L’HISTOIRE DE RICHARD O.
Le film adopte une forme courte (75 minutes) et relève d’une expérience qui fouette et décoiffe… un exercice de folle liberté qui trouve son élan dans ses propres contraintes.
Qu’y voit-on au juste ? D’abord une ombre de fiction, juste ce qu’il faut pour faire tenir l’extravagance de l’entreprise : un homme entre deux âges, Richard O. (Amalric), temporairement séparé de sa bonne amie parce qu’il refuse de lui faire un enfant, se retrouve seul face à lui-même et se livre dans un Paris estival à un frénétique marathon sexuel.
Assisté d’un grand flandrin qui joue dans cette chasse charnelle le rôle d’un rabatteur vélocipédique, Richard propose à des filles et des femmes de passage de dire leurs fantasmes devant une caméra puis de les incarner éventuellement en sa compagnie.
Il s’ensuit une série de situations qui pourraient être soupçonnées de complaisance phallocratique et de voyeurisme scabreux, n’étaient la beauté, la fantaisie, l’âpreté et la poésie qui tour à tour s’en dégagent. Le sexe, représenté ici dans toute sa vérité, de la jouissance à la douleur, de l’humiliation à l’effusion, de la vulgarité à la drôlerie, est une sorte d’expérience totale qui nous mène évidemment ailleurs, du côté de la quête méta, voire pata-physique…
Il est probable que la méthode de rencontre adoptée par le personnage principal du film est celle-là même qui permit au dit film de recruter ses actrices. Il est tout aussi probable que le personnage de Mathieu Amalric soit ici un alter ego de Damien Odoul, qui fait subir à ce corps par excellence fictionnel l’épreuve d’une rencontre réelle avec le fantasme de ses partenaires, ainsi que la prise de risque de leur commune mise à nu, au sens propre et figuré du terme.
Amalric, jeune premier d’un cinéma d’auteur français élégant et discursif, est dans ce film méconnaissable. Vieilli, barbu, cheveux tirés en arrière et gominés, bandant enfin, pour dire les choses telles qu’elles sont, comme un âne, il s’y transforme en bête de sexe, laconique, virile, et néanmoins infiniment touchante dans sa quête sensuelle de révélation… Le film, dans un contexte de production qui n’aura jamais été aussi pusillanime, joue le jeu le plus risqué qui soit, enjoignant à ses spectateurs de le prendre ou de le laisser.
(J.M. dans Le Monde)