini, une dévergondée, une fille de peu, une gourgandine… enfin, rien de très recommandable ! La grand-mère a l’esprit bien vif et bien rieur malgré son grand âge, elle en connaît un brin sur la vie et ne s’affole pas pour si peu, mais, tout de même, se préoccupe de préserver sa petite fille qu’elle adore. Visiblement, le charmant nobliau ne lui répugne pas et elle le prie, en toute affection, de lui conter, au coin du feu, son histoire, sans lui cacher rien de sa relation…
Oui, il aime Hermangarde et lui jure sincèrement fidélité. Oui, il vient de rompre avec la Vellini, mais il ne cache rien de la fascination voluptueuse que cette femme au charme vénéneux a exercé sur lui. L’a-t-il aimée ? Ce n’est pas sûr. Mais ce qui est certain, c’est qu’il n’a jamais pu lui rendre visite sans sombrer dans ses bras, ne la quittant que repu de jouissance, ne restant jamais très longtemps sans souhaiter la revoir.
Il faut dire qu’il y a quelque chose d’obsédant dans le regard, dans le corps, dans les gestes de la Vellini. Une capacité à s’abandonner au plaisir et à le provoquer qui attire l’extase comme les paratonnerres la foudre, qui flirte avec la fascination de la mort. Ce qu’ils ont vécu ensemble ? Une passion à l’état pur, physique, libre, ambivalente, romanesque, dévorante.
Autant la Vellini est brune, lascive, vénéneuse, indécente, autant la jeune aristocrate à marier est blonde, pure et pudique. L’une a les yeux qui flamboient sous ses mantilles, l’autre baisse les siens quand on lui fait la cour. Autant l’une a un côté masculin qui provoque la part féminine de son amant, autant la féminité de la seconde est tranquille. On imagine mal que le beau Ryno puisse renoncer longtemps à l’intensité de sa relation avec la première. On comprend néanmoins qu’un désir d’un autre amour le porte vers Hermangarde, peut-être moins charnel, plus idéal, plus apaisant…
Le mariage aura lieu. Mais bientôt la Vellini réapparaît. Ryno résistera-t-il à l’attraction de sa vieille maîtresse ?
L’exultation des corps apparaît ici comme un remède à l’ennui, une façon de résister à la lente aspiration de la mort… on pense à L’Enfer de Dante où la souffrance suprême naît de la recherche perpétuellement frustrée de l’accouplement, tandis qu’ici l’accouplement, vécu comme une fatalité, n’apaise pas l’aspiration à se fondre dans l’autre.
Elle est forte, Breillat, qui sait dire l’ambiguïté de la relation amoureuse, ce qu’il y a d’obsédant et de douloureux dans le désir, l’incapacité des hommes et des femmes à trouver l’apaisement, vite malheureux dans le tumulte des corps alors qu’ils rêvent d’amour et de paisible harmonie…
Le film est sis au xixe siècle, les décors, les costumes, sont superbes et assumés par les personnages. Mais il y a quelque chose d’intemporel, d’universel, dans le film de Breillat. Seul le regard que la société pose sur l’intimité de ses congénères évolue ? pourrait-on penser… Pourtant, à voir la boulimie des médias actuels pour les potins d’alcôve, on voit bien qu’on n’est pas très loin des papotages complaisants du Vicomte de Prony et de la Comtesse d’Artelles (Michael Lonsdale et Yolande Moreau… superbes !) et que chacun, au fond, aime assez se frotter au récit des histoires intimes des autres, au parfum des lits défaits, des cœurs qui se déchirent… Malsaine curiosité ? ou soif perpétuelle d’un romanesque qu’on ne trouve pas chez soi ?…
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Publié dans cinetampes

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