Control
Anton CORBIJN, Angleterre, 2007, 1h59mn, avec Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara, Joe Anderson, James Anthony Pearson, Toby Kebbel, Craig Parkinson... Scénario de Matt Greenhalg, d’après le livre Touching from a distance de Deborah Curtis (veuve de Ian Curtis).
Control met en scène la vie chaotique du chanteur Ian Curtis, leader/chanteur du groupe mythique de rock anglais des années 70 et 80 Joy Division, précurseur du mouvement « new wave ». Inspiré par le succès et les performances scéniques des Sex pistols, le groupe, d’abord nommé « Warsaw », se forme à Manchester en 1977 autour de Curtis, avec le guitariste Bernard Sumner, le bassiste Peter Hook et le batteur Terry Mason.
Sans doute fallait-il un miracle, doublé d’un acteur inconnu et surdoué, pour réussir l’impossible : rendre à la perfection le climat de la société britannique de l’époque et ressusciter de manière saisissante un personnage de légende dont on ne peut douter, en voyant le film, qu’il est bien vivant, en chair et en os sur l’écran. Difficile alors de se dire, tant Sam Riley « est » Ian Curtis, que le pauvre bougre s’est pendu à 23 ans le 17 mai 1980, à la veille de la première tournée américaine du groupe, sans que l’on sache vraiment si la cause de son suicide relevait d’un mal qui chaque jour le rongeait davantage, l’épilepsie, ou du terrible sentiment de culpabilité qu’il éprouvait à abandonner périodiquement son épouse et sa petite fille au profit d’une autre femme, en vérité très craquante, dont il était tombé raide amoureux.
Control, ainsi nommé en référence à la chanson She’s lost control et à l’existence mal contrôlée de Curtis, filmé dans un magnifique noir et blanc, illuminé par des extraits musicaux de An ideal for living et Unknown pleasures (les deux premiers albums de Joy Division), renoue, loin du biopic classique, avec la tradition anglaise du free cinéma.
Ce free cinéma qui, de Samedi soir dimanche matin à La Solitude du coureur de fond, savait si bien décrire la réalité moyenne d’un garçon comme les autres dans une ville anglaise d’avant la révolution punk. Son ennui, sa solitude, ses rêves plus hauts que les cheminées d’usine et sa rencontre improbable avec le destin…
En l’occurrence, trois loustics dont on ne sait pas de prime abord quels sons ils peuvent bien tirer de leurs instruments. Trois loustics plus un, en route vers les étoiles. Mais descendu de scène, Ian Curtis n’est que le gamin timide, travailleur social de Macclesfield, une banlieue paumée de Manchester, qui s’est déjà fondu dans sa condition de pauvre. Marié trop tôt, père de famille trop tôt, en charge de lancer des bouées de sauvetage à plus mal loti que lui, et partagé entre volonté d’adaptation au monde et rejet de la vie telle qu’elle est dans l’Angleterre des années Thatcher.
Joy Division restera à jamais un groupe à part dans l’histoire du rock, sombre, glacial, mélancolique, désespéré même. La musique de Joy Division est un des symboles de la société britannique de la fin des années 70, marquée par la récession économique et l’insécurité sociale.